Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 2 janvier 2020 | Maj le 25 avril 2020

Cartographier la surveillance


À Saint-Étienne, difficile de circuler dans le centre ville sans être observé par Big Brother. Et en période de mouvement social, il n’est pas inutile de savoir où se situent ces yeux qui nous épient. Le site internet « Saint-Étienne sous surveillance » recense les caméras de vidéosurveillance disséminées dans la ville (estimées à 329). Entretien paru dans le Couac n°7 avec A., l’une des personnes qui en a été à l’origine, sur le contexte de sa mise en place et sa pertinence aujourd’hui.

Tu peux nous faire un petit historique des sites « Sous surveillance », notamment celui de Sainté [1] ? Du contexte et des objectifs ?
L’initiative remonte à fin 2012. L’idée était de montrer à quel point la surveillance est partout et de permettre aux gens d’en prendre conscience. Et potentiellement d’être vigilants. Genre, tu veux organiser un repas de quartier, tu peux checker si la place où tu veux le faire a des caméras, etc.

« Dans les rues, dans les transports en commun, devant les commerces et les écoles... Les caméras se multiplient ! La vidéo-surveillance enregistre nos faits et gestes au quotidien, alors que les dispositifs de contrôle ne cessent de s’intensifier et de se perfectionner. Dans ce contexte, le projet national ‘‘Sous-surveillance.net’’ propose un outil de lutte. Il permet à chaque ville de se doter facilement d’un site local de cartographie des caméras, publiques comme privées, qui filment l’espace public. » [2]

Il y a eu une véritable coordination nationale, ce qui a permis de lancer une grande quantité de sites pour différentes villes. Il y en a par exemple même un, pas très loin de Sainté, à Feurs – une ville de 8 000 habitants [3] ! À Sainté, on a l’a mis en place en mars 2013 à quelques-un.e.s.

Comment fonctionne le site ? Qu’est-il devenu avec le temps ?
Les gens qui ont lancé ça étaient de différents horizons, mais pas mal venaient des médias alternatifs de l’époque – qui forment aujourd’hui le réseau Mutu [4]. Donc ils.elles ont repris la même base technique, avec des sites en SPIP. Il y a une seule instance de site nationale [5], des sous-domaines par ville, en France mais aussi à l’étranger, et le site repose sur un principe collaboratif. C’est comme ça que fonctionne la cartographie. Tout le monde peut publier un emplacement de caméra, ensuite des modérateurs/trices valident la proposition et la carte de la ville affiche la nouvelle caméra.

Pour le démarrage du site, on a organisé une soirée et surtout on a fait plein d’autocollants. Il y a eu des actions de collage, ça a permis de faire connaître le site en ville. Il y a eu un super accueil et plein de gens se sont emparés de l’outil. Genre 100 caméras publiées en 10 jours. Par contre, niveau administration du site, on était très peu. Donc après six ans d’existence, il est devenu un peu mort. On continue à valider de temps en temps des nouvelles caméras, mais pas plus.

Comment tu juges la situation actuelle, avec les projets tels que l’installation de micros à Beaubrun, le déploiement de drones [6] ? Quelles pistes de résistance vois-tu ?

Oui je suis bien au courant de ce que fait la mairie, c’est dingue… Il faudrait peut-être faire revivre ce site (je veux bien filer les logins d’admin). Actualiser la carte, compléter les informations juridiques, informer sur les manières de se protéger, etc. Je pense que ce site est un bel outil. Il aide bien à se rendre compte de l’ampleur du truc. Genre, ouais, on a 300 caméras à Sainté. Bordel… Une caméra pour 500 habitants ;-(

Le site est coordonné avec plein d’autres villes et super léger niveau technique. Il y a des bénévoles au niveau national qui le maintiennent, donc rien à faire localement. Par exemple il y a eu un problème sur le site de Bourges fin avril, l’administrateur de Bourges (mon équivalent là -bas) a signalé le problème sur la mailing list et bim, en quatre minutes, c’était corrigé. C’est magique l’implication de ces bénévoles. Et il y a toujours des gens qui assurent un compte twitter, une revue de presse [7]. Donc...mon appel, c’est emparez-vous de https://Saint-Étienne.sous-surveillance.net/ !

P.-S.

L’appel a été entendu, et le site a depuis été mis à jour. N’hésitez pas à le consulter et à signaler si des caméras manquaient.

Notes

[3Dans la Loire toujours, il en existe également un à Roanne.

[4Créé sur la base de quelques sites internet d’information en 2013, le réseau Mutu rassemble des médias libres francophones en ligne et s’est étendu à d’autres villes (cf. https://reseaumutu.info/). Parmi ces sites, on compte Rebellyon à Lyon, Paris-luttes à Paris, Le Numéro Zéro à Saint-Étienne, etc.

[6Lire les articles parus à ce sujet dans le Journal du carnaval de 2019 (également disponible en ligne ici et l’article « Mouchards et drones à Saint-Étienne : le maire veut étouffer le débat ». À la suite de protestations et d’un avis défavorable de la CNIL, ce projet a finalement été abandonné. Cf. « L’installation des micros-mouchards dans le quartier Tarentaise-Beaubrun est repoussée ».


Proposé par Couac
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