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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 24 août 2018 | Maj le 25 avril 2020

Chère, très chère école privée !


Lors du conseil municipal de juin 2017, alors qu’était abordé le budget de Saint-Étienne, un chiffre avait retenu mon attention : sur les millions d’euros de dépenses de fonctionnement dans le domaine de l’éducation — dont une grande partie est dévolue aux écoles primaires et maternelles — pas moins de 2 millions étaient dévolues aux écoles privées de la commune, soit 25% du budget tout de même. Lorsque Sami Kéfi-Jérome, l’adjoint à l’éducation a détaillé les dépenses prévues, pas un mot à ce propos... Je décidais de me pencher sur ce qui me semblait alors être un mystère.

J’avais tort : comme me le rappelle Mme Thomas, élue communiste de l’opposition municipale, il s’agissait en fait d’une promesse de campagne, comme en témoigne le verbatim du conseil municipal de juin 2015. À la question de savoir pourquoi la mairie allait augmenter, sur le mandat, la subvention par élève de près de 20% pour les quelques quarante écoles maternelles et catholiques de Saint-Étienne, la majorité avait répondu que d’une part la loi les y obligeait, d’autre part que la subvention précédente était lamentablement basse, enfin rejetait la faute sur l’équipe précédente pour n’avoir pas mené les négociations avec le diocèse en temps et en heure. Par ailleurs, signale la majorité, d’importants investissements ont été consentis dans l’école publique, notamment le périscolaire que la commune a eu la bonté de mettre en place, merci encore !

Arguments somme toute fallacieux, m’explique Jérémy Rousset, directeur d’école et membre du syndicat SNUIPP-FSU qui avait à l’époque lancé une pétition à ce sujet [1]. S’il est vrai que depuis la loi Debré de 1959 [2], l’État et les collectivités ont l’obligation de financer équitablement les élèves admis dans le public et le privé, cette obligation ne s’applique qu’aux élèves d’âge élémentaire, et la mairie va bien au-delà du plancher légal. Sans parler, en ces temps où la laïcité et les valeurs républicaines garnissent discours et professions de foi, de militer pour l’abrogation de la fort peu laïque loi Debré, pourquoi Perdriau et sa clique ont-ils renégocié à la hausse ces subventions, plutôt que de les stabiliser ? Quant à l’augmentation du budget consacrée à l’éducation, elle est réelle, mais est moindre que dans les communes limitrophes et ne fait que compenser l’augmentation d’enfants pris en charge : si l’on se réfère au forfait par élève, c’est plutôt à une stagnation, voire à une baisse des crédits scolaires que l’on assiste.

Pourquoi, tandis que la majorité se lamente à longueur de conseil municipal qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, soutenir l’école privée ? Sans doute faut-il y voir d’une part l’influence du très catholique Gilles Artigues, premier adjoint de Saint-Étienne et connu pour ses engagements dans le domaine. Peut-être aussi la droite municipale, au nom de « l’attractivité » chère à Gaël Perdriau, a-t-elle voulu donner des gages aux classes supérieures, pas spécialement adeptes de la mixité sociale, pour qu’elles réinvestissent — c’est le mot — la ville... C’est ce qui ressort en tout cas d’une rencontre en 2015 entre les futurs adjoints à l’éducation de Perdriau et une association lyonnaise issue de la manif pour tous, En marche pour l’Enfance, lors des élections municipales [3]. On y voit nos joyeux drilles draguer allégrement une bande de « mères veilleuses » et promettre la vigilance vis-à -vis d’associations intervenant dans le cadre des activités périscolaires et qui risqueraient de promouvoir la « théorie du gender », d’augmenter allégrement les subventions au privé, promettent la plus grande fermeté à l’égard des familles étrangères qui ne « jouent pas le jeu ».

Derrière ce soutien au privé, c’est l’attitude de tout un ensemble de Stéphanois.es qui souhaitent assurer à leurs chères têtes blondes la non-mixité qu’on ne manque pas de dénoncer lorsqu’elle est le fait des féministes ou des racisé.es ! Nombre d’enseignants du public constatent d’ailleurs au moment des inscriptions une forme de ségrégation sociale et scolaire qui ne dit pas son nom. En 2014 des chercheurs du CNRS, Pascale Petit, Loïc Parquet et Thomas Brodaty, avaient dans un testing effectué à l’échelle nationale sur 3023 écoles primaires et 1246 collèges privés, mis en évidence la plus grande difficulté pour les personnes dont le nom a une consonance maghrébine d’obtenir une réponse — à fortiori positive — de la part des établissements[[Les résultats de la recherche : bit.ly/2AJ0O7b. Reste que les écoles privées, du fait même des subventions qui leurs sont versées, ne peuvent légalement pas choisir leurs élèves : la discrimination, dans notre République, est en principe proscrite dans toutes les écoles... Affaire à suivre.

Notes

[2Dans un article paru sur Mediapart (bit.ly/2ByRUq0), Eddy Khaldi estime que l’enseignement privé coûte à la France 19 milliards d’euros, que ce soit sous la forme de subventions directes ou indirectes de l’État et des collectivités locales et de défiscalisations.

[3En vidéo sur : bit.ly/2ipW7aO


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