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ITALIE  
Publié le 5 décembre 2005 | Maj le 14 décembre 2020

Rome : début du procès des anarchistes italiens inculpés-ées dans l’opération CERVANTES


Le 30 novembre s’est tenu à Rome la première audience du procès de l’opération Cervantes, nom donné à une vaste opération répressive contre le mouvement anarchiste italien, à qui le gouvernement a choisi le doux sobriquet "d’anarco-insurrectionnaliste". Neuf personnes étaient concernées par ce procès : Davide, Stefano, Massimo Del Moro, Claudia, Marco, Danilo, Valentina, Massimo, Sergio. Le verdict a été donné, et finalement cinq personnes sont sorties de prison, et ont obtenu l’assignation à résidence pour une période d’un an et demi. Néanmoins, Danilo, Valentina et Massimo restent incarcérés jugés « socialement dangereux » par le tribunal.

Le cas du sarde Massimo Leonardi est particulièrement éloquent. Celui-ci avait déjà d’abord fait quatre mois de prison préventive jugé coupable du saccage d’un Mc Donald lors d’une manifestation à Rome en mars 2004, puis relâché avec cependant une obligation de se rendre signer au commissariat de sa ville natale tous les vendredis, samedis et dimanches. En novembre 2004, la DIGOS l’a remis en taule avec pour prétexte cette fois d’avoir agressé un flic en civil lors de la même manifestation. Aujourd’hui, Massimo est considéré par les autorités comme le « Capo » du mouvement « anarco-insurrectionaliste », ce qui est évidemment faux. Le fait que celui-ci soit sarde, tout comme le ministre de l’intérieur Pisanu ne joue évidemment pas en sa faveur...
Au procès, une centaine de personnes venues de toute l’Italie étaient présentes pour soutenir les camarades, et à la sortie du tribunal, malgré une certaine amertume, une grande émotion se lisait sur les visages et quelques larmes furent versées... C’est beau !!! Les prochaines audiences auront lieu dans le courant du mois de décembre.
L’après midi, un rassemblement eut lieu devant la section féminine de la prison de Rebbibia, avec musique dansante orientée vers les fenêtres. Là aussi, beaucoup d’émotion... De nombreuses paroles furent échangées entre détenues et les personnes présentes, ce qui fut l’occasion d’apprendre qu’une fille a été retrouvée morte quelques jours auparavant dans sa cellule dans des conditions plus que douteuses sans que personne ne soit mis au courant.
Si le jugement du tribunal s’est trouvé moins sévère que prévu, la situation en Italie reste néanmoins plus que préoccupante comme en témoigne la forte répression contre les luttes anti TAV (Train Grande Vitesse entre Lyon et Turin) dans la Vallée de Susa, ou encore lors de la manifestation anticarcérale à Bergame ou 23 personnes ont été arrêtés, dont 14 avec une plainte déposée contre eux (sur 100 manifestants, ça fait un pourcentage pas négligeable !!!). C’est donc réellement un procès politique qui est en train de se tenir en ce moment, la manière dont les médias traitent la question ne fait que confirmer ce propos. Au delà des neuf inculpés à Rome, c’est avant tout le procès de tout un mode de pensée.
Voici la traduction du résumé de la première audience du procès par la Croce Nera Anarchica (ABC Italie), la traduction du communiqué écrit par Claudia, Danilo, Valentina et Stefano quelques jours avant leur procès, ainsi que le communiqué écrits par quelques anarchistes romains-es. Ces traductions ont un peu été faites à la hâte donc ne vous étonnez pas si des phrases vous paraissent un peu étranges...

Aujourd’hui s’est tenu à Rome la première audience du procès à laquelle était concernée 9 compagni/e anarchistes arrêtés-ées lors de la dite « Opération Cervantes », accusés-ées d’avoir mis en œuvre plusieurs attaques contre l’Etat entre Rome et Viterbe. Cette audience a été pour nous l’occasion de revoir nos compagni/e encore en détention, et ce depuis de nombreux mois.
Finalement, les assignations à résidence ont été concédées pour Davide, Simone, Marco et Stefano. En revanche les demandes d’assignation à résidence ont été rejetées pour Danilo, Valentina et Massimo. On ne sait pas encore si leur transfert à la prison de Rebbibia (Rome Sud) a été acceptée conformément à la demande de leurs avocats. Les compagni/e sortis de prison sont néanmoins soumis à de nombreuses restrictions. Ils ne peuvent pas avoir le moindre contact avec l’extérieur (ni par téléphone, ni par internet, ni par courrier, ni par rencontre) en dehors des parents les plus proches.
Pour Sergio, le tribunal lui a concédé l’obligation de signature deux fois par semaine pendant une période encore non définie. Les dates des prochaines audiences ont été fixées pour le mois de décembre : 5/14/21/22/23.
Si d’un côté le fait de revoir nos compagni/e après tant de temps nous a rempli le cœur de joie, être contraint de les regarder dans une cage de verre et les savoir encore en prison ou en résidence assignée n’a pu qu’augmenter le sentiment de haine que nous gardons pour ceux qui ont pour rôle de lubrifier constamment les engrenages de cette société.

Croce Nera Anarchica

A Propos de répression, de défense... de solidarité et autre

Nous sommes anarchistes, notre aspiration ne s’arrête à changer l’existence, mais à la révolutionner. Il est clair que ceux qui dominent ont tout intérêt à éliminer cette aspiration. Cela ne nous étonne donc pas que ceux ci adoptent tous les moyens qui sont en leur possession pour y parvenir. Nous ne voulons pas et nous ne pouvons pas nous contenter d’analyser ces moyens, et de contester leur cruauté ou en plus leur non conformité aux règles démocratiques. Mettre en évidence quels sont ces moyens et comment ils sont utilisés est indispensable pour éviter le plus possible de se retrouver entre quatre murs, mais il ne sert à rien de donner une forme indépendante à la répression et l’ensemble des moyens mis en œuvre puisqu’ils ne sont rein d’autre qu’un des instruments nécessaires au pouvoir pour se perpétuer. Une fois ce constat établi, il apparaît évident que frapper le pouvoir dans toute sa complexité est la meilleure réponse à la répression.
Se perdre en raisonnement « techno-légalistes » autour de l’art. 270bis et toutes ses variantes n’est pas de notre ressort.
Dans le même temps, sensibiliser les masses sur comment l’Etat réprime qui entend le déstabiliser nous semble réducteur face à toutes les contradictions et hypocrisies derrière lesquelles se cache la domination occidentale pour vendre son système démocratique comme le garant maximal de la « liberté ». En d’autre terme c’est un peu comme si on avait découvert l’eau chaude...
Plus le niveau d’affrontement sera haut et plus la réaction répressive sera dure ; même si cela n’est pas mathématique ; mais si l’administration du pouvoir entravé de manière radicale et décidée, les résultats seraient encore pires.
(....)En tant que prisonnier nous devons soutenir combien il est important le soutien aux camarades à travers les lettres, les contributions économiques, les mobilisations, les rassemblements devants les prisons et tribunaux...
Tout cela dans l’enfer quotidien de l’incarcération est précieux comme l’air que l’on respire.
Mais, un révolutionnaire continue à vivre perpétuellement dans la révolte...
C’est dans les feux qui tiennent allumés l’hostilité au pouvoir et à l’exploitation. C’est dans l’attaque contre le pouvoir que la solidarité trouve son expression maximale......
L’intérêt exaspérant pour les choix défensifs, les avocats et tout ce qui concerne les compétences techniques, n’a rien à voir avec la solidarité et quand il devient conciliant, il devient réellement fastidieux. Ceci dit, nous ne voulons alimenter des polémiques dommageables mais simplement fixer un pont.
(...)
Sans vouloir trop rentrer dans les détails (même s’il mériterait qu’on le fasse, mais pas dans ce contexte), nous nous limiterons à mettre en évidence l’instrumentalisation de concept de la violence.
Nous savons bien que chaque forme de pouvoir s’est toujours réservé le droit exclusif d’en user et ce pour défendre ses propres intérêts avec le prétexte d’agir pour le « bien » des « honnêtes gens ». La masse qui a besoin d’être gouvernée.
Tandis que les systèmes totalitaires contemplent ostensiblement la violence comme force de pouvoir, le système démocratique lui, plus sournoisement ne l’exhibe pas mais la condamne par le biais cette morale répétée incessamment pour mieux la masquer cherchant à toucher plus l’esprit que le corps la rendant alors- dans la mesure du possible- moins visible. Ainsi, on alimente cette répulsion à la violence dès l’enfance, tout en stimulant l’esprit de compétition et le rejet de l’autre pour mieux intégrer le modèle dominant de la société.
Ainsi la violence pour imposer la domination devient acceptable, voire indispensable, et même camouflée. L’utiliser pour se rebeller contre le poids de l’exploitation, est en revanche inacceptable parce que la démocratie et la citoyenneté offrent de nombreux espaces de dialogue et de confrontation... C’est clair !
Nous ne sommes pas des fanatiques de la violence, nous ne sommes pas des bêtes assoiffées de sang, mais nous savons bien qu’on ne pourra pas révolutionner l’existence à travers un mode pacifique et indolore. Ce qui est sûr c’est qu’on ne s’assiéra pas à la table de ceux qui ont tout intérêt à la maintenir inaltérée. (...)
« L’Anarchie ne se fait pas, elle ne se construit pas : on peut seulement être anarchiste et vivre comme un anarchiste ».
Pour cela nous ne croyons pas à l’insertion dans les luttes sociales pour diffuser la pensée anarchiste.
Si nous y participons nous le faisons avec les moyens et les méthodes qui nous semblent les plus appropriées, mais pour nous rapprocher de qui, à un certain moment décide de se rebeller (...) parce qu’il est nécessaire de trouver un terrain fertile pour faire germer la graine de l’insurrection.
Nous continuerons à lancer nos messages les rendant le plus clair possible sans quelconque intellectualisme, nous continuerons à nous engager dans la contre information afin de décrire une réalité différente de celle que construites chaque jour par les médias et afin de clarifier vers qui est dirigée cette violence.(...)
Nous savons bien qu’un individu seul ne peut pas faire la révolution, mais quel est le prix à payer pour tenter tant bien que mal d’éveiller les masses ?
Combien de temps il faudra attendre alors que le pouvoir met en l’air l’humanité et l’environnement continuant à produire la mort, et pas seulement physique ?
Nous savons aussi que tout le monde n’est pas résigné et que tous ne peuvent pas s’exposer de la même manière, mais tout de même, de nombreuses personnes éprouvent du plaisir lorsqu’ils sentent que le pouvoir perd un peu de son invulnérabilité. C’est aussi pour cela que nous ne voulons pas attendre. Nous vivons maintenant ! ! !

Ceci n’est que notre point de vue.
Nous tenons à le préciser, parce qu’il est indispensable d’être critique envers qui se déclare comme porteur de vérité absolue et qui finit par devenir lui même autoritaire.
Pour nous il est indispensable de se confronter entre camarades. Dans ce contexte nous nous trouvons contraints de s’exprimer à travers ce communiqué et nous en sommes désolés.
Nous avons toujours préféré nous exprimer en tête à tête que dans des proclamations. Nous cherchons à stimuler les différences non pour nous diviser mais au contraire pour avancer.
Peut-être est-ce de notre faute mais très souvent cette volonté n’est pas parvenue à se fin, ou peut être a-t-elle été esquivée, préférant le paraître des avocats à l’opinion des camarades ; au moins si l’on considère le déroulement ou l’échec partiel de quelques assemblées. Et de cela, nous en sommes encore plus désolés.
Ce ne sont certainement pas les ondes répressives qui doivent conditionner la route que chacun choisit de suivre, mais dans un sens on doit se demander si cela ne vaut pas la peine d’aller directement à l’abordage plutôt que de vaguer d’une île à l’autre à l’attente du naufrage.

Claudia, Danilo, Valentina, Stefano
25 novembre 2005

Le 27 juillet 2004, quelques agents de la Ros et de la DIGOS investissent les domiciles d’une centaine d’anarchistes dans diverses zones d’Italie et de Sardaigne, notifiant un nombre considérable de mandats d’arrêt pour association subversive à finalité terroriste (article 270 et 270bis c.p.), liés à la Fédération Anarchiste Informelle.
Nos camarades Tito, Simone, Tombolino et Sergio sont incarcérés, avec outre le délit d’association subversive, des accusations spécifiques concernant plusieurs attaques contre le pouvoir.
Le 26 mai 2005 la répression étatique prend une autre ampleur, envoyant, sous la décision du même juge, cinq personnes en prison préventive, et émettant une vingtaine de mandats d’arrêts en plus. Ainsi, Massimo, Stefano, Valentina, Danilo et Claudia sont emmenés dans diverses établissements pénitentiaires du pays.
On parle alors de l’ « Opération Cervantes ».
Mise en place par la ROS et la DIGOS, souhaitée par le ministre de l’intérieur Pisanu, confiée au pôle romain contre le terrorisme avec Vitello, De Falco et Capaldo sous la coordination de Ionta, celle-ci s’insère dans un contexte répressif s’abattant sur tout le territoire de la péninsule. Outre celle de Rome, de nombreuses procurations, comme dans les villes de Lecce, Cagliari, Bologne et dernièrement Florence ont décrété l’existence d’autres associations subversives sur ces territoires respectifs : toutes ont un lien avec la Fédération Anarchiste Informelle.
Il faut ajouter à cette liste toutes les perquisitions, les arrestations pour associations subversives conduites par le procureur de Pise et qui concerne l’imminent procès qui débutera le 5 décembre.
L’Etat lâche tous les appareils répressifs pour poursuivre et enfermer les individus en conflit avec l’ordre établi, appelant dans le même temps l’appareil médiatique pour en célébrer et en justifier l’action au nom de « guerre au terrorisme ».
Dans cette période de crise, l’état de belligérance est désormais explicitement déclaré : l’imposition de condition de terreur permanente, la création factice d’un « état de siège » généralisé légitime tout les moyens de contrôle social dans le but de dénicher et d’éliminer les ennemis intérieures et extérieures, rendant dans le même temps acceptable un état de survivance comme unique aspiration existentielle. Aujourd’hui plus que jamais la guerre est l’épouvantail que l’on agite afin d’anéantir le front interne avec toujours cet impératif sécuritaire qui n’est rien d’autre que la simple défense de l’état actuel des choses pour inhiber et rompre définitivement toute manifestation naissante contre la croissante et diffuse intolérance de ce système basé sur l’exploitation et la coercition.
Outre le fait de s’attaquer aux sujets dits subversifs, l’offensive politico-judiciaire investit désormais toute forme de trouble au toujours plus précaire équilibre socio-économique : de la détention et la déportation de nombreux immigrés à la criminalisation et répression systématique des grèves non homologuées et des luttes pour la défense du territoire contre la dévastation industrielle, passant par l’intensification des expulsions de squats et de camps de roms.
L’attaque répressive engagée contre les anarchistes, outre tenter d’enfermer ceux qui sont en conflit permanent avec l’ordre établi, a pour but précis de montrer la force de dissuasion pour tous les exploités qui auraient l’intention de plus en plus légitime de s’insurger en les terrorisant avec cet exemple de punition contre tout opposant potentiel.
La suite de ce scénario continue avec le procès de nos camarades qui débutera le 30 novembre : rompre l’isolement qui leur est imposé nécessite de porter cette révolte en dehors des barreaux, révolte qui, à travers leur détention, le pouvoir essaie d’éradiquer et d’anéantir, et qui risque encore de contaminer des couches toujours plus large de cette société en phase terminale.
La solidarité entre ceux qui se rebellent, quelle que soit la manière dans laquelle celle-ci se manifeste, est une arme capable de faire changer de camp cette peur (« Cette peur qui fatalement finira par changer de camp » La rumeur ; Ndm).

LE 30 NOVEMBRE NOUS SERONS AU TRIBUNAL POUR FAIRE ENTENDRE CETTE MEME SOLIDARITE A NOS CAMARADES.

Quelques anarchistes de Rome


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