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ACTUALITÉS DROITS SOCIAUX - SANTÉ / MÉDIAS
SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 23 octobre 2019 | Maj le 25 avril 2020

Sortie du n°8 du Couac !


Pour ce numéro concocté après la fin de l’été, Couac est allé mettre son nez dans les dossiers nauséabonds de la toxi-cité stéphanoise. Vous y retrouverez aussi bien sûr les habituelles brèves, divers articles sur des questions d’actualité ainsi que son inévitable grille de maux (mots) croisés.

L’édito du numéro :

L’été s’ra chaud, l’été s’ra chaud
La douce ritournelle d’Eric Charden a été plus que d’actualité lors de cette pause estivale bien méritée. La région stéphanoise n’a en effet pas été épargnée par la canicule, à l’image d’une grande partie du territoire français. Au milieu de tout ça, les étudiant-e-s et lycéen-ne-s semblent parfois bien seul-e-s à battre le pavé pour s’emparer de la question écologique, snobée par bon nombre de nos édiles. Ces dernier-e-s, masquant à peine leurs visées électoralistes, préfèrent ignorer la catastrophe à venir et nous vendre une ville re-designée de fond en comble, lui niant ainsi son passé industriel et pollué – qu’elle partage avec nombre de ses consœurs. Mais bien qu’enfouie, la pollution finit toujours par ressurgir que ce soit sous la forme d’algues vertes sur les bords de la Loire ou encore dans le sol sur lequel doit être érigé un gigantesque centre commercial. Couac est donc allé fouiner dans les recoins de Sainté et de ses environs, afin de déterrer tout ce qui s’y trouve de toxique et que la municipalité souhaite passer sous silence. Une balade aux relents définitivement nauséabonds… Bonne lecture !

Ce n’est pas la première fois que Couac se penche sur la question des pollutions. Dans le numéro 6 (du printemps 2018), on s’inquiétait du site de Borde-Matin – le centre de traitement de déchets de Suez situé sur la commune de Roche-la-Molière.

Stockage de Borde Matin, les fuites

Il était une fois le Pâteux, un centre de stockage SATROD [1] à Roche-la-Molière [2]. Suez RV Borde-Matin en fait un centre de traitement de déchets, la différence est de taille.

Le stockage n’est pas imperméable, le biogaz fuit déjà dans l’atmosphère. Les odeurs et leurs éventuels déodorants mais aussi par les fumées qui s’échappent de l’usine Biovale (production d’électricité et fumées) en témoignent. A proprement parler (est-ce possible ?), le stockage fuit aussi dans le milieu aquatique par le cours d’eau qui le traverse (le Borde-Matin). Une autre fuite plus abstraite suit le cours de l’argent jusqu’à la finance.

Fuites dans le milieu

La DREAL [3] n’a pas pu se positionner sur le traitement des lixiviats (pop. : jus de décharge) faute d’éléments d’appréciation. Sur ce point, le dossier ne manque pas de conditionnels – ce qui autorise le citoyen à aussi s’interroger…
Il est prévu que le site accueille à l’avenir, des effluents provenant de l’extérieur (ni les limites ni les origines géographiques ne sont claires). Ce pourraient être des effluents comparables à ceux du site (lixiviats) ou bien des effluents industriels (de peinture, du traitement du bois ou du cuir, hospitaliers ou vétérinaires (antibiotiques), etc... la description en est très vague).
Pourtant le rapport d’étude de diagnostic réalisé par Safege [4] est assez explicite quant aux charges admissibles par la station :

Azote ammoniacal : la capacité nominale contractuelle de l’installation est dépassée 15% du temps.
[,,,] les dépassements surviennent assez régulièrement :
NTK, Aluminium, Fer, Manganèse, Arsenic, Chrome, Chrome VI, Nickel, AOX, : flux non conforme entre 10 et 33 % du temps…

Dans l’état actuel des choses, l’étude Safege montre clairement que la station de traitement est déjà à la limite de ce qui peut être accepté en flux polluants et en laisse déjà fuir beaucoup. Des effluents supplémentaires ne peuvent qu’aggraver le phénomène, même avec de vagues promesses sans engagement (ils promettent d’utiliser des procédés qui concentrent les polluants en boues... mais où iront ces boues ?).

Fuites financières

Depuis la création de Suez RV. (2008), on peut estimer qu’environ 18 millions d’euros de dividendes ont été versés à l’actionnaire et qu’environ la moitié de ce montant a été consacrée aux salaires de l’entreprise. Par arrêté préfectoral, Suez assoit cette situation jusqu’à 2050. Avec 20% du chiffre d’affaires en dividendes la rente est confortable.
L’emploi n’est pas au cœur de la question ! Un bien public, peu désirable et mal-odorant, peut-il faire l’objet d’un commerce aussi lucratif ? De toute évidence non, surtout quand le passif de déchets déjà existants restera en tas pour longtemps, et que seulement 8 millions d’euros sont destinés à la remise en état du site. Aucune fée, même pour ce prix, n’est en mesure de faire disparaître ce tas, une infrastructure d’aujourd’hui, un casse-tête pour demain.
Après la régionalisation et la réforme des collectivités locales de la gestion des déchets qui en a découlé, doit-on s’attendre à la délocalisation-mondialisation des déchets ? C’est déjà plus ou moins le cas pour certains déchets. Pourtant ce n’est pas encore Suez qui gouverne, si ?

Ah ! si l’argent avait l’odeur des déchets…

P.-S.

Le journal est disponible en divers lieux (librairies, cafés, etc.) ainsi que, occasionnellement, lors de criées dans les rues et sur les marchés.
Couac est, depuis sa naissance, une aventure collective. Pour que celle-ci perdure le plus longtemps possible, il semble essentiel de trouver de nouvelles énergies, qu’il s’agisse de filer un coup de main pour l’écriture, le pliage, la distribution ou même simplement en nous divulguant des infos qui mériteraient d’être relayées. Si l’idée de faire partie de l’aventure vous séduit, n’hésitez pas à envoyer un mail à couac[at]riseup.net.

Notes

[1Satrod : Société anonyme de transfert d’ordures et de déchets. Filiale de SITA, elle-même filiale de Suez, avec beaucoup de mouvements de capitaux... et ça continue !

[2Avant Roche la Molière, c’était à Mably qu’on enfouissait les déchets, mais ce centre de stockage est plein depuis 2016.

[3DREAL : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. Administration technique de l’état en charge de la surveillance – une espèce de flic (pas trop regardant) – des activités commerciales et industrielles.

[4Safege : Cabinet d’ingénieurs de conseil spécialisé eaux et traitement. Filiale de Suez.


Proposé par Couac
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