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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 29 novembre 2018 | Maj le 30 avril 2020

Des militant.e.s BDS Stéphanois.es disent non à l’instrumentalisation de la culture par Israël


De tous les boycotts, le boycott culturel d’Israël est certainement le moins bien compris et le moins bien accepté. On ne compte plus les fameux « la culture rassemble », ou « la culture créée des ponts entre les peuples ». Pour autant, comme n’importe quel autre secteur d’activité, la culture est aussi un instrument qui peut se retrouver au service du pouvoir politique. Tout comme mettre en avant les prouesses de ses sportifs lors de compétitions internationales, mettre en avant ses artistes, sa culture, est un moyen pratique pour un État de vanter une idéologie, de redorer une image ternie ou de camoufler des pratiques immorales. En précisant que « les institutions culturelles forment une vitrine dans laquelle Israël présente d’elle-même une image démocratique, libérale et critique » Reuven Rivlin, président de l’État d’Israël, montre bien que la culture est un outil entre les mains du pouvoir israélien.

Aux origines de l’instrumentalisation

À partir de 2006, et suite aux répressions sanglantes des palestiniens, les dirigeants israéliens ont pris conscience de l’image particulièrement négative que leur pays avait aux yeux de l’opinion publique internationale. Ils ont alors décidé de lancer le programme

Brand Israël

. À l’instar d’un produit commercial valorisé par un marketing de pointe et par une intense campagne publicitaire, des millions d’euros ont été dépensés dans des programmes destinés à vendre le produit « Israël ». Plutôt que de remettre en cause leur politique nationaliste, expansionniste et ségrégationniste, les leaders israéliens ont cru bon d’opter pour la subvention de secteurs d’activités sensés revaloriser l’image de leur pays. C’est ainsi que la culture s’est retrouvée massivement subventionnée et que de nombreux événements à l’honneur d’Israël sont organisés partout dans le monde. Il convient d’exposer cette stratégie et de ne plus en être dupe à la fois du coté spectateur, mais aussi du coté des artistes : participer à ces événements c’est contribuer à occulter la situation d’injustice des palestiniens et à la maintenir dans la durée.

La saison France/Israël 2018 s’inscrit pleinement dans cet agenda du pouvoir israélien, mais elle ajoute une touche d’ironie supplémentaire, car il s’agit de la célébration des 70 ans de la création de l’État hébreu. Coté palestinien, c’est la

Nakba

qui est célébrée : l’amputation des terres palestiniennes, l’exode des populations, plus de 800000 réfugiés… Alors que politiciens et autres faiseurs d’opinion rappellent qu’il ne faut pas importer le

conflit

israélo-palestinien en France, c’est pourtant précisément ce qui est fait avec l’organisation de tels événements dont le parti pris pro-israélien est évident. C’est dans ce cadre que les militants pour les droits des palestiniens sont intervenus. Cinquante personnes se sont déplacées pour protester contre cet événement et pour dénoncer cette instrumentalisation de la culture. Ils ont été bien reçus par le public et les quatre militants qui ont intégré la salle de spectacle ont même été applaudis par les spectateurs : le message passe. Une lettre ouverte a été adressée à la directrice de la Maison de la Danse, et les militants ont bien l’intention de continuer à protester, des mobilisations sont attendues tous les soirs jusqu’à samedi.

https://youtu.be/pktMO3h1w9E

Principes et positions du BDS

Cette saison France/Israël est dans le viseur du BDS depuis ses débuts et est la cible d’une intense campagne incitant au boycott culturel qui s’inscrit dans un ensemble plus vaste de mesures à l’encontre d’Israël. Il s’agit d’initiatives non-violentes, basées sur la critique du nationalisme, du colonialisme et des pratiques politiques israéliennes : Boycott des produits israéliens, Désinvestissement des entreprises, Sanctions par la communauté internationale. Le BDS réclame la fin de la situation d’apartheid, la fin de l’occupation et de la colonisation, et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Un boycott n’est jamais appelé à durer indéfiniment, il ne dure que le temps de mettre fin à une situation problématique, mais pour qu’il soit efficace, il faut qu’il soit impactant : intense et à large spectre. Aussi, le BDS appelle à un boycott d’envergure et invite à ne pas douter : plus intense sera le boycott, plus rapide viendront les changements politiques nécessaires et plus rapide sera la réconciliation entre les deux peuples.

Il est parfois difficile pour les spectateurs et pour les artistes de se positionner sur des sujets qui semblent si compliqués, polémiques ou à torts partagés. Rappelons d’abord que les palestiniens n’ont jamais demandé à être colonisés, ils se sont d’ailleurs inquiétés très tôt des velléités coloniales du projet sioniste. Rappelons ensuite, comme le dit si justement Anna Baltzer dans un discours magistral,

nous ne devons pas rester neutre dans une situation de conflit ; si vous distinguez mal l’oppresseur de l’opprimé, cherchez celui qui a le pouvoir et celui qui ne l’a pas

. Personne n’a forcé les israéliens à mener une épuration ethnique, personne ne les a forcés à s’installer durablement en dehors des frontières de 48, personne ne les a forcés à occuper et à coloniser la Cisjordanie, personne ne les a forcés à créer un mur de séparation en Cisjordanie ni à mettre en place un blocus à Gaza. En face, cela fait un siècle que les palestiniens sont dépossédés de leurs terres et de leurs biens.

Au travers de ces manifestations et dénonciations, les militants BDS déconstruisent ainsi l’idée convenue que la culture serait obligatoirement un outil au service des peuples. Ils rappellent que les événements culturels subventionnés et organisés par Israël ne sont pas innocents. En occupant le devant de la scène médiatique et en redorant l’image d’Israël, ils occultent les traitements infligés aux palestiniens et permettent de maintenir dans la durée occupation, colonisation et apartheid. Ainsi, mettre son talent d’artiste au service d’Israël, ou en profiter en tant que spectateur, c’est contribuer à maintenir des situations d’injustice, et ce n’est pas rendre service à ceux qui les subissent.


Proposé par bds42
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IAW-2019 - Conférence de Rania Madi.

Dans le cadre de la Semaine contre L’Apartheid Israélien (IAW en anglais) co-organisée par BDS France Saint-Étienne et la JC Loire, l’Université Jean Monnet accueille Rania Madi, avocate et juriste palestinienne. Elle est membre de l’organisation Badil, un centre de ressources pour le droit à la résidence et le droit des réfugié-e-s palestinien-ne-s. Grande spécialiste de la question, elle évoquera ce thème en particulier. L’IAW a pour objectif de sensibiliser le public à l’apartheid israélien et à soutenir le BDS. Cette année cet événement est sur le thème de « cesser d’armer le colonialisme » et vise à relancer la campagne BDS réclamant un embargo militaire contre Israël.

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