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ACTUALITÉS LOGEMENT - SQUAT
SAINT-ÉTIENNE   SQUAT IZMIR (2003 - 2006)
Publié le 17 juin 2005 | Maj le 25 mai 2020

Lettre ouverte du collectif Izmir au conseil municipal de la ville de saint-étienne


Lundi 6 juin lors du conseil municipal, le cas des squats à st-étienne et en particulier celui d’Izmir, a été évoqué [1].
Certains et certaines d’entre nous, habitant Izmir et/ ou y organisant des activités, étions présent-e-s, principalement par curiosité puisque nous savions que personne ne nous donnerait la parole. Après tout, la démocratie municipale, ça n’est pas fait pour ça !
Nous avons tout de même entendu quelques choses qui nous ont vivement agacé-e-s, en particulier parce qu’elles sont mensongères. Nous prenons alors les moyens dont nous disposons pour nous approprier un espace de parole, et envoyons cette lettre ouverte à des médias « alternatifs » comme le Numéro Zéro, mais aussi aux médias officiels locaux et au Conseil Municipal, ainsi qu’à qui veut bien nous écouter... Nous tenons à rappeler ou préciser certaines choses au sujet d’Izmir, en tentant d’être le plus honnête possible, sans pourtant prétendre à l’impartialité.

Le maire annonçait lors de ce conseil municipal sa décision (datant du 2 mai 2005) de mener des actions en justice pour faire expulser au moins quatre squats à st-étienne, dont Izmir.
Un élu vert, Olivier Longeon a évoqué la question des squats en général, dont des squats de Roms et de réfugié-e-s. Se préoccupant aussi de l’avenir d’Izmir, il a alors demandé si des négociations étaient envisagées ou avaient été tentées avec les squatteurs/euses au lieu de les poursuivre en justice.

L’adjoint à l’urbanisme, Claude Marder, a répondu : « Depuis des années nous essayons de leur proposer un relogement. Il est impossible de négocier avec eux. » [2], quelle farce ! Nous n’avons jamais eu l’occasion de refuser des négociations, puisqu’on ne nous en a pas proposé ! En effet, la seule discussion que nous avons eu consistait en une proposition de la part de Monsieur Raspilair de la SEDL (Société d’Equipement De la Loire, société mixte gérant une part de l’histoire pour le compte de la mairie ?) : deux des squatteurs-euses sont allés au rendez-vous qu’il avait proposé et la seule chose concrète qu’il ait faite, au milieu d’un blabla politicard très habile (« oui je vous comprend, moi aussi j’ai été jeune, moi aussi j’ai été de gauche »), est de leur demander de quitter le squat sans faire d’histoires.

Les squatteurs, eux, lui ont dit que ce qu’ils désiraient bien entendu, c’était rester. Il a ajouté une petite proposition, assez perfide : nous pouvons vous aider financièrement pour louer un camion de déménagement et... pourquoi pas éventuellement payer la peinture dans votre nouveau logement. Généreux. Le dialogue n’est pas allé plus loin puisqu’il ne proposait rien. Puis M. Raspilair a dit qu’il rappellerait. Son secrétaire a rappelé plusieurs fois en se contentant de demander : « alors qu’est-ce que vous faites ? ». Nous avions déjà répondu lors de l’entretien : nous ne voulions pas partir, nous ne voulions pas abandonner un espace de vie et d’activités passionantes aussi facilement.

Voilà à quoi se résument les « années de tentatives vaines de négociations ». Facile de mentir lors d’un conseil municipal où les personnes concernées n’ont de toutes façon pas droità la parole. Après cet entretien, donc, nous n’avons plus eu aucune nouvelle directe de la mairie, ni de la SEDL. Ensuite nous avons eu des nouvelles indirectes : permis de démolir déposés en façade, annonce dans les réunions publiques et dans les journaux locaux que les bâtiments « insalubres » allaient être rasés sous peu et, chaque fois : pas une allusion au fait que l’un de ces bâtiments était un espace de vie et d’activités publiques, soutenu par de nombreux individus, associations et collectifs de la ville.

La société Epora, quant à elle (chargée de la démolition des bâtiments par la mairie) s’est ensuite permis de faire pénétrer au moyen de menaces illégales un technicien et une employée dans les locaux. Inquiet-e-s et ayant entendu dire que certains squats avaient été expulsé de manière peu légales nous avons nous mêmes écrit au maire pour lui demander ce qu’il en était, pour lui rappeler que nous existons et que nous connaissons nos droits (une expulsion doit obligatoirement passer par une décision du tribunal et les propriétaires n’ont pas le droit de faire tout ce qu’ils veulent du bâtiment) et que nous avons envie de rester dans les lieux. Seule réponse : « la mairie respecte la loi ». C’est déjà ça.
Depuis nous avons encore eu la joie de voir par exemple un technicien d’EDF envoyé pour couper les câbles en vue de la démolition : il n’était même pas prévenu que des gens vivaient là ... alors que nous avons un contrat légal avec EDF depuis le départ !
Bref, la mairie continuait à faire comme si nous n’existions pas.

Le deuxième point particulièrement irritant évoqué lors de cette intervention au conseil municipal est la suspicion selon laquelle Izmir serait une sorte de « secte » [3] ! (Rappelons déjà que ce type de diffamation est grave et qu’on a vu des groupes assigner leurs diffamateurs en procès pour moins que ça.) Il est souvent assez facile pour décrédibiliser des projets collectifs de les traiter de sectaires, et ce type d’attaques est assez lâche à notre goût. Si Monsieur l’adjoint avait un minimum les pieds dans la réalité du quartier où est implanté Izmir, il saurait pertinemment que, si nous sommes loin d’être parfait-e-s, si nous éveillons de la méfiance et de l’incompréhension de la part de certaines personnes (avouons-le), nous avons aussi crée et entretenu de nombreux liens dans le quartier, en particulier avec les voisin-ne-s proches, et nous sommes implanté-e-s dans un riche réseau de collectifs, d’individus, d’associations, qui se bougent à leur manière pour rendre la vie et la ville moins moroses... Nous ne sommes peut-être pas ce que vous aimeriez que nous soyons, mais... sommes-nous une secte ? Venez discuter avec nous et osez donc le redire après. Et toc.

Nous ne sommes pas particulièrement déçu-e-s car nous savions déjà comment fonctionne CETTE démocratie. Cela nous confirme dans nos principes : nous agissons là où les problèmes, questions et envies émergent, pas dans des conseils représentatifs de rien du tout. Nous n’avons pas beaucoup plus de prétention que ça. Mais nous tenions absolument à exprimer, à notre manière, notre version face à des paroles mensongères. Nous tenions aussi à pointer du doigt ce qui se passe derrière les portes quasi closes de la « démocratie » municipale. Nous invitons d’ailleurs quiconque à aller voir comment se passe un conseil municipal, pour décider de soi-même si l’on peut vraiment laisser notre existence dans les mains de ces gens-là .

Enfin, ce n’est pas parce que nous parlons beaucoup d’Izmir ces temps-ci, parce que nous aimons cet endroit et ce projet et voulons le garder, que nous ne nous préoccupons pas de la politique générale de la municipalité, qui compte « éradiquer » les squats pendant l’été. Puisque vous tenez tant à reloger des gens, proposez le donc à des gens qui en ont envie et besoin. Il y en a tellement. Nous rappelons notre soutien aux personnes qui squattent, que ce soit pour se loger et/ou pour organiser des activités publiques ou disposer de locaux pour de multiples projets, que ce soient des étranger-e-s « en situation irrégulière » ou pas. Qui sont les plus légitimes : des gens qui ont besoin de locaux ou des propriétaires qui laissent des locaux à l’abandon ?!

Le collectif Izmir

Notes

[1Pour plus d’infos sur Izmir, allez sur le site : http://izmir.squat.net ou passez nous voir au 3 rue de la sablière, derrière la CAF et la Comédie, nos locaux sont ouverts aux public les mercredi de 15h à 20h.

[2Propos reportés ainsi dans La Tribune Le Progrès du 8 juin 2005.

[3Ces propos sont aussi reportés, dans le même article de La Tribune Le Progrès du 8 juin 2005.


Proposé par raoule
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