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Publié le 23 octobre 2012 | Maj le 24 mai 2020 | 6 compléments

Témoignage de tortures subies au centre de détention de Salon de Provence


Lettre de Jamel Maalal

Il n’y a pas qu’en Géorgie que des surveillants pénitentiaires, couverts par leur hiérarchie, torturent des prisonniers.
Dans la lettre ci-après, écrite en août 2012, un prisonnier, Monsieur Jamel Maalal, raconte la torture subie au centre de détention de Salon de Provence. Son avocat est Maître Cormier dont le cabinet est situé à Lyon. Bien entendu, toute initiative pour le soutenir sera la bienvenue.

Dans le CD de Salon de Provence, j’ai été agressé par plusieurs surveillants qui m’ont rossé de coups de partout sur le corps et étranglé avec un fil, ou je ne sais pas. Je suis tombé dans les pommes. J’ai été déshabillé et jeté dans une cellule inondée. Toute le nuit je tremblais de froid, aucun matelas.

J’étais tout nu au mitard le lendemain matin. La cellule s’est ouverte avec d’autres surveillants qui m’ont rossé de coups. Ils m’ont jeté dans un drap à l’aide d’un autre surveillant. Ils m’ont attaché avec du scotch les pieds et les mains. J’avais très mal et quand je criais de douleur, je recevais des claques et on me disait « Â Ferme ta gueule ». J’étais en larme, je croyais que j’allais mourir tellement on me maltraitait. J’ai demandé des habits, « Â ferme ta gueule sinon on t’en mets une ».

D’un coup on me dit : « Â Tu montes dans le camion ». J’ai refusé, je demandais à Dieu de m’aider. J’ai subi une telle atteinte à la dignité. Le sexe à l’air devant tout le monde, femme comme homme. On m’a jeté dans le camion, nu tout le long de la route. J’étais terrifié, fatigué, j’avais besoin de boire car je n’avais pas bu depuis la veille, car comme je vous disais, j’étais dans une cellule hors service, je n’avais plus de robinetterie.

Arrivé au CP de Varenne le Grand, les surveillants sont restés choqués, ils m’ont mis dans une pièce , ils ont appelé le chef de détention, j’ai vu qu’ils ont eu une discussion et que ça montait en pression. Vous dire exactement ce qui s’est dit, je ne sais pas, mais j’ai compris que c’est de moi dont ils parlaient. Le chef de détention m’a demandé ce qui s’est passé et il m’a signalé que j’avais une trace de strangulation au niveau du cou et des hématomes sur tout le corps. J’ai expliqueé que c’est eux qui m’avaient frappé et séquestré, ils m’ont fait des actes de barbarie, violemment frappé et humilié sur trois jours.

Le chef m’a dit de porter plainte et que les gendarmes venaient pour m’emmener à la gendarmerie. J’ai expliqué ce qui m’est arrivé et il m’ont dit qu’on allait à l’hôpital car le ministère de la justice a désigné un médecin pour une expertise corporelle. J’étais terrorisé. Le médecin était choqué quand je lui ai dit que c’était des surveillants. Il a pris plein de photos et les gendarmes m’ont ramené en détention. Pendant un mois, les détenus m’ont dit qu’ils m’ont vu dans un état comme mort. J’ai pu sortir de prison avec un bracelet électronique. J’ai rencontré l’OIP qui me dit qu’il y a un surveillant qui témoigne qui dit que ce que je dis est bien vrai.

L’Oip me dit de contacter Maître Cormier, avocat à Lyon. Il me dit de faire une expertise, je rencontre le juge d’instruction à Aix-en-Provence au tribunal. Mais aussi j’ai été appelé sur mon portable par le directeur national des prisons de France, et pendant toute une après-midi, ils m’ont demandé de leur expliquer. Au portable, ils m’ont dit de bien venir car ils ne venaient que pour moi. Maître Cormier m’informe d’un jour bien après tout ça, car ça se passe en 2007 et 2008, juillet.

Il y a un mois, il me dit que le juge a fait un non lieu de l’affaire. Depuis je suis très mal, et il me dit qu’il a fait appel. Tout le dossier est chez Maître Cormier, le Ministère de la justice, le juge d’Aix en Provence et l’OIP. C’est vraiment dégueulasse on essaie d’étouffer l’affaire car c’est très grave ce qui m’est arrivé, et même le directeur le dit. Je vois qu’il n’y a pas de justice. Pas de la discrimination. Ils sont du côté des agresseurs. Vous voulez que je comprenne quoi ? Que s’il m’arrive quelque chose, faut que je règle moi même par la violence. Je suis déçu, ils ont fait tout ce remue-ménage pour me dire qu’il y a un non-lieu. Ce qui m’est arrivé est très très grave car ce sont des professionnels avant tout. Moi-même si j’avais fait ça, j’aurais été jugé depuis longtemps. C’est le vice de la justice, ils font fonctionner la loi comme ça les arrange.

Je demande de l’aide, que les médias parlent de cette affaire, qu’elle ne finisse pas dans les oubliettes. Je demande réparation. Je me suis posé partie civile, mais ça les dérange que je puisse être indemnisé de 500 000 euros à ma sortie de prison. Ma famille me disait que j’avais changé. J’ai même dû me séparer de ma femme à cause de problèmes psychologiques. Ça a été très violent. [...] Je remercie quand même l’oip et l’avocat, mais je me sens seul et j’ai l’impression qu’on me marche dessus. Je me permets de vous écrire afin de trouver de l’aide pour tout ce qui m’est arrivé à Salon de Provence. Merci.

Jamel Maalal

P.-S.

Pour contacter le collectif anti-carcéral Papillon (émission de radio, solidarité avec les prisonniers, publication d’infos et témoignages, etc.) :
émission papillon
16 rue du mont
42100 st-étienne
ou : emissionpapillon (at) riseup.net


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6 compléments

  • Bonjour,
    Il ne me semble pas nécessaire de mettre en doute la parole de cet homme qui a subit quelque chose d’atroce, tant sur le plan physique que psychique. Il est toute fois important de garder à l’esprit que ce n’est pas parce que ces actes restes (je l’espère) isolés, que cela indique forcément qu’ils sont faux. Il n’est pas rare que certaines personnes soit prises en grippe par un ou des surveillants, que cela soit du à une altercation qui se serrait passé des mois plus tôt, ou simplement une gueule ou un déli qui ne revient pas. Les surveillants pénitentiaires sont des Hommes également et comme tout hommes peuvent avoir leur vices, la violence en est un.
    Mattei, il est possible qu’il y ai eu du changement depuis 2008, cela dit les femmes surveillantes ou faisant parti du médical ne sont pas rare.
    Une pensée pour vous Jamel !

  • bonjour après être sortie il y a peur de ce cd à salon de Provence je vient apporter mon témoignage moi aussi j’ai u de gros souci avec les surveillant de cet administration je ces beaucoup de chose sur ce cd sur cecd sur ces trafic magouille entre detenu et surveillants je me souvien même de leur nom à ces enfoirer de corrompu

  • Bonjour , je travaille en bénévole (musique) depuis suffisamment longtemps au centre de détention de Salon pour pouvoir dire que les propos de ce détenu sont forcément infondés ; ne faisant pas partie du personnel je n’ai aucun intérêt spécial à « défendre » l’établissement . Celui-ci reste et demeure une prison , avec tout ce que ça comporte , mais comparé à bon nombre d’autres établissement c’est le « club méd » . Les locaux sont propres , entretenus , repeints régulièrement ( des couloirs entiers sont recouverts de fresques réalisées par les détenus ) , je ne sais pas où cette personne a pu trouver une cellule inondée ??? Nu devant homme et femme ? Il n’y a que des hommes au CD de Salon !
    L’équipe de direction est composée de gens qui s’attachent justement à conserver une dimension humaine dans l’établissement ; contrairement à d’autres établissements à Salon les détenus ont le droit de se laver tous les jours ( ça paraît normal mais c’est loin d’être le cas partout ...) , en plus des diverses activités auxquelles ils ont accès ( cours de culture générale , cours de langues , informatique , peinture , musique ,vidéo , ruches ,sport...) ont lieu de multiples manifestations venant de l’extérieur ( concerts de rap , de lyrique , expos , conférences diverses avec débat , suivies généralement d’un« pot » ,etc...)
    Je ne dis pas qu’il « y fait bon vivre » , c’est une prison ,mais à Salon on est loin du « si ils sont là ce n’est pas pour rien il faut qu’ils en bavent » ; comme ailleurs il peut y avoir des débordements , des émeutes , du trafic , des suicides , bref tout ce qui va malheureusement avec une prison , mais je vous garantie que si toutes les directions d’établissements pénitentiaires avaient cet esprit là on se porterait un peu mieux !
    Un dernier exemple assez significatif : le chef de la sécurité , parti à la retraite , travaille maintenant en bénévole...à l’association socio-culturelle qui s’occupe des détenus...
    Pour conclure , une prison reste une prison , mais quand des gens s’évertuent à créer des conditions de détentions plus humaines , il me paraît plus que malvenu de salir leur travail !

  • bonjour pour vous dire que mon frère Antoine a passe de long année dans ce centre plus de 10a et franchement chaque fois que Jai demande des nouvelles par tel il mon toujours bien répondue j’allais le voir il ne sais jamais plain le personnelle et super a écoute des familles la direction a toujours était la pour nous donc je pense que tu a due te trompe faire un mauvais rêve

  • Bonjour,
    Ceci est un site d’information alternative et participative, il permet à ceux et celles qui ne peuvent (ou ne veulent) pas le faire dans les medias « officiels », de publier des informations et de s’exprimer.
    Si ce qui est dit ici vous dérange, vous pouvez aller lire les sites des syndicats de surveillants pénitentiaires, des propos qui vous plairont probablement plus... Mais qui vous dit que eux ne racontent jamais de salades ?
    Il est curieux de remarquer que lorsque la parole de prisonniers est rendue publique, les « sources » sont très souvent mises en doute : on nous demande souvent quelles sont nos sources, si nous sommes sûrs de la vérité de ce qui est raconté... Quand les syndicats de surveillants ou les autorités donnent leur version de ce qui se passe en prison, leur parole est rarement remise en cause, ils disent toujours La Vérité !
    Moi aussi je fréquente les prisons, et je peux vous dire que tout ce qui est publié sur ce site me semble malheureusement vraissemblable. Et je me demande comment vous, qui n’étiez pas présent au mitard et au QI de Neuvic, ni lorsque cette dame a été arrêtée en allant au parloir, etc., pouvez affirmer que ce qui est dit est faux et que vous connaissez la vérité sur ces situations... ?

    Alors, on peut dire que si les gens sont en prison, c’est qu’ils l’ont bien mérité, comme vous le dites. Nous répondons que pour nous la prison n’est pas une solution, c’est un lieu de torture.
    Et nous continuerons à publier la parole des prisonnier-e-s, que ce monde veut réduire au silence.
    Libre aux lecteurs et lectrices de chercher des informations et témoignages à droite à gauche et de se forger une opinion par eux-mêmes...

    Une membre du Numéro Zéro et du collectif Papillon

  • Bonjour,
    je lis souvent les com de ce site, je constat un délir total qui y est dit ayant malheureusement fréquenté certaine prison...
    A moins que les interlocuteur parlent d’enfermement des années 80...
    J’ai lu un de vos tract ou vous parler de Mitard ou isolement à Neuvic par exemple ou les détenus sont enfermer dans le noir etc....
    Pur invention et mensonges héontés...
    J’ai lu l’histoire d’une feme venue au parloir mis en garde à vue et détention suite à une altercation....
    Et bien faux cette brave dame c’est fait attrapée en tentant de rentrer des produits illicites....
    Alors il est certain qu’il y a des améliorations à aire dans la détention plus de place, et surtout éviter de mélanger certains détenus comme en Espagne ou les détenus sont classé et enfermé par catégories...
    Mais de là a tenir des inepties comme vous les relater il y a une grande marge...la seule chose que vous faites c’est entretenir les conflits entre détenus et personnel pénitentiaire ...
    Il ne faut pas oublier que si il y a des détenus en prison c’est qu’ils ont commis des actes qui les a conduits là ....
    Moi je préfère les savoir derrières les barreaux qu’au milieu de la populace....

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