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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 22 juillet 2008 | Maj le 14 juin 2020 | 2 compléments

Petit contre argumentaire : « La technique du parapluie », par la municipalité de Saint-etienne. Responsable mais pas coupable !


Le 18 juillet 2008, Monsieur Maurice Vincent, actuel Maire de Saint-etienne, diffusait une mise au point par écrit sur la situation des Rroms. Cette lettre n’est pas parue sur le site du Maire

Elle s’est ensuite retrouvée, par rebonds, sur divers sites internet. Les paragraphes en caractères gras et italiques appartiennent à Monsieur Maurice Vincent. Certains paragraphes n’ont pas été traités. Vous pouvez trouver la lettre dans son intégralité au bas de cette page.

La lettre est titrée : « Mise au point sur les décisions prises par la Municipalité concernant les populations Rroms ».

Quelques communiqués ou prises de position extrêmement agressives et mensongères à l’égard de la municipalité ont été diffusées sur internet, par tract ou publiées dans la presse.
Les dites positions, encore aurait-il fallu les citer par souci de clarté, ne relevaient ni de l’agressivité, ni du mensonge. Par contre, nous pouvons largement comprendre qu’elles dérangent et qu’elles mettent mal à l’aise la municipalité et Monsieur le Maire. Mais est-ce une raison pour traiter de menteurs, celles et ceux qui s’opposent aux agissements des représentants de l’autorité stéphanoise ?

Je ne peux laisser dire n’importe quoi ni salir l’action de mes adjoints qui, depuis plusieurs mois, sont investis sur ce difficile dossier.
Le collectif de soutien aux Rroms est lui aussi investi depuis plusieurs mois, on peut donc se poser la question de savoir qui salit les actions de qui dans cette affaire ? Monsieur Maurice Vincent nous parle ici de l’investissement de ses adjoints, mais s’investir, donner de soi, de son temps, se saisir d’un dossier, ne signifie pas qu’on ait de bonnes intentions à l’égard des personnes concernées (les Rroms). Par exemple, une agence immobilière peut très bien s’investir dans un processus de gentrification d’un quartier et donc, organiser la chasse aux locataires à faibles revenus qui feraient taches ou trop sales dans un futur quartier bourgeois.

Laissant à quelques extrémistes la responsabilité d’utiliser à des fins purement politiciennes une situation aussi dramatique, je me contenterai de rappeler les faits, comme ce fut le cas dans le courrier envoyé le 15 juillet en réponse à une demande du réseau de solidarité avec les Rroms.
Qui sont les extrémistes en question ici ? Les personnes solidaires des Rroms, l’extrême droite ? L’ump ?
Là aussi, c’est nous agiter l’image du pire pour faire passer ses propres actes pour acceptables. Si le Maire fait ici référence à l’ump ou l’extrême droite, nous lui rappelons que « les extrémistes qui utilisent à des fins purement politiciennes une situation aussi dramatique », ne font rien de pire que le parti socialiste de Saint-etienne qui expulsent les sans papiers et les populations indésirables. Astucieux aussi, de la part d’un politicien comme Monsieur le Maire, de venir critiquer l’utilisation de certaines situations à des fins politiciennes, alors que le parti auquel il appartient s’est construit avec ce genre de pratiques.

Dès mon élection, la situation des Rroms de Montplaisir a été prise en considération par l’équipe municipale. M. Coynel, 1er Adjoint, a pris contact avec les associations et les populations concernées.
Encore une fois, prendre un dossier en considération ne veut strictement rien dire, ou disons plus justement, que cela peut signifier le meilleur comme le pire. Les récents évènements nous démontrent que la dite municipalité travaillait pour le pire, c’est-à-dire à l’expulsion des Rroms. Idem pour la « prise de contact » de M. Coynel, avec les associations et populations concernées. On reste dans un flou ambigu. En effet, un directeur de prison, par exemple, peut lui aussi prendre contact avec un détenu pour lui infliger 45 jours d’isolement pour une entorse au règlement. La prise de contact n’est donc pas la preuve que l’on s’intéresse à vous pour votre bien. Au passage, les rmistes et les chômeurs traqués par l’ANPE et la DIE sauront de quoi je parle. Quoi qu’il en soit, nous savons désormais très bien sur quoi a débouché le travail, entre autres, de M. Coynel, puisque les faits sont là.

Nous avons rapidement rétabli le chauffage dans un des bâtiments pour offrir enfin des conditions de vie minimales et mettre un terme à une situation humainement insupportable.
Si cet acte de rétablissement du chauffage aurait pu, à l’époque, témoigner d’un effort de l’équipe municipale et d’une avancée du traitement des Rroms de Saint-etienne, force est de constater aujourd’hui, que cet acte s’inscrivait peut être dans une stratégie perverse. Le but était–il de maintenir la situation acceptable jusqu’à la période estivale, ou l’on sait les réseaux de solidarité plus fragiles qu’en temps normal ? De plus, il y a là aussi une contradiction flagrante entre le fait d’inciter (en remettant le chauffage par exemple sans aller jusqu’au bout de la mise aux normes) des gens à vivre dans un endroit insalubre et dangereux pour leur sécurité et nous dire ensuite que l’expulsion était nécessaire, car ce même endroit représentait un danger pour la sécurité des occupants.

J’ai alerté la Commission Européenne et le Parlement européen sur la situation de ces populations car c’est à ce niveau que doit s’esquisser une politique globale en leur faveur, impliquant la Roumanie, seule voie susceptible de mettre un terme à leur errance dans toute l’Europe avec parfois des risques de crise gravissime comme par exemple en Italie.
La Commission Européenne et le Parlement européen avaient-ils réellement besoin d’être alertés sur le sujet ? Ne connaissent-ils pas déjà depuis longtemps et précisément la situation des populations en question ? Si c’est avec ce genre de coquille vide que le Maire tente de nous convaincre qu’il a agit pour les Rroms, c’est peine perdue.

Concernant la situation de Montplaisir, j’ai fait explorer diverses solutions. Il est ainsi apparu que seulement 3 familles, depuis deux ans, avaient pu obtenir un emploi et par suite un logement, s’inscrivant donc dans un processus d’intégration qui se poursuit.
La fameuse division entre les intégrés et les non intégrés.

Il s’est aussi avéré, à l’inverse, que le fonctionnement de l’occupation générait des dérives de plus en plus organisées que personne ne peut encourager. Parmi elles, outre les questions de salubrité, la dégradation des conditions de sécurité pouvait laisser craindre un risque majeur d’incendie de l’école et donc de péril pour les adultes et les enfants. L’intervention à ma demande, des services de la ville sur les installations électriques n’a jamais pu régler définitivement cette question.
CQFC : la mairie ne souhaitait pas mettre aux normes, le bâtiment de Montplaisir.

Je sais que certaines associations de soutien aux familles Roms, refusant de voir dans l’accompagnement une mesure acceptable, auraient souhaité que d’autres solutions (propositions de travail, de logement...) soient faites aux familles. C’est là que nous atteignons les limites de l’action d’une municipalité : il est impossible de s’engager dans de telles voies, sauf à pénaliser celles et ceux qui, régulièrement installés sur notre territoire, attendent eux aussi qu’une solution leur soit proposée. Je regrette que ces associations refusent de le comprendre.
Ce raisonnement nous rappelle de façon criante le « diviser pour mieux régner » de J.M Le Pen et de l’ump. Les Rroms s’ils étaient relogés, prendraient automatiquement la place d’autres citoyens prioritaires (cqfc). On peut déjà s’interroger sur la légitimité de cette priorité et sur quoi elle pourrait bien s’appuyer, mise à part des arguments racistes, nationalistes (les français d’abord !) ou discriminatoires (pas de travail, pas de CDI, pas de revenu suffisant, pas de garant, ou bien pas de logement !). Ce neuvième paragraphe est un cul de sac, un faux débat, dans lequel tente de nous enfermer Monsieur le Maire. En effet, il ne faut surtout pas oublier le nombre de logements vides et laissés à l’abandon sur Saint-etienne, notamment par la Mairie elle-même, dans lesquels les Rroms auraient pu se loger sans prendre la place de qui que ce soit. Quant au coût de la mise aux normes des dits logements, aurait-il été supérieur à toutes les énergies et les dépenses gaspillées pour l’expulsion ? D’ailleurs, Monsieur Maurice Vincent pourrait surement nous dire combien a couté le déplacement de plusieurs compagnies de CRS à Montplaisir.

Petite info croustillante pour remettre les pendules à l’heure : « les travaux de la futur Maison de l’emploi design de Saint-etienne (située en face du clapier) sont basés sur un coût total de 11 millions d’euros, la part de l’État doit être de 2 millions d’euros », « ...Le cabinet d’architectes a prévu notamment de créer un toit végétalisé et une verrière gonflable unique en France entre 2 grands blocs de béton ».... La France est riche, pourquoi se priver ?

Petit hic au programme, en installant les fondations de la maison de l’emploi, les sous-bassements de l’immeuble mitoyen, ont été fragilisés, ce dernier menaçait de s’écrouler, les occupants ont donc dû être relogés et les travaux suspendus. L’entreprise effectuant les travaux est dédommagée par la ville à hauteur de 60.000 € (chiffre à vérifier) par jour.
voir le site : http://www.zoom42.fr/actu/ACT_detail.asp?strId=9548

Les erreurs, les imprévus, ça arrive, « à l’impossible, nul n’est tenu ! », comme dit le proverbe, mais qu’on ne vienne pas ensuite essayer de nous convaincre que reloger quelques familles Rroms coulerait la ville de Saint-Étienne.

Vouloir pérenniser une situation de précarité invivable pour les familles Rroms n’a pas de sens. En l’absence de solution concrète, parce qu’il n’y en a pas à notre niveau, confrontée aux drames humains et à l’extrême complexité de ce dossier, notre équipe municipale a veillé à garantir la dignité des familles dans le cadre de ce que je considère comme la moins mauvaise des solutions.
Être au pouvoir c’est magique. On peut participer à mettre des familles à la rue, tout en disant qu’il est insensé de laisser ces mêmes familles dans une situation de précarité invivable. Mais existe-t-il de pire précarité que la rue elle-même ? Monsieur le Maire et sa fine équipe auront surement le temps, dans leur petit confort de privilégiés, de réfléchir à la question en se mettant à la place des Rroms qu’ils ont fait évacuer de l’ancienne école de Montplaisir par les forces de Police.

confrontée aux drames humains et à l’extrême complexité de ce dossier, notre équipe municipale a veillé à garantir la dignité des familles dans le cadre de ce que je considère comme la moins mauvaise des solutions.
Évidement, on comprend bien que si les Rroms n’avaient pas été soutenus par leur Réseaux de soutien solidaire, le dossier aurait été extrêmement moins complexe et le sort des Rroms plus vite expédié.

Voilà la lettre de Monsieur le Maire dans son intégralité :

18 juillet 2008

"Mise au point sur les décisions prises par la Municipalité concernant les populations Roms

Quelques communiqués ou prises de position extrêmement agressives et mensongères à l’égard de la municipalité ont été diffusées sur internet, par tract ou publiées dans la presse.

Je ne peux laisser dire n’importe quoi ni salir l’action de mes adjoints qui, depuis plusieurs mois, sont investis sur ce difficile dossier. Laissant à quelques extrémistes la responsabilité d’utiliser à des fins purement politiciennes une situation aussi dramatique, je me contenterai de rappeler les faits, comme ce fut le cas dans le courrier envoyé le 15 juillet en réponse à une demande du réseau de solidarité avec les Roms.

1/ Dès mon élection, la situation des Roms de Montplaisir a été prise en considération par l’équipe municipale. M. Coynel, 1er Adjoint, a pris contact avec les associations et les populations concernées.

2/ Nous avons rapidement rétabli le chauffage dans un des bâtiments pour offrir enfin des conditions de vie minimales et mettre un terme à une situation humainement insupportable.

3/ J’ai alerté la Commission Européenne et le Parlement européen sur la situation de ces populations car c’est à ce niveau que doit s’esquisser une politique globale en leur faveur, impliquant la Roumanie, seule voie susceptible de mettre un terme à leur errance dans toute l’Europe avec parfois des risques de crise gravissime comme par exemple en Italie.

4/ Concernant la situation de Montplaisir, j’ai fait explorer diverses solutions. Il est ainsi apparu que seulement 3 familles, depuis deux ans, avaient pu obtenir un emploi et par suite un logement, s’inscrivant donc dans un processus d’intégration qui se poursuit.

5/ Il s’est aussi avéré, à l’inverse, que le fonctionnement de l’occupation générait des dérives de plus en plus organisées que personne ne peut encourager. Parmi elles, outre les questions de salubrité, la dégradation des conditions de sécurité pouvait laisser craindre un risque majeur d’incendie de l’école et donc de péril pour les adultes et les enfants. L’intervention à ma demande, des services de la ville sur les installations électriques n’a jamais pu régler définitivement cette question.

6/ Le contact maintenu avec les associations a d’ailleurs conduit à un consensus sur la nécessité de ne plus laisser perdurer l’utilisation de ce lieu, devenu dangereux et de moins en moins toléré - quoiqu’en disent certains reportages - par les riverains. J’ai ainsi clairement annoncé lors du Conseil municipal du 30 juin que, dans ces conditions, la municipalité ne s’opposerait par à une évacuation devenue inévitable. J’ai aussi indiqué qu’il fallait privilégier les solutions les plus dignes, notamment celle d’un retour accompagné des familles en Roumanie, avec un pécule et des perspectives de réinstallation.

7/ Ce n’est pas la municipalité, faut-il le rappeler, mais la Préfecture qui s’est chargée de l’évacuation, conformément au droit. S’y opposer aurait signifié le choix municipal de maintenir coûte que coûte l’occupation, alors même que personne de sérieux ne le souhaitait et que, je le rappelle, la sécurité des personnes était clairement mise en danger. En toute responsabilité, j’ai estimé que mon devoir était de ne pas s’opposer à cette évacuation en dépit du caractère toujours douloureux de ce type d’opération. Je considère que toute autre décision eût été irresponsable.

8/ J’ai souhaité, dans la discrétion, un accompagnement social plus marqué pour les familles disposant encore d’allocations familiales. Il s’avère que ceci n’a pas été possible, je le regrette. Mais j’observe aussi que l’évacuation s’est passée sans violence, ce qui ne saurait être négligé. L’intervention des services municipaux a également permis que les familles retrouvent la plus grande partie de leur mobilier.

9/ Je sais que certaines associations de soutien aux familles Roms, refusant de voir dans l’accompagnement une mesure acceptable, auraient souhaité que d’autres solutions (propositions de travail, de logement...) soient faites aux familles. C’est là que nous atteignons les limites de l’action d’une municipalité : il est impossible de s’engager dans de telles voies, sauf à pénaliser celles et ceux qui, régulièrement installés sur notre territoire, attendent eux aussi qu’une solution leur soit proposée. Je regrette que ces associations refusent de le comprendre.

Vouloir pérenniser une situation de précarité invivable pour les familles Roms n’a pas de sens. En l’absence de solution concrète, parce qu’il n’y en a pas à notre niveau, confrontée aux drames humains et à l’extrême complexité de ce dossier, notre équipe municipale a veillé à garantir la dignité des familles dans le cadre de ce que je considère comme la moins mauvaise des solutions.

Je remercie tous ceux qui, à la Mairie et dans les autres institutions, se sont impliqués et les assure de mon soutien. Avec eux, je reste évidemment attentif aux cas individuels qui pourraient encore se poser."

Maurice Vincent
Maire de Saint-Étienne
Président de Saint-Étienne Métropole


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  • J’vois pas trop le problême.

  • Ahhhh... les communistes des Réseaux citoyens qui tentent de ressusciter leur internationalisme de jeunesse avec les Roms et les Tchétchènes. C’est marrant...

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