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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 23 juin 2021 | Maj le 26 juillet 2021

En mémoire d’une étudiante mahoraise décédée isolée


Il y a un an avait lieu à l’Université Jean Monnet un rassemblement en mémoire d’une étudiante mahoraise de 26 ans décédée quelques jours auparavant, seule dans sa chambre universitaire sur le site de Tréfilerie. Le Couac a reproduit dans son numéro 11 le texte lu alors par une de ses enseignantes, précaire de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Mardi 23 juin 2020
 
« Tahamida, comme les autres, j’ai appris ta mort plusieurs jours après. Depuis, j’ai le cœur au bord des lèvres et la rage au ventre.
 
Nous sortons d’une année universitaire tourmentée. D’un mouvement social bâillonné par la gestion de crise sanitaire. Nous sortons de cette crise du Covid, ou de sa première vague, et tu meurs. Seule dans ta chambre CROUS, dans une résidence quasi déserte. Il paraît que tu aurais fait état de problèmes de santé sérieux peu de temps avant. La presse parle d’une mort naturelle.
 
Mais qu’il y a-t-il de naturel là-dedans ? Est-il naturel d’avoir à s’expatrier pour accéder à des études supérieures ? De ne pas avoir les moyens de rentrer retrouver les siens ? De mourir seule, quand on a 26 ans, et que s’écoule une semaine ou plus avant qu’on ne découvre votre dépouille ? On se souvient de toi comme d’une étudiante discrète. Mais qu’il y a-t-il de naturel dans le fait que l’on confesse ainsi, à demi-mots, ton invisibilité ?
 
J’ai la rage, parce qu’on pouvait se douter de certains des risques auxquels tu pourrais être exposée dans le cadre de tes études en métropole. Risques qui avaient toutes les chances d’être renforcés par la gestion du Covid.
 
À ce titre, non seulement tu méritais notre attention, mais tu méritais une attention particulière.
 
J’ai la rage, parce que dans ce monde, ton statut de femme noire, mahoraise, te plaçait, a priori, du côté des vies vulnérables. Des vies toujours sur le fil, potentiellement menacées, et empêchées de prendre soin d’elles-mêmes. Et qu’on pouvait le savoir.
 
Mes condoléances à ta famille et à tes proches, et à toutes les personnes rassemblées ici pour toi. »
 
Une précaire de l’enseignement supérieur et de la recherche

Proposé par Couac
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