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Publié le 3 décembre 2018 | Maj le 24 mai 2020

Aberration ordinaire : un proprio engage des « gros bras » pour expulser un squat


Ce matin – jeudi 29 novembre – les habitant.e.s du 13 boulevard Jules Janin (squat dans lequel vivent des personnes exilées) ont subi une agression. Trois hommes, après avoir forcé la porte d’entrée de l’immeuble, ont en effet pénétré dans le bâtiment prétextant des travaux à effectuer sur ordre du propriétaire. Ils en ont profité pour visiter les différentes pièces et dérober au moins un téléphone portable aux occupant.e.s. Ils en ont profité pour visiter les différentes pièces et dérober au moins un téléphone portable aux occupant.e.s. Les habitant.e.s, se sentant menacé.e.s, ont alors appelé la police ainsi que quelques proches et voisin.e.s. Une cinquantaine de personnes sont venues exprimer leur soutien tout en tentant de comprendre et de démêler le déroulé de la matinée.

« J’arrive à bien constater malgré mon métier »

Une fois la police sur place, les trois hommes (qu’on appellera ici les "gros bras") ont avancé des raisons floues et approximatives quant à leur présence sur les lieux. La police nationale a constaté la dégradation sur la porte d’entrée (difficile de faire autrement elle était complètement hors de ses gonds), a écouté les gros bras, aurait relevé leurs identités et les a laissés repartir sans véritablement les inquiéter. Ne pipant pas mot sur le portable volé et invitant les habitant.e.s et soutiens à « contacter [leur] avocat pour déposer plainte », les trois flics ne semblaient pas accorder une grande importance à ce que les occupant.e.s du 13 venaient de subir. Attendant « les ordres » pour la suite et ne voulant surtout pas « prendre parti » le trio national s’est alors montré fervent défenseur de la loi, de la veuve, de l’orphelin et du propriétaire, surtout du propriétaire. Avançant les désagréments que l’occupation causait à ce dernier, les trois brigadiers se sont superbement illustrés dans la simplification de situations complexes et indignes. D’abord, pour entamer cet échange interminable, les soutiens en présence ont eu le droit à l’habituelle rengaine : « pourquoi vous n’hébergez pas les habitant.e.s de l’immeuble chez vous plutôt que de causer du tort chez les autres ? ». Aux tentatives de réponses avançant la force, la solidarité et l’intelligence collective, le trio national a alors pointé les manquements de l’État tout en s’étonnant que « certains citoyens s’y substituaient ». Enfin, niant la complexité du droit et des procédures de demande d’asile et méconnaissant totalement les imbroglio juridiques, le même trio - tout en empêchant l’accès à l’immeuble et en ponctuant l’échange de phrases mémorables - a alors reçu « les ordres ».

« Vous savez, c’est la logique police »

La situation a ensuite pris une autre coloration. Les gros bras ont regagné leurs véhicules ornés de gilets jaunes sur le pare-brise. L’agression et la violation de domicile ont été reléguées au second plan. Ce qui importait maintenant c’était « la stabilité et la salubrité » de l’immeuble. Magnifique pirouette.

Les pompiers, au nombre de deux, ont été appelés ainsi que le service santé publique de la municipalité, représenté par deux femmes. La police municipale est arrivée en renfort, en trio également. Après une visite de l’immeuble d’une trentaine de minutes, interdite aux habitant.e.s et soutiens en raison du danger (c’est ça « la logique police »), la délégation est sortie et s’apprêtait à quitter les lieux sans même livrer les constats et conclusions aux premier.e.s concerné.e.s. Mépris quand tu nous tiens. Les personnes encore présentes sur place ont quand même obtenu quelques bribes d’informations. Ces dernières, éparpillées et échappant à toute logique, les ont laissées coites... L’interrogation principale s’est alors portée sur la stratégie politique et la possibilité – ou non - pour la Métropole de prendre un « arrêté de péril imminent ». Cette mesure permet entre autres une expulsion immédiate même en pleine trêve hivernale…

Concernant le bâtiment, les conclusions des pompiers et des représentantes du service de santé publique sont les suivantes :
- le bâtiment est stable,
- la toiture est douteuse,
- la « sécurité des personnes » n’est pas assurée en raison du risque d’incendie et d’intoxication au monoxyde de carbone,
- la décision concernant l’arrêté de péril imminent sera prise dans une semaine.

Les habitant.e.s peuvent rester dans l’immeuble jusqu’au milieu de la semaine prochaine mais sans utiliser de réchauds à gaz ou de chauffages à pétrole. L’électricité ayant été coupée il y a plusieurs jours, leur quotidien s’annonce difficile. D’ici-là, c’est-à-dire d’ici une possible expulsion, le service santé publique veillera au grain en « venant régulièrement ». Mais, « [n’étant] pas travailleuses sociales » les deux techniciennes de la mairie n’ont rien dit ou assuré quant à un relogement digne de ce nom. Elles ont avancé « des places dans un foyer » sans aucune garantie …
Précisons en outre qu’il n’y a pas d’action en justice intentée sur ce bâtiment.

Les gros bras

Toutes ces préoccupations administratives ne doivent pas faire perdre de vue la violence de ce qu’il s’est passé. Ce qui a eu lieu c’est une tentative d’expulsion illégale. Les habitant.e.s ont appelé leurs soutiens en panique. Des personnes venaient de défoncer leur porte et s’introduisaient dans les pièces de vie sous d’obscurs prétextes. Ils se sont montrés très intimidants avec elleux. Des insultes ont été proférées à l’encontre des habitant.e.s et un téléphone leur a été dérobé. Sur place, les gros bras étaient agressifs et menaçants. Ils se disaient envoyés par le propriétaire (pour entamer des travaux ? Sans outils...) et brandissaient un papier bidon qui les aurait mandatés pour on ne sait quoi. Même les flics ont constaté leur violence et en ont contrôlé au moins un.

Les personnes présentes au rassemblement sont claires, les gros bras étaient organisés : en plus des trois hommes, un type est resté à distance, il est juste venu donner un ordre avant de disparaître. Un autre type est arrivé en scooter et a suivi la scène tout le long. Il est resté casqué. Le gros bras en chef s’éloignait de temps temps, passait des coups de téléphone (au proprio ?).

Les délits des gros bras ont été complètement enterrés par les bleus mais déposer plainte est quand même possible.

« Du courage, de la résistance, on est ensemble »

Difficile de comprendre ce qui s’est joué ce matin au 13 boulevard Jules Janin. D’une intrusion violente et intimidante, la situation a évolué vers une possible expulsion en raison du risque d’incendie et d’intoxication. La vigilance est donc déployée avec et autour des occupant.e.s de l’immeuble. Ces dernier.e.s n’envisagent pas de quitter les lieux sans de réelles propositions de relogement.

Rendez-vous est donné demain, vendredi 30 novembre, à 18h30 à l’Amicale Laïque du Crêt-de-Roc pour échanger, envisager et s’organiser ensemble pour que personne ne dorme à la rue.

Des garagnat.e.s solidaires


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