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SAINT-ÉTIENNE   MOUVEMENT POUR LE LOGEMENT DE TOU’TE’S (2019 - ....)
Publié le 30 mars 2019 | Maj le 25 avril 2020

Voisin.e.s vigilant.e.s + flics violents = récit d’une non-ouverture de squat


En ce moment il y a six familles à la rue à Saint-Étienne.
Il y en a six, au moins six, les six qui vivaient avant à la Maison Bleue, un squat de centre-ville qui s’est fait expulser il y a plus d’une semaine.
Et si c’est la fin de la trêve hivernale, on ne pas peut pas non plus dire que la nuit les températures soient franchement estivales.

Alors comme
• Petit 1, il est évident que personne ne doit en aucun cas dormir à la rue, et surtout pas des enfants, que
• Petit 2, il est évident que des bâtiments restant vides pendant plusieurs années, sans travaux ni projets, sont objectivement inutiles et que
• Petit 3, il est évident que la ville, l’Etat et les institutions ne font absolument pas le travail d’accueil et d’hébergement que la Loi leur impose

Vous l’avez ?
Rien de bien sorcier, pas franchement matière à discuter.
Si on a une once de bon sens
Un peu d’empathie
La conscience de l’urgence et quelques outils
On comprend le problème et on trouve vite des solutions.

Immeuble vide, pas loin du Cours Fauriel.
On entre à trois, puis cinq, puis douze.
Tout est prêt, clé, serrure, de quoi remettre l’électricité.
On y est, il fait noir, on installe quelques affaires.
Tout se passe bien, on est calmes.
Tout se passe bien jusqu’à ce qu’on entende, dehors, quelqu’un.e crier.
On se dit

Holala, mais qui donc ose hurler ainsi à sa fenêtre, un soir de semaine, dans un quartier résidentiel, tandis que d’honnêtes citoyen.ne.s travaillent à la réhabilitation d’une infrastructure délabrée ?

C’est en jetant un œil au travers du volet que nous réalisons que ce grossier personnage si peu respectueux du sommeil des habitant.e.s alentours n’est autre que la voisine d’en face, surgie de son balcon pour alpaguer notre équipe, en réveillant la moitié de la ville au passage.
On s’étonne.

Quel genre d’individu peut bien insulter et diffamer sans même les connaître un groupe de personnes mû par des principes de solidarité et d’entraide, principes pourtant si chers à la France ?

Nous tentons d’entrer en contact pour dissiper le malentendu.

Mais des renforts arrivent, sous la forme d’autre fenêtres ouvertes, à travers lesquelles les mêmes visages écarlates et contrits vocifèrent dans la nuit calme leur dégoût à l’idée de l’investissement par des êtres humains de ce bâtiment contigu à leur habitation.

Ces messieurs-dames semblent fort attaché.e.s à la notion de propriété privée.
Tellement qu’ielles préfèrent qu’un immeuble entier reste vide et inutilisé pendant dix ans, plutôt qu’habité par des familles qui n’y paieraient pas de loyer.

On discute un peu, on s’active en même temps, puisque qui dit voisin.e.s vigilant.e.s dit sirènes hurlantes.

Comme prévu, une voiture de la police nationale débarque.

Ses occupants en descendent, et sans crier gare se mettent à attaquer notre refuge.
Heureusement, quelques matériaux qui traînaient ont permis de solidifier la porte qui nous sépare de ces voyous en uniforme, qui eux ne semblent pas tellement respecter la notion de propriété privée.

Tandis que ces braves agents tentent d’enfoncer la porte à coups de pieds, d’épaules et à grands renforts d’insultes et de menaces, nous essayons de leur expliquer le caractère illégal de leurs agissements, puisque cet immeuble est occupé depuis plusieurs jours par une personne qui en a la preuve, ce qui en fait son logement, et interdit donc toute expulsion sans qu’il y ait au préalable une décision de justice, avec la robe, le marteau et tout.

Malheureusement il semblerait que les forces de l’ordre une fois encore se soucient de la loi comme de la dernière fois qu’ils ont éborgné quelqu’un.e.

Enfin bon, on tient bon, on tente de rester calmes
Malgré les cris et les menaces,
Malgré le gaz qui nous est envoyé à travers les fentes de la porte,
Malgré la peur qui tord le ventre,
Malgré les signaux que le cerveau envoie, et qui disent de partir en courant,
Malgré les souvenirs qui remontent, les récits de potes coincé.e.s dans des squats où la police ou les fachos débarquent et matraquent, gazent, humilient,
Malgré tout, on tient bon, et finalement les flics se calment.

Mais bon, on se dit bon,
Il est beau cet immeuble, il y a de la place.
Mais un voisinage pareil, si bruyant et si mal élevé,
On n’est pas si désespéré.e.s que ça.
On va trouver
Un quartier un peu plus civilisé
Un bâtiment à l’abri des hordes de furies au service de l’absurde.
Il y en a des logements vides à Sainté.
Il y en a même
Quatorze mille.

Alors on se décide à sortir.
La tête rentrée dans les épaules
De peur de recevoir les coups de cette milice
Qui préfère protéger la Biennale de Design
Plutôt que les enfants à la rue
Mais ouf
Ce qu’on trouve derrière la porte
C’est les visages amis de celles et ceux venu.e.s en renfort
Et ça fait du bien
Ça donne de la force pour la prochaine fois
Alors on applaudit
Pour rigoler
Le zèle des voisin.e.s vigilant.e.s
Trop déçu.e.s de nous voir échapper au contrôle d’identité
Trop déçu.e.s de nous voir rentrer sain.e.s et sau.f.ves
On trouvera toujours mieux
On trouvera toujours
Quelques corps et quelques cœurs prêts à se mettre en danger pour aider celles et ceux qui en ont besoin
À bientôt cher.e.s habitant.e.s de la rue des Armuriers
Dormez sur vos deux oreilles
Très cher.e.s collaborat.eur.rice.s de l’Etat où le droit
Met des familles dehors et leurs soutiens en taule
On s’en souviendra


Proposé par willybrouillard
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