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SAINT-ÉTIENNE / VÉNÉZUÉLA  
Publié le 26 octobre 2007 | Maj le 13 décembre 2020

Le collectif vénézuélien « La Libertaria ».


Émission du 01/11/07 sur Radio Dio 89.5FM à synthétienne et sur www.radiodio.org
[Numero Zero] démarre une émission mensuelle sur les ondes de Radio Dio (89.5MHz) tous les premiers jeudis du mois. La première est une interview des représentants du collectif vénézuélien « La Libertaria » que nous avons reçu jeudi 25 novembre à Saint-Étienne. L’émission a été diffusée Jeudi 01 novembre et est maintenant « en ligne » sur le site de Radio Dio

En voici quelques extraits...

[Numero Zero] Pouvez vous présenter les projets de votre collectif et vous présenter ?

[La Libertaria] La libertaria a démarré il y a environ 3 ans. J’avais un petit point de diffusion sur le marché paysan principal du village vers le centre du village et depuis un an j’ai tout déménagé chez moi. Il y a deux ans nous avons monté la bibliothèque populaire libertaire qui est ouverte actuellement tous les jours (au début elle n’était ouverte que 3 jours par semaine et actuellement elle est ouverte 7 jours sur 7, toute la journée).

Aujourd’hui, vous êtes pour un mois en France. Quelles sont les raisons de votre venue ?

Nous avons été invités par le CICP (Centre International des Cultures Populaires) pour parler de la Libertaria, de ses projets (plusieurs choses avaient déjà été faites et on avait eu du soutien) et présenter le nouveau centre culturel que nous allons monter qui pour le moment est un petit athénéo qui a une bibliothèque et un atelier de sérigraphie, (il devait y avoir une radio mais trop de galères), un petit label de production et de distribution et une petite librairie dans la bibliothèque. Donc actuellement, nous allons nous déplacer sur la montagne pour commencer à construire un centre culturel autonome que nous allons faire nous même pour pouvoir continuer à organiser des journées. J’organise 2 fois par ans des journées anarcho-punk dans la bibliothèque ou il y a des gens nationaux et internationaux qui viennent. Nous faisons des projections gratuites de films, des ateliers et des débats sur différents thèmes en fonction des gens qui viennent et participent. Tout est autogéré, on dort tous dans la maison ou dans le jardin.

Votre projet est donc de construire un centre autonome

oui avec cultures autours. Ca fait parti d’un autre projet d’une coopérative où il va y avoir une école d’artisanat, une boulangerie qui déjà presque finie. L’école d’artisanat est en construction. Et en décembre, si tout va bien, nous commençons la fondation du centre culturel. Après on va avoir un chantier permanent jusqu’à ce qu’il soit fini. On va commencer par le rez de chaussée et on compte le faire sur un étage pour gagner de l’espace.

Tu me disais que vous vouliez construire ce centre avec des matériaux écologiques

oui, il va être fait en argile avec d’autres choses pour que ce soit bien compact, du bambou, du bois et un peu de récupération.

Vous allez vous faire aider par d’autres personnes, pour faire un chantier national et international. Donc si d’autres personnes veulent venir vous aider il peuvent aller sur votre site http://acultura.org pour prendre connaissance du projet et vous contacter

Le projet n’est pas encore disponible sur la page parce que tant que nous n’avons pas déménagé la haut on ne diffuse pas le projet. En novembre, on déménage et une fois sur place on prépare un campement d’une semaine juste avant le jour de l’an. On monte un chapiteau de cirque qui va nous être prété par un voisin. A l’endroit où nous nous installons il y a une rencontre internationale des arts amis du cirque donc des gens vont nous préter un chapiteau qui servira de centre culturel pour avoir dès le départ des activités afin que les gens du coin s’habituent pendant que le centre culturel sera en construction. Ce sera un centre provisoire sous chapiteau.

Comment c’est fait le choix du lieu ?

On pensait aller vers Meria (les Andes) mais c’est touristique. En fait nous sommes artisants et nous avons rencontré une personne que nous avons hébergé et qui nous a presenté l’endroit où il habite. Ca nous a tout de suite intéressé et nous avons pris la décision d’aller là bas.

On va maintenant parler de la situation du Vénézuéla. Hugo Chávez a un jour qualifié « d’escualidos » [traduction : maigres, émaciés] ses adversaires politiques. Est ce qu’on peut considérer que le mouvement libertaire en général et les anarchopunk sont des escualidos ?

Non nous ne sommes pas des escualidos parce que nous ne sommes pas de droite. Mais le problème de la polarisation politique actuelle au Vénézuéla est qu’on nous insulte de droite. Actuellement si tu n’es pas avec le gouvernement tu es un escualido, un gars de droite. Mais escualidos ça veut dire personne décharnée comme un squelette. C’est un terme qu’ils ont donné mais qui n’a en fait pas trop de sens dans la réalité.

Ils ont donné ce terme la non pas pour cibler les gens qui ne sont pas forcemment pour Chávez mais plutôt les gens de droite ?

Actuellement ils donnent le terme à tout le monde. Maintenant tu peux être de gauche et ils vont te déclarer contre révolutionaire ou de droite uniquement parce que tu n’es pas dans la lignée du gouvernement. Ils vont dire que tu es de la CIA...

Aujourd’hui au Vénézuéla on a une assemblée nationale uniquement composée de membres de la coalition gouvernementale. L’opposition chaviste définit ce régime de « démocratie absolutiste ». Quelle est ton opinion ?

L’opposition n’a rien fait. C’est eu qui ont laissé faire pour que le gouvernement prenne toute l’assemblée nationale pour après le dénoncer mais c’est bidon. Ils n’ont aucun programme de toute manière et jusqu’à maintenant la seule chose qu’ils faisaient c’était voler le pays et sortir les ressources. Ils sont ennervés car on leur a pris leurs terrains mais ils ne font rien de concrêt à part cracher sur le gouvernement et essayer de reprendre les privilèges qu’ils avaient avant.

Apparemment, il y aurait eu un boycott lors des élections législatives des mouvements de droite afin de justement de leur laisser la majorité

C’est pas vraiment ce qu’ils ont voulu faire mais ils l’ont très mal fait... Ils n’avaient personne à proposer et aucun programme... Ils ont simplement rien fait.

— - première coupure musicale ---

Tu peux nous parler de ce qu’on vient d’écouter ?

C’est un groupe du village où l’on est qui s’appelle « Natural Family ». Ce sont des potes qui nous aident beaucoup dans nos activités. Le chanteur nous aide à chaque fois avec la voiture de son père quand il peut l’avoir. Ce disque a été enregistré dans ma cuisine derrière la bibliothèque par un pote de Paris, le guitariste d’Unlogistic. Ils ont joué ce morceau durant la fête du village sur une grande scène devant tout le village et après ce morceau qui dénonce les abus de pouvoir de la police, la police les a attendu en bas de la scène. Quand ils ont vu l’ambiance, ils n’ont pas voulu descendre, sachant que la police allaient les éclater. En fait les flics sont montés sur scène, les ont attrapés par les cheveux et ils se sont fait tabassés toute la nuit.

Quel est ton point de vue sur les exactions commises par la police au Vénézuéla ?

J’ai personnellement été victime de tortures par la Police il y a deux ans. J’ai eu les deux tympans perforés. Je suis menacé depuis et justement le problème a commencé quand j’ai pris la défense du groupe qu’on vient d’écouter. Quand ils sont sortis du commissariat et que j’ai vu qu’ils s’étaient fait tabasser à mort parce qu’ils avaient des traces sur le visage assez marquées...je les avais incité pour aller dénoncer et à s’organiser

C’est toi qui a « ramassé » alors...

Tout le monde ramasse dans ce village de toute manière... La c’est sur que j’ai ramassé parce que j’ai dénoncé mais toutes les semaines, il y a des gens torturés dans le village.

Comment arrivez vous à médiatiser ça dans des médias j’imagine différent que les médias de masse et quels échos vous avez ? Est ce que la solidarité est forte ?

Non, il y a une totale impunité au Vénézuéla. Les gens ont très peur de la police. Donc personne ou très peu de gens vont faire de la dénonciation et si tu demandes un procès comme je le demande moi même depuis 2 ans, je pense que je peux attendre encore 5 ans avant d’avoir mon procès, voir 10 ans, on ne sait pas. Il n’y a aucune certitude la dessus. Pendant ce temps il faut que je fasse attention que les flics ne viennent pas me planquer de la drogue ou me tuer quand ils en auront l’occasion. Dans le village où j’habite, ils ont tué 2 personnes dans le commisariat en les tabassant. Ca fait maintenant 7 ans et il n’y a rien eu. Les flics ont été déplacé un moment et ils sont revenus. Ils sont maintenant tranquille dans le village.

On dit que la police au Vénézuéla est une des plus corrompues d’Amérique latine ?

Oui je pense que c’est la plus corrompue et l’armée aussi.

Arrivez vous à transmettre l’information dans le pays et au dela du pays ?

Non, on a beaucoup de mal. On passe par notre journal El Libertario qui a une diffusion nationale et internationale.

Et Indymedia Vénézuéla ?

On est justement en train de monter un autre collectif parce qu’Indymedia Vénézuéla actuel est pris par des chavistes qui ne nous laissent pas la participation pour critiquer le gouvernement en nous disant que nous sommes de droite. On a actuellement des attaques personnelles du premier collectif dont on faisait parti. Ils attaquent le deuxième collectif en disant qu’ils refusent qu’un autre collectif se monte. En ce moment même ils m’attaquent personnellement ainsi que El Libertario. Ces derniers jours c’est devenu très grave. Ils m’accusent de faire du traffic de drogue. Des trucs de dingue !!! Ceci pour disqualifier notre discours et cela peut nous amener des problèmes avec le gouvernement puisqu’ils disent ça alors qu’il y a des gens de ces groupes là qui travaillent dans le gouvernement et donc ils peuvent m’envoyer la police à mon retour.

Aujourd’hui Indymedia Vénézuéla est composé en grande partie de chavistes ?

De pro chaviste oui.

Peux tu nous expliquer l’histoire de El Libertario, le journal dont tu fais parti et nous parler de l’écho qu’il peut avoir aujourd’hui au Vénézuéla ?

C’est actuellement un des seuls médias indépendants, autonomes et autogérés du Vénézuéla. C’est un des plus réguliers de toute l’Amérique du Sud, un des journaux anarchistes qui sort tous les 2 mois. On a beaucoup de problèmes pour le sortir parce que ce n’est pas évident et le journal vit de sa vente. On a un réseau sur tout le Vénézuéla et aussi à l’extérieur du pays mais c’est pas évident car on arrive pas toujours à récupérer l’argent des ventes, donc on vend des disques à côté pour financer le journal. Ca fait 11 ans que le journal sort. Avant, il y avait un autre journal qui s’appelait Coreora, fondé par la commission de relation anarchiste. De la nous avons monté la première bibliothèque anarchiste au Vénézuéla, le centre social vers le métro Beia Sartes. Mais peu de monde ose monter dans ce quartier qui a toujours été dangereux mais actuellement il y a une vague plus grande d’insécurité dans Caracas et peu de gens qui veulent se déplacer dans pleins d’endroits.

En ce qui concerne la distribution du journal ?

Par des collectifs ou des individus dans tout le pays.

On trouve le journal dans des concerts, des lieux publics, des bars ?

Dans des concerts oui. Dans des lieux publics pas trop et là bas il n’y a pas de bar ce ne sont que des dépots d’alcool.

Il est donc diificile de distribuer El Libertario et de ce fait de prendre la défense des personnes qui subissent les exactions de le police par exemple ?

Il y a des organisations spécialisées dans les droits humains qui ont une bonne diffusion mais l’impunité continue. Il faudrait un mouvement populaire mais les gens ont trop peur de la police.

Y a t’il eu des cas où on est arrivé à avoir des procès réellement ?

Il y a eu 1 cas il y a 3 ans et on a réussi à mettre un policier en prison. Mais c’est le seul cas jusqu’à présent

— - deuxième coupure musicale ---

On vient d’écouter un groupe de Caracas qui s’appelle Nada. Ca fait quelques années qu’ils jouent. C’est du hard core metal et le morceau s’appelle « droits humains »...

Tu peux justement nous parler du mouvement anarcho punk au Vénézuéla ?

Le mouvement anarcho punk est dispersé un peu partout au Vénézuéla. Certains vivent en Europe comme Los Dolares à Barcelone. Il y a pleins de nouveaux groupes de petits jeunes qui sont en train de se monter. Il y a plusieurs années qu’on organise des journées anarcho punk qu’on appelle maintenant journées libertaires parce qu’il y a aussi ici ce problème des punks qui sont contre les anarcho punks... Punks « destroy » et nihilistes qui viennent uniquement pour foutre le bordel et consommer de la drogue. Donc on dit qu’on fait des journées libertaires pour ne plus avoir ces gens qui viennent vu que la plupart ne sont pas du tout libertaires... et on peut ainsi plus travailler avec les communautés.

Ces rencontres permettent à El Libertario d’être plus diffusé ?

Oui il y a toujours des tables de presses, des conférences/débats, des ateliers, des concerts et des projections.

Changement de sujet : On sait que l’exploitation du charbon menace plusieurs communautés comme Bari

Oui il y a déjà des gens qui ont été expulsés et d’autres qui ont été massacrés. La lutte a commencé il y a 20 ans. Le dernier massacre sérieux a été fait en 2004, il y a 3 ans : un massacre de 20 à 30 personnes dans le territoire indigène de la Guarira, partie colombienne.

J’avais entendu parler de problème dans l’état de Zulia

Justement les indigènes qui souffrent de l’exploitation du charbon dans l’état de Zulia sont des déplacés de l’état de Guarira. Ils ont été déplacé pour ouvrir la mine de Seleron qui est la plus grande du monde et sont aller se refugier dans les montagnes de la frontière colombienne (territoire de Bari). Et la alors que ça fait plusieurs années qu’ils sont la bas ils ont trouvé des mines de charbon et ils veulent les déplacer encore. Donc la ils refusent. Ils ont dejà connu le mensonge car quand ils ont ete deplacé, on leur avait promis des terres, des écoles, des routes, ... et ils n’ont rien eu. Ils ont eu une misère qui n’a même pas suffit à acheter un terrain.

En 1999 Chavez avait beaucoup parler de tout ça dans sa campagne électorale et aujourd’hui on se rend compte qu’il n’y a eu aucune action

C’est comme la plupart des politiciens, ils parlent, ils parlent et une fois qu’ils ont le pouvoir, ils oublient... Le but des politiciens est d’avoir le pouvoir pour faire ce qu’ils veulent après. Le Vénézuéla est le cinquième producteur de pétrole au monde. Il y a des millions de dollars en jeu. Ceux qui veulent le pouvoir c’est pour pouvoir voler tranquillement...

Les communautés que tu évoques comme Bari se mobilisent. Est ce que El Libertario contribue à véhiculer leurs idées, leurs combats ?

Justement El Libertario est un des rares qui publie des informations sur ces luttes depuis des années. On consacre à tous les numéros une page ou deux (voire plus) sur ce thème.

Est ce que Indymedia Vénézuéla participe à relayer ce combat ?

Non, ils ont passé un seul article dans un éditorial qui a été ecrit par un ami anthropologue. Cet article a été uniquement publié parce que Chavez disait qu’il était contre les mines.

26’ suite de la transcription à venir....


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