Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
ACTUALITÉS MIGRATIONS - SANS-PAPIERS / RÉPRESSION - PRISON
Publié le 15 janvier 2019 | Maj le 30 janvier 2019 | 1 complément

Procès des solidaires de Briançon Acte II


Lu sur https://alpternatives.org :

Ce jeudi 10 janvier 2019, en l’absence de la justice et du droit, Pierre et Kévin ont été condamnés pour ASSISTANCE à PERSONNE EN DANGER.

La stupéfaction nous a saisis lorsque le tribunal refuse les demandes de renvoi des avocats. Dès lors nous avons compris que ce procès n’était en fait qu’un procès politique pour condamner l’engagement militant et humaniste de ces deux solidaires. Pourtant les demandes de renvoi étaient parfaitement justifiées et Maître Chaudon nous confiera « qu’il n’a jamais vu ça ». Eh oui, ici dans les Hautes-Alpes, il se passe des choses extraordinaires.

Maître Chaudon, avocat de Pierre, exprime sa difficulté à explorer et analyser sérieusement le dossier de plusieurs centaines de pages (contenant entre autre fadaises : relevés gps et tutti quanti…) alors qu’il ne l’a reçu que le 27 décembre. Il ajoute qu’il détient des pièces capitales à joindre au dossier : les rushs du film tourné par les journalistes qui accompagnaient Pierre ce soir-là que l’instruction ne s’est même pas préoccupée de demander.

Que nenni, rien n’y fera, le film ne sera même pas visionné à l’audience.

Pour Maître Binimelis, avocate de Kévin, la demande de renvoi se justifiait tout simplement parce qu’elle n’avait pas reçu le dossier de son client. La procureure d’expliquer que oui ce dossier avait bien été envoyé par lettre recommandée tardivement parce que le fax du tribunal, malgré 4 essais, ne marchait pas, et que même par mail, c’était impossible, “vous savez les moyens de la justice” … Nous ne savons pas où est passé le soi-disant recommandé puisque Maître Binimélis ne l’a jamais reçu…

Qu’à cela ne tienne, le parquet de Gap a décidé que ce procès devait se tenir, il se tiendra.

Droit de la défense bafouée, on se croirait dans un film de Costa Gavras…

Pierre est appelé à la barre. La juge nous fait la lecture du rapport de la police qui est en parfaite inadéquation avec les images de la 7 (télé italienne qui était présente ce soir-là ) et que vous pouvez voir ici : http://www.la7.it.

Regardez ces images, on y voit Pierre à partir de la 6e minute distribuer du thé, des gâteaux, des gants. La police arrive. Contrôle d’identité. Lorsqu’une exilée fait un malaise, Pierre la transporte dans la voiture de la police et demande aux agents des force de l’ordre d’appeler les secours.

Pour justifier interpellation de Pierre, et sa convocation devant le tribunal, la police ment et l’accuse d’avoir fait fuir deux autres personnes. Ainsi donc la police mentirait… alors en plus de malmener les exilés, de les mettre en danger à la frontière, de les frapper de les voler, la police est aussi coupable de faux témoignages ?

Et voilà pourquoi Pierre se retrouve à la barre : parce qu’il a porté assistance à une personne en danger !

Fermez le ban et vive la République…

Devant cette mascarade, Kévin va user de son droit au silence, et son avocat ne plaidera pas un dossier qu’elle n’a pas pu étudier.

Plusieurs personnes présentes dans la salle expriment alors leur colère, un médecin très connu dans le Briançonnais part en claquant la porte du tribunal.

Nous sommes atterrés, révoltés, nous savons ce qu’il se passe à la frontière, nous avons signalé à Mr le Procureur de Gap les maltraitances, les tabassages, les vols, les propos racistes et xénophobes, les dénis de droit et d’humanité, la mise en danger quotidienne subis par les exilé-e-s, la traque dans la montagne avec des chiens…

NOUS SOMMES ATTERRÉS PARCE QUE NOUS SAVONS QUE PIERRE, KEVIN ET TOUS LES AUTRES MARAUDEURS SAUVENT DES VIES, ET QUE CES VIES ONT UNE VALEUR INFINIMENT PLUS IMPORTANTE QU’UNE QUELCONQUE FRONTIÈRE !

Le verdict tombe dans l’après midi.

Pierre est condamné à trois de prison avec sursis.

Kévin est condamné à quatre mois de prison avec sursis.

Pendant ce temps là , deux ministres, M. Blanquer et Lecornu se baladaient dans les Hautes-Alpes en compagnie des élus et du député Joël Giraud, dans la plus parfaite indifférence du drame qui se joue à Montgenèvre, à la frontière franco italienne.

Agnès Antoine

P.-S.


Proposé par mut1°
Partager cet article
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

1 complément

  • « Puis je vous demander si vous êtes engagé.e dans une association de soutien aux migrants ? », a demandé la magistrate à chacun des trois solidaires. Poser cette question n’est pas anodin. A celle qui répondait par la négative, une amende, à ceux qui étaient perçus comme « militants », des peines de prison.

    (https://mailchi.mp/1e9fc87f9777/declaration-cimade-tousmigrants-15jan19)

En complément...

ACTUALITÉS   LOGEMENT - SQUAT / MIGRATIONS - SANS-PAPIERS

Soutien aux migrant.e.s dans les Alpes : deux expulsions de lieux solidaires en moins d’une semaine

Le mercredi 10 octobre à 8 heures, le squat refuge « Chez Jésus » a été violemment expulsé par la police italienne. Ce refuge autogéré perché à plus de 2000m d’altitude, à 500 mètres de la police aux frontières italienne, accueillait les migrant·es qui voulaient venir en France. Hier matin, c’est la maison Cézanne de Gap qui était expulsée, laissant à la rue 17 personnes.

Publié le 18/10/2018

Comment publier sur lenumerozero.info?

Le Numéro Zéro n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez.
La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Voila quelques infos rapides pour comprendre la publication. Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir via notre mail lenumerozero [at] riseup.net

 

Lire aussi dans RÉPRESSION - PRISON

Lire aussi dans MIGRATIONS - SANS-PAPIERS

PROCHAINS RENDEZ-VOUS

À la une...

1791 à 1914 : les racines du maintien républicain de l’ordre
Publié le 10/07/2020

« J’ai vu le chagrin de victimes dévastées » : lettre ouverte au garde des Sceaux
Publié le 10/07/2020

Pour la forêt, et suite à l’abandon du projet de Center Parc de Roybon
Publié le 10/07/2020

« Faut-il attendre que quelqu’un meure pour être autorisé à débarquer ? »
Publié le 5/07/2020

Roberto libero ! Tutti.e liberi.e !
Publié le 3/07/2020

1er juillet 1910 : éxécution de Jean-Jaques Liabeuf, stéphanois et « tueur de flics »
Publié le 1er/07/2020