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Publié le 23 juin 2020 | Maj le 26 juin 2020

23 juin 1841 : naissance de Benoît Malon, Ligérien et communard


Né le 23 juin 1841 à Précieux (Loire), mort à Asnières (Seine) le 13 septembre 1893 ; ouvrier teinturier, puis commis-libraire, enfin journaliste et écrivain ; célibataire ; un des fondateurs de l’Internationale ; élu membre de la Commune de Paris ; coopérateur.

Fils de pauvres journaliers, Benoît Malon connut, dans son enfance, la vie malheureuse des miséreux du temps. En 1844, il perdit son père. En 1849, il perdit un frère, son cadet d’un an. À sept ans, il gagnait déjà sa vie comme gardien de dindons, puis il fut berger, bouvier, laboureur. Il fréquenta l’école durant quelques mois et fut le meilleur “ apprenant ” de sa classe. Une légende propagée par Léon Cladel veut qu’il ait appris à lire à vingt ans. Or, à treize ans déjà, placé comme pâtre dans l’Ain, il tenait les comptes du fermier. Toutefois, ses connaissances devaient être modestes. Mais, après une maladie, il passa sa convalescence chez un frère aîné qui avait pu devenir instituteur et il en profita pour acquérir les connaissances de bases indispensables pour accéder par lui-même à la culture. Ayant tiré un bon numéro, il fut exempté du service militaire et, à l’âge de vingt-deux ans, en septembre 1863, il arrivait dans la région parisienne après avoir effectué le voyage à pied et trouvait à s’embaucher dans une teinturerie à Puteaux. Il allait dès lors pousser très loin sa culture et jouer un grand rôle dans le mouvement ouvrier de son temps.
“ C’est pendant l’hiver de 1865, en allant porter sa carte de membre de l’Internationale à laquelle il venait de se faire inscrire, que je vis Malon pour la première fois, dans cette teinturerie de Puteaux, où il était homme de peine ”, déclara Camélinat à ses obsèques (cf. La Revue socialiste, octobre 1893). Malon fut donc un des fondateurs de l’Internationale en France, puisque le premier bureau s’ouvrit le 8 janvier 1865, rue des Gravilliers, n° 44 (voir Tolain). Il appartenait à la sous-commission adjointe à ce premier bureau (voir Tolain), et cette responsabilité suffit à montrer le crédit dont il disposait déjà dans les milieux ouvriers parisiens. Chaque semaine, Malon accomplissait donc, à pied dit-on, le trajet Puteaux-Paris et retour afin d’assister aux réunions hebdomadaires de l’association.

En juillet 1866 se produisit la grève des ouvriers teinturiers de Puteaux qui voulaient obtenir 40 centimes de l’heure au lieu de 35. Malon en fut un des animateurs. La grève se solda par un échec, mais un appel fut alors lancé le 9 septembre dans La Coopération, journal du Progrès social rédigé par les coopérateurs parisiens, en vue de créer “ une Société civile d’épargne, de crédit mutuel et de solidarité des ouvriers de fabrique de Puteaux, Suresnes et pays environnants ”. Ultérieurement, elle aurait permis, espérait-on, après constitution d’un capital, de fonder une société coopérative de consommation et même de production. L’appel se terminait par ces mots : “ Le patronat décline, l’association commence ! ” Et il était signé de cinq noms : en tête, celui de Benoît Malon.

Le 23 septembre, Pierre Vinçard présidait, à l’école communale de Puteaux, la première assemblée générale de la Société de crédit mutuel et de solidarité devant deux cents adhérents présents. Malon fut élu vice président de la société qui se transforma, en octobre 1867, en société de coopération : “ La Revendication de Puteaux, Suresnes, Clichy et Courbevoie ”, qui ouvrit des succursales de vente dans chacune de ces localités.

Militant de l’Internationale, Malon fit partie de la délégation de onze membres envoyée par le bureau de Paris pour assister au 1er congrès de l’AIT tenu à Genève du 3 au 8 septembre 1866 et fut un des signataires du Mémoire des délégués français reproduit dans La Première Internationale (J. Freymond), op. cit. vol. I, pp. 85-108. À l’issue du second congrès (Lausanne, 2-7 septembre 1867) auquel il n’assista pas, il n’appartint plus au bureau de Paris. Mais les quinze membres de la commission ayant démissionné le 19 février 1868, en raison des poursuites dont elle était l’objet, une nouvelle commission de neuf membres fut élue le 9 mars. Elle comprenait Antoine Bourdon, Pierre Charbonneau, Amédée Combault, Léopold Granjon, Jean-Baptiste Humbert, Gabriel Mollin et trois secrétaires-correspondants : E. Landrin, Malon et Eugène Varlin. Le siège de l’association était transféré rue Chapon. Tous les neuf furent à leur tour inculpés, puis condamnés, le 22 mai suivant, à trois mois de prison et 100 f d’amende, la durée de la contrainte par corps étant fixée à trente jours. Cette condamnation fut confirmée en appel le 24 juin.
Si l’on en croit Malon (cf. La Revue socialiste, 27 mars 1887, “ Les lignes qui suivent sont les premières de ma main qui aient été publiées ”), le fragment de la défense générale présentée par Varlin est de sa main, qui commence par ces mots : “ Si, devant la loi, nous sommes vous des juges et nous des accusés, devant les principes nous sommes deux partis, vous le parti de l’ordre à tout prix, le parti de la stabilité, nous le parti réformateur, le parti socialiste ”, et se termine par le développement bien connu : “ Lorsqu’une classe a perdu la supériorité morale qui l’a faite dominante, elle doit se hâter de s’effacer, si elle ne veut pas être cruelle, parce que la cruauté est le lot ordinaire de tous les pouvoirs qui tombent. Que la bourgeoisie comprenne donc que, puisque ses aspirations ne sont pas assez vastes pour embrasser les besoins de l’époque, elle n’a qu’à se confondre dans la jeune classe, qui apporte une régénération plus puissante : l’égalité et la solidarité par la liberté ” (cf. Procès de l’AIT. Première et deuxième commissions du bureau de Paris, pp. 161-165).

Détenu à Sainte-Pélagie, Malon signa, le 17 septembre 1868, la déclaration que ses codétenus et lui-même, auxquels s’était joint Cluseret, avaient élaborée, déclaration protestant contre la résolution adoptée par le 3e congrès de l’Internationale (Bruxelles, 6-13 septembre 1868) affirmant que la Ligue de la paix et de la liberté n’avait pas de raison d’être. Les détenus affirmaient que “ le droit de se croire la seule expression des aspirations d’une époque ne peut appartenir à aucune association isolée ” (Bourdon et Charbonneau ne signèrent pas pour des raisons que nous ignorons).

Fin 1868, B. Malon ainsi que A. Rey adhérèrent à l’Alliance des révolutionnaires socialistes (anciennement Alliance de la démocratie sociale, puis, finalement, Fraternité internationale), dissoute au début de 1869 par Bakounine, mécontent de ce qu’en janvier ou février 1869, Malon, passant par Lyon, ait entretenu Albert Richard de ce qui s’était dit à une réunion de la Fraternité qui avait eu lieu à Genève en janvier. L’Alliance de la démocratie sociale ne doit pas être confondue avec l’Alliance de la démocratie socialiste fondée par Bakounine en septembre 1868, acceptée comme section de l’Internationale par le Conseil général le 28 juillet 1869, et dont Malon affirma n’avoir jamais fait partie. (Cf. pour ces sociétés secrètes fondées par Bakounine, J. Guillaume, L’Internationale, t. I, p. 77, n. 1, p. 120, n. 2, p. 131, n. 3, et t II, p. 135 ; et aussi Archives Bakounine..., op. cit., vol. I, 1re partie, p. 342, n. 130).

Après le meurtre de Victor Noir, 10 janvier 1870, l’arrestation de Rochefort, 7 février, Malon fut de ceux qui engagèrent les ouvriers au calme afin de ne pas compromettre l’issue de la lutte par une action trop précipitée (appel du 9 février).
En janvier, il avait fondé une section de l’Internationale à Puteaux (cf. L’Internationale, 16 janvier 1870). Il fut arrêté le 30 avril en exécution des mesures prises pour assurer la réussite du plébiscite du 8 mai.

Durant ces années 1869-1870, Malon apparaît comme une sorte de “ commis voyageur ” de l’Internationale, fondant des sections, ou les renforçant dans le Nord : Lille, Roubaix, Tourcoing ; dans le Centre : Fourchambault, Le Creusot où il se rendit comme correspondant de La Marseillaise et soutint les ouvriers en grève, métallurgistes en janvier-mars, mineurs en mars-avril 1870. Le 18 mars, il était à Paris où il représenta la section de Puteaux à la réunion où fut élaboré le projet de statuts de la Fédération parisienne de l’Internationale. Dans l’Internationale du 24 avril, il fit suivre les remerciements que lui adressèrent les animateurs de la grève vaincue du Creusot de cette apostrophe à Schneider : “ Le présent est à vous qui représentez la force : mais nous représentons la justice et la solidarité, et l’avenir nous appartient ”.

Malon figura au 3e procès de l’Internationale et, le 8 juillet 1870, il fut condamné à un an de prison, 100 f d’amende, quatre mois de contrainte par corps le cas échéant, et un an de privation des droits civiques. Ce même mois, Malon signa, comme membre de la section des Batignolles, le manifeste contre la guerre adressé aux travailleurs de tous les pays (cf. Dict., t. IV, p. 47). Transféré à la maison correctionnelle de Beauvais (Oise), le 28 août 1870, il fut libéré le 5 septembre par la proclamation de la République survenue la veille. Peu après sa libération, il signait avec Bachruch — voir ce nom — et Varlin, au nom du Conseil fédéral parisien de l’Internationale, une circulaire aux Internationaux de province qui appelait “ à la Défense nationale qui est la chose capitale du moment ”, en attendant de pouvoir jeter “ révolutionnairement ”, lorsque l’invasion aura été vaincue, “ les fondements de la société égalitaire que nous voulons ”.
Adjoint au maire du XVIIe arr., en novembre 1870, il fut chargé des services d’assistance. Il fit appel à Varlin et, ensemble, ils accomplirent cette tâche efficacement. Avec ses amis du Comité central des vingt arrondissements auquel il appartenait, il présenta, le 15 septembre, les mesures d’urgence que le gouvernement de la Défense nationale devait, selon les signataires, se hâter “ de transformer en décrets pour le salut de la patrie et de la République ”. Ces mesures intéressaient la sécurité publique, les subsistances et les logements, la défense de Paris et des départements — voir Ch.-L. Chassin. Par la suite, il fut un des signataires de l’Affiche rouge du 6 janvier 1871, proclamation au peuple de Paris pour dénoncer “ la trahison ” du gouvernement du 4 septembre et pour mettre en avant trois mots d’ordre : Réquisition générale, rationnement gratuit, attaque en masse. Elle se terminait par ces mots : “ Place au peuple ! Place à la Commune ! ” — voir Ansel. Il fut enfin au nombre des 43 socialistes révolutionnaires présentés aux élections du 8 février par l’Internationale, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières et la Délégation des vingt arrondissements de Paris. Élu à l’Assemblée nationale, il vota contre les préliminaires de paix, puis démissionna.
Le 26 mars, il était élu membre de la Commune par les habitants du XVIIe arr. (4 199 voix sur 11 394 votants). Son attitude au début du mouvement fut néanmoins critiquée le 29 mars au sein du conseil fédéral de l’AIT de Paris, par Rochat et Rouveyrolles. Malon appartint, à partir du 29 mars, à la commission du Travail et de l’Échange. Le 30, il fit partie, avec Lefèvre et Grousset, de la Commission chargée de définir les attributions du Comité central. Il fut délégué, le 12 avril, à la mairie du XVIIe arr. et, le 24 avril, fut l’auteur d’un projet de décret adopté après amendement, sur la réquisition des logements. Il vota contre le comité de Salut public et, par lettre en date du 16 mai, il adhéra à la déclaration de la minorité : “ La Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature à laquelle elle a donné le nom de Salut public ” (Voir liste des signataires à F. Jourde).

Avec Jaclard, il organisa la défense des Batignolles, le 22 mai et, le lendemain, fut sauvé par Ferdinand Buisson et sa mère qui le cachèrent chez le concierge d’une chapelle protestante. Le pasteur Edmond de Pressensé le conduisit ensuite chez le statuaire Ottin. Vers le 15 juillet, Mme Ottin l’accompagna en Suisse, muni qu’il était du passeport de son fils Léon. Par contumace, le 6e conseil de guerre le condamna, le 30 novembre 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée.

Peu après son arrivée en Suisse, Malon adhéra à la Section centrale de Genève, de tendance marxiste. C’est alors également qu’il écrivit son ouvrage La Troisième Défaite du prolétariat français, dont l’impression se fit en septembre-octobre 1871 à Neuchâtel chez G. Guillaume fils sous la surveillance de James ; l’ouvrage parut vers la mi-novembre. Le 12 de ce même mois, avec Gustave Lefrançais, B. Malon assistait au Congrès constitutif de la Fédération jurassienne, sans toutefois que l’un ou l’autre eussent été délégués. Ils s’étaient joints, à titre individuel, à Guesde et Joukovsky qui représentaient la Section de propagande et d’action révolutionnaire de Genève. Jusqu’alors, Malon s’était efforcé d’éviter la rupture avec Londres et avait joué un rôle conciliateur. Mais il lui fut demandé, ainsi qu’à Lefrançais, Perrare et Ostyn, membres comme lui de la Section centrale, de choisir entre celle-ci et la Section de propagande et d’action révolutionnaire socialiste de Genève, constituée le 8 septembre 1871 sur initiative de proscrits français, section qui faisait partie de la Fédération jurassienne et à laquelle ils avaient adhéré. Ils optèrent pour la Fédération jurassienne le 2 décembre 1871.
Malon quitta Genève en février 1872 et s’installa pour quelques mois à Neuchâtel où il tenta d’apprendre le métier de vannier auprès de Gaffiot installé dans cette ville. Et, le 19 mai, il représentait la section de Neuchâtel au congrès de la Fédération jurassienne qui se tenait au Locle. Vers la mi-juin, il quitta Neuchâtel et alla rejoindre André Léo “ qui, malgré la différence des âges (elle avait neuf ans de plus que lui), avait consenti à devenir sa femme (leur “ union libre ” dura jusqu’en 1878) ”. (J. Guillaume, L’Internationale, op. cit., t. II, p. 299.) Et Malon vécut alors tantôt à Milan, sous le nom de Bréa (nom de jeune fille de Mme André Léo), tantôt à Lugano. Arrêté à Milan le 5 janvier 1876, il demeura trois jours en prison, puis fut conduit à la frontière suisse et se fixa alors à Lugano où André Léo vint le retrouver.

Il habita ensuite Palerme à partir de novembre 1876, puis de nouveau Lugano en mars 1877. L’union Malon-André Léo ne fut pas heureuse, du moins pour cette dernière qui eut à souffrir des infidélités de son compagnon. Vers mars 1878, elle écrivait que leur union, rompue depuis longtemps, allait se dénouer par “ une séparation de fait ”. André Léo demeura à Lugano jusqu’au 17 juin, puis retourna à Milan retrouver son fils André (Ibid. t. III, pp. 321-322).
Selon A. Lebey, qui représentait le Grand Orient de France aux obsèques de Malon, c’est à Palerme qu’il fut initié à la loge Fedeltà. Si l’on en croit un rapport de police du 14 juillet 1880 (cf. Arch. PPo. B a/879), il assista avec Vallès à la tenue mensuelle de la loge La Ruche libre au début de ce mois. En juillet 1889, il se fit affilier à la loge “ Le Lien des Peuples et les Bienfaiteurs réunis ” (La Revue Socialiste, 15 décembre 1893).

Malon avait été mis en accusation au congrès de La Haye, septembre 1872, et proposé pour l’exclusion en raison, disaient certains marxistes, “ d’agissements ayant pour but la désorganisation de la Société internationale des travailleurs ”. Le congrès ne suivit pas l’accusation et, seuls, Bakounine et J. Guillaume furent exclus. Accusations et défense de Malon sont reproduites dans la Première Internationale (J. Freymond) op. cit., t. II, pp. 266-296 (Les prétendues scissions de l’Internationale et pp. 295-315 (Réponse de quelques internationaux, membres de la Fédération jurassienne,...)

La collaboration de Malon avec les Jurassiens se traduisit par des articles dans le Bulletin de la Fédération jurassienne et dans l’Almanach du Peuple pour 1872, 1873, 1874. Puis une polémique au sujet de l’État surgit en mars 1876 et, écrit J. Guillaume (op. cit., t. IV, p. 17), “ à partir de ce moment, d’ennemi sournois qu’il avait été, il fut notre ennemi déclaré ”.
Malon se rapprocha alors de Guesde et collabora à son hebdomadaire l’Égalité, 1re et 2e séries, novembre 1877-juillet 1878 et janvier-août 1880. Rentré en France après l’amnistie, il adhéra au Parti ouvrier français.

Le 5 novembre 1880, Marx pouvait écrire à Sorge : Malon a dû “ se déclarer pour le socialisme scientifique moderne, i. e. l’allemand ”. En 1881, Malon collabora au Citoyen. Il fut incarcéré après avoir été condamné le 9 juillet 1881 à une forte amende pour “ complicité de diffamation publique ”. Il sortit de prison vers le 24 décembre 1881, Rochefort ayant fait verser au greffe la somme de 2 218 f “ pour laquelle l’annoncier du Citoyen de Paris avait fait incarcérer notre ami ” (Cf. Arch. PPo. B a/1170).
Vers 1882, Malon rompit avec les marxistes. Après avoir suivi Brousse, il reprit son indépendance en 1883. Cette même année, il appartint au Cercle socialiste central du XVIIe arr.
En 1880, il avait fondé La Revue socialiste. Elle cessa bientôt de paraître, puis, de janvier 1885 à 1914, continua sans interruption. G. Renard prit la direction de la revue à la mort de B. Malon.

Lepelletier, dans son Histoire de la Commune (op. cit. cf. t. II, pp. 88-89), a laissé de Malon le portrait suivant : “ Sa physionomie sévère et irrégulière, son aspect lourd, son mutisme presque continu lui donnaient peu d’autorité sur les foules. Mais il possédait une influence incontestable comme philosophe du socialisme, comme propagandiste des idées d’émancipation ouvrière ”. C’était “ un homme doux, ayant l’allure conciliante, la sévérité apparente que donne la pratique de la philosophie, mais il avait un vif fanatisme intérieur, et en lui brûlait la flamme d’une passion exclusivement ouvrière ”.

Pour certains de ses amis, comme E. Fournière, B. Malon, “ a pris le socialisme au point où l’avait laissé Karl Marx et l’a complété ” en faisant intervenir les notions de justice et de droit (cf. La Petite République, article cité). Les marxistes ne manquèrent pas de protester avec violence contre semblable affirmation, G. Deville, par exemple, dans la préface de ses Principes socialistes parus en 1896.
La doctrine de B. Malon a été définie avec sympathie par Albert Thomas, un “ opportunisme révolutionnaire ” et lui-même s’est assez bien défini en écrivant : “ Soyons révolutionnaires quand les circonstances l’exigent et réformistes toujours ” (Préceptes de B. Malon, cité par F. Simon, op. cit., p. 68).

“ La bonté, écrivit alors son ami Fournière, fut le moteur initial et essentiel de toute sa vie ”. Et il ajoutait : “ Il a réintroduit dans le concept socialiste ce que d’aucuns appelleront la métaphysique. L’école de Marx, trop simplistement matérialiste, ne voyait que la nécessité. Malon a ajouté la notion de la justice ” (Le Radical, 15 septembre 1893).

Atteint d’un cancer de la gorge, Malon subit à Cannes, le 10 février 1893, la douloureuse opération de la trachéotomie. Eugène Fournière le rencontra alors. Il ne pouvait plus parler et se servait d’une ardoise pour converser. Il aurait voulu deux ans de vie encore pour reprendre Le Socialisme intégral, dépositaire essentiel de sa pensée, et écrire ses Mémoires. Il n’en avait plus que pour quelques mois. Revenu à Paris le 25 mai, il mourut à Asnières, 104, rue de Colombes, le 13 septembre suivant. Signèrent le registre d’état-civil : Jean, dit Joseph Malon, son frère, instituteur à Bonson (Loire) et Rodolphe Simon à qui il avait dédié Le Socialisme intégral. Malon fut incinéré au Père-Lachaise le 17 septembre. La plupart des leaders socialistes du temps prirent la parole à cette occasion.
Le 20 octobre 1901 eut lieu la translation des cendres de B. Malon du Petit-Columbarium désaffecté, case 1206, au Columbarium monumental.
Un monument dû au sculpteur Bartholomé fut inauguré au Père-Lachaise à la mémoire de Benoît Malon, le 9 novembre 1913 (cf. L’Humanité, 10 novembre 1913, et La Revue socialiste, n° 348, 15 décembre 1913).

P.-S.


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