Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
MÉMOIRE ANARCHISME / MOUVEMENT OUVRIER
SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 15 mars 2021 | Maj le 9 avril 2021

15 mars 1851 : naissance de Régis Faure, ouvrier passementier et anarchiste


Né à Saint Etienne le 15 mars 1851 - mort en juin 1911 - Ouvrier passementier - Saint-Étienne (Loire)

Fils d’un ouvrier cordonnier et militant actif de la chambre syndicale des passementiers, Régis Faure, marié à la tailleuse Marie Fruget et père en 1882 de trois enfants (dont l’un, Pierre, était né le 17 mars 1876 à Saint-Étienne), fut aussi un des anarchistes les plus en vue de la région de Saint-Étienne.
Il participa, comme délégué de la chambre syndicale des passementiers, au 2e congrès de la région de l’Est où il présenta les rapports concernant la femme et l’enseignement. Ce congrès, qui se tint à Saint-Étienne en juin 1881, était réuni conformément aux décisions prises par le congrès national ouvrier qui s’était ouvert à Marseille le 20 octobre 1879 et dont les travaux avaient abouti, entre autres résolutions, à la création d’un Parti des Travailleurs socialistes de France et à la division du pays en six régions.

Régis Faure fut membre de la fédération révolutionnaire de la région de l’Est qui, dès mars 1881, — quelques semaines avant la tenue à Paris du congrès régional du Centre qui marqua la scission entre socialistes et anarchistes — groupa la plupart des anarchistes de la région de l’Est, notamment les sections de Saint-Étienne, de Villefranche, de Roanne et de Lyon. Du 5 au 11 juin 1881, avec notamment Claude Bernard et P. Martin, il participa à Saint-Étienne au congrès de la Fédération de l’est du Parti ouvrier où ils tentèrent en vain de rallier aux idées abstentionnistes une majorité de délégués. Il y avait présenté plusieurs résolutions concernant "l’organisation du parti socialiste ouvrier dans la région de l’est" dans lesquelles était affirmé "le devoir de rupture avec tous les partis politiques déchus", que "le parlementarisme était une duperie" et que "le but à atteindre c’est la Révolution". Il était, semble-t-il alors, membre du groupe Les Outlaw animé notamment par Jean-Baptiste Ricard.

Il collabora au journal L’Étendard révolutionnaire (Lyon, 13 numéros du 30 juillet au 15 octobre1882) qui avait succédé au Droit Social et sera suivi par La Vengeance Anarchiste.
Il préparait à cette époque l’édition d’un journal local, Le Branle- bas, sous titré "organe des perturbateurs stéphanois", dont les épreuves autographiées du premier numéro furent saisies à son domicile par la police (voir portfolio). L’ours du journal indiquait : M. Carnage (Rédacteur en chef), Coup-en-Deux (secrétaire) et M. Dynamite (correspondance).

Le 19 mars 1882, il avait présidé la réunion publique tenue à Lyon avec Émile Gautier à la salle de l’Alcazar, décorée de deux drapeaux rouges et un drapeau noir et qui s’était terminée aux cris de "Vive la Commune ! Vive la révolution !". Puis il avait assisté au vin d’honneur offert à E. Gautier à l’occasion de l’anniversaire de la Commune.

Le 18 juin 1882, il était, avec Toussaint Bordat, à la tête de la manifestation organisée à La Ricamarie (Loire) à l’occasion de l’anniversaire de la fusillade des mineurs de la Loire qui fit treize morts et des blessés dans la nuit du 16 juin 1869. Les manifestants forcèrent les portes du cimetière que d’accord avec le préfet le maire avait fait fermer. Arrêté quelques jours après, Régis Faure fut condamné à 8 jours de prison pour complicité de bris de clôture et violation de sépulture ; un mois de prison fut infligé à Bordat.
A l’été 1882 il fut l’éditeur de la brochure La vérité sur le scandale de la Ricamarie.

Régis Faure fit partie avec Ricard et Chirat de la délégation de Saint-Étienne qui représenta la fédération révolutionnaire à une réunion anarchiste, de caractère international, organisée sur l’initiative d’Élisée Reclus, à Genève, les 13 et 14 août 1882 ; les résolutions prises confirmèrent celles du congrès de Londres du 14 juillet 1881, à savoir : séparation la plus nette possible entre le mouvement anarchiste et les partis dits révolutionnaires, autonomie absolue des groupes "dans l’application des moyens qui leur sembleront les plus efficaces" (cf. Le Révolté, 19 août 1882).

A cette même époque il était le secrétaire de l’Alliance anarchiste stéphanoise qui venait de se constituer et regroupait les divers groupes locaux ayant adopté un pacte fédératif de tendance communiste anarchiste et ayant pour but la suppression de l’État et de toute propriété. L’Alliance avait rompu alors ses relations avec le groupe Les Outlaws dont "les projets baroques" de certains de ses membres, ne pouvait, selon Faure que "nuire à la propagation de nos idées" (cf. Lettre de Faure à Bordat, 17 septembre 1882)...

Régis Faure fut impliqué dans le procès, dit « Procès des 66 », qui s’ouvrit à Lyon, devant le tribunal correctionnel, le 8 janvier 1883, à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines, d’août 1882, et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882. Le 21 octobre il fut l’objet d’une perquisition où la police avait saisi entre autres papiers, un compte rendu manuscrit du congrès ouvrier de Saint-Étienne, une lettre de Benoit Malon, quelques exemplaires de L’Étendard révolutionnaire, une feuille de papier avec le cache du cercle L’Alliance anarchiste de Saint-Étienne, le placard Mort aux voleurs, divers journaux (Le Prolétaire, Le Révolté, La Tenaille, L’Étendard révolutionnaire) et le programme du journal Le Branle bas, ce qui lui valut d’être arrêté. Dès son arrestation, plusieurs concerts furent organisés dans les cafés de Saint-Étienne au profit de sa compagne. Il fut condamné le 19 janvier 1883 à quinze mois de prison, 200 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques ; cette peine fut réduite par arrêt de la cour d’appel de Lyon, le 13 mars 1883, à un an de prison, 100 francs d’amende et cinq ans de privation des droits civiques. Pendant sa détention ses quatre enfants avaient été pris en charge par le compagnon Denhomme.

À sa libération en janvier 1884, il fut accueilli par une vingtaine de camarades dont Perrelle et Bertail et fut fêté par les compagnons au du Cercle de la rue Saint Paul. Il reprit son activité militante, à la fois syndicaliste, anarchiste, coopératrice. On le trouve mêlé aux luttes anarchistes et syndicales de la région stéphanoise.

A la mi février 1887, suite aux attentats contre le Palais de justice de Lyon, et comme une vingtaine de compagnons de la région, il avait été l’objet d’une perquisition qui n’avait donné aucun résultat. Il demeurait alors rue du Bas Vernay.

Il fut arrêté, à titre préventif, la veille du 1er mai 1890, à nouveau arrêté en 1892, à la veille du procès de Ravachol et préventivement à la manifestation du 1er mai.

En 1899, il fut l’un des organisateurs de la grève générale de la passementerie à Saint-Étienne que marquèrent de violents incidents entre la troupe et les manifestants. Coopérateur actif, il anima l’Union des travailleurs, coopérative de consommation créée en 1878.

Régis Faure est mort à Paris en juin 1911.

P.-S.

Sources : Arch. Dép. Loire 10 M 2, M 77 à 80, M 107, M 122, 19 M 1, M 6, M 11, M 20, 93 M 52. — Le Procès des anarchistes devant la police correctionnelle et la cour d’appel de Lyon, Lyon, 1883 = Notice de J. Maitron in "Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier…", op. cit. // R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. // Informations transmises par la famille (novembre 2007) // AD Loire 1M 527// Arc. Nat. F7/12504, BB 186452 // AD Rhône 2U433, 4M306 //

Article publié sur le site militants-anarchistes.info


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