Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
MÉMOIRE MOBILISATIONS - LUTTES / VIOLENCES POLICIÈRES
FIRMINY  
Publié le 2 juillet 2021 | Maj le 29 juin 2021

Juillet 2009 : les révoltes de Firminy – 1/3 : Ce qui s’est passé à Firminy-Vert en juillet 2009


Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 juillet 2009, des « émeutes » éclatent dans le quartier de Firminy-Vert à Firminy. Elles vont durer trois nuits durant lesquelles des confrontations violentes opposent des jeunes aux forces de l’ordre, ne provoquant pas de mort.es ou blessé.es graves mais amenant des dégâts matériels. Une trentaine de véhicules sont brûlés ; plusieurs bâtiments publics ou associatifs (crèche municipale, centre social municipal, Restos du cœur, etc.), ainsi que des commerces du centre commercial « le Mail » situé devant l’immeuble « le grand H », au cœur du quartier, sont dégradés. Les confrontations touchent aussi les communes voisines de La Ricamarie et du Chambon-Feugerolles.

Comment expliquer la survenue de ces événements ? Ils sont liés au décès d’un jeune habitant du quartier, Mohamed Benmouna, âgé de vingt-et-un ans et habitant du « grand H ». Placé en garde à vue au commissariat du Chambon-Feugerolles le lundi 6 juillet pour une affaire d’extorsion de fonds, il est, selon la police, trouvé inanimé dans sa cellule en fin de journée suite à une tentative de suicide par pendaison. Transféré dans le coma au CHU de Saint-Étienne, il y décède le mercredi 8 juillet en fin d’après-midi.

Sa famille et ses proches contestent immédiatement la version policière et soulèvent l’hypothèse – alimentée par l’absence d’enregistrement de la garde à vue – d’un meurtre de la Police. Ils rappellent que Mohamed venait de trouver un emploi et de passer son permis, rompant par là avec son passé de « petit délinquant ». Jeudi 9 juillet, la famille décide de déposer une plainte contre X afin « que la lumière soit faite sur cette affaire ».

De son côté, dès le 8 juillet, le parquet de Saint-Étienne fait valoir que, plus que la réaction des policiers, c’est la vétusté des lieux qui peut être en cause, la cellule étant « délabrée » et « pas aux normes ». Elle comporte des trous dans les murs. C’est à ces trous que le jeune homme aurait pu fixer les deux extrémités d’une cordelette fabriquée avec la toile d’un matelas pour se pendre. Jeudi 9 juillet, le procureur de Saint-Étienne annonce que l’autopsie n’a révélé « aucune trace de violence » et a confirmé que Mohamed Benmouna a succombé à un « arrêt cardiaque par suffocation ». Vendredi 10, le parquet ouvre une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire », pour « inadaptation, négligence ou inobservation d’un règlement », afin d’établir s’il y a eu ou non un défaut de surveillance durant la garde à vue de Mohamed Benmouna. Samedi 11 juillet, une marche « blanche » qui réunit plus de 350 personnes part de l’Église du Corbusier pour rejoindre le commissariat du Chambon-Feugerolles. Les manifestant.es ne croient pas à la thèse du suicide et déploient une banderole sur laquelle on peut lire : « Bavure policière – Assassins ».

Le 17 juillet, une reconstitution est organisée en présence d’enquêteurs de l’IGPN ; selon le procureur, elle n’apporte aucun élément nouveau. L’institution écarte l’hypothèse d’une bavure.

Sans toutefois convaincre la famille et les proches : un an plus tard, en juillet 2010, une marche silencieuse est organisée en bas du « grand H ». Une quarantaine de personnes sont présentes. Elles traversent la rue principale de Firminy puis forment une procession en direction du Chambon-Feugerolles. Sur les banderoles du défilé, on lit : "A la mémoire de Mohamed – On veut la vérité" ou encore "Justice soit faite – Adieu mon frère". En tête du cortège, Rafela, le jeune frère de Mohamed porte le portrait de son frère défunt.

La thèse du suicide n’a jamais été remise en cause par les institutions.

Le quartier de Firminy-Vert
Le quartier, qui compte 3500 habitants et 77% de logements sociaux, fut planifié selon un plan d’urbanisme de 1954 s’inspirant des principes de la Charte d’Athènes. Firminy était alors une commune industrielle en plein essor. Maire de la ville de 1953 à 1971, Eugène Claudius-Petit fit appel à son ami Le Corbusier qui dota le quartier d’un ensemble architectural exceptionnel comprenant une unité d’habitation, une maison de la culture, un stade et une église. Depuis les années 1950, le contexte social et économique local a connu de fortes mutations. La désindustrialisation a transformé les conditions d’emploi et de développement économique local et engendré une déprise démographique sensible. Dans les années 1990 et surtout 2000, « l’héritage Le Corbusier » du quartier a fait l’objet d’un processus de patrimonialisation impulsé par les autorités municipales [1]. Politiquement, la commune de Firminy est ancrée à gauche depuis l’accession à la mairie du communiste Théo Vial-Massat en 1971. L’avènement d’une municipalité de droite menée par Dino Cinieri en 2001 a constitué une parenthèse refermée en 2008 par le retour d’une municipalité de gauche, dirigée par le maire communiste Marc Petit (réélu en 2014 mais battu en 2020 par un nouveau candidat de droite, Julien Luya [2]).

Notes

[1X. Guillot (dir.), Le Corbusier en héritage, PUSE, Saint-Étienne, 2008.

[2On peut supposer que la condamnation de Marc Petit pour agression sexuelle a joué un rôle. Cf. « # Me too, not him à Firminy », Couac, n°9, printemps 2020.


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