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DIJON  
Publié le 24 mars 2007 | Maj le 24 octobre 2020 | 1 complément

Dijon : les Tanneries ne se laisseront pas expulser !


Après 10 ans d’existence, l’espace autogéré est menacé par le méga pôle médical privé décidé en secret par la Mairie de Dijon. Sans consultation publique et dans la discrètion qui caractérise la période électorale sur les dossiers chauds, la mairie PS de Dijon prend des décisions qui pourraient mener à la fin de l’Espace Autogéré des Tanneries, lieu autonome d’activités culturelles, sociales et politiques ouvert en 1997. Mais nous n’entendons pas les laisser faire !

Suite à cinq ans de luttes contre l’expulsion et quelques années de status quo, nous annonçons donc aujourd’hui la reprise officielle des actions et manifestations en soutien aux Tanneries.

Nous savions dès le départ que malgré la convention d’occupation gratuite obtenue en 2002, il nous faudrait garder une vigilance permanente. Après diverses rumeurs un peu plus insistantes que d’habitude sur des projets nous menaçant, nous avons contacté la Mairie début mars pour connaître la vérité. Malgré des demandes répétées par téléphone et par courrier, nous n’avons reçu aucune réponse. Il y a deux jours, nous avons pourtant su de source sûre, mais encore officieuse, que les services concernés de la municipalité avaient fait une proposition par écrit à la Générale de Santé. Ceci en vue d’octroyer à celle-ci l’ensemble de terrains dont nous occupons une parcelle afin qu’elle y construise son méga-pôle de clinique privée de dix hectares pour 2009.

Alors que les services publics de santé sont mis en péril par les stratégies néo-libérales de privatisation en vigueur en Europe, la mairie de Dijon favorise-t-elle à son tour l’instauration d’une médecine à deux vitesses ? Veut-elle contribuer aux stratégies de monopole et de conquête de la plus grosse multinationale européenne de santé privée (1,741 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2006, contrôlé par des fonds de pension et à 10% par Vivendi) en lui offrant un terrain public proche du centre-ville et en quasi vis à vis de l’hôpital public ? La Générale de Santé préfère ainsi profiter de l’aubaine municipale pour fermer ses cliniques de proximité plutôt que de les remettre aux normes.

Malgré sa propagande pour la dite « démocratie participative », la Mairie n’a consulté ni nous ni aucune autre personne du quartier avant de conclure des tractations qui non seulement menacent notre espace mais décident aussi de l’avenir d’un morceau de la ville.

Pourquoi soutenir les Tanneries haut et fort...?

La politique de la ville met déjà en danger le cinéma indépendant Eldorado et l’espace d’activité squatté « le Toboggan ». Si elle planifie avec ce projet la disparition des Tanneries, elle s’engage ainsi avec le Parti Socialiste, aux yeux de tous, dans le sens d’une France sécuritaire, aseptisée et privée de ses lieux de résistance, d’expérimentation et de culture populaire.

En effet, les Tanneries, c’est une salle de spectacle, un collectif d’habitation, un espace d’informatique populaire, de développement des logiciels libres et de maintenance de serveurs indépendants, une zone de gratuité, un espace mécanique et vélo, des locaux de répétition et de sérigraphie, une salle de réunion, un potager, un centre de diffusion et de création de presse alternative, un centre d’aide juridique et pratique aux occupants sans droits ni titre, une bibliothèque, des chantiers d’auto-construction écologique, des dizaines d’associations, collectifs, réseaux locaux et internationaux qui viennent y organiser des soirées, actions, ateliers et échanges de savoirs, des réunions et des projets....

Là où les lieux culturels publics tournent avec d’énormes subventions et les privés à base de commerce et de sponsors, il y a aux Tanneries des centaines de personnes qui chaque semaine viennent faire vivre une culture indépendante et participer à des activités accessibles gratuitement ou sur la base de participations aux frais. Pour garantir sa liberté, le lieu a toujours fonctionné sans subventions, ni salarié-e-s.

Dans un pays où les structures autogérées sont quasi systématiquement réprimées et donc précaires, les Tanneries est un des trop rares exemples de projet qui ait pu s’inscrire dans le long terme. Il est, à ce titre devenu un espace ressource et un maillon important d’une scène culturelle et militante autonome en Europe.

Les Tanneries portent la mise en pratique d’une vision sociale et les outils pour se confronter à ses idées. Nous cherchons à éclater les barrières entre la « vie personnelle » et le « monde politique », à nous organiser sur des bases formelles horizontales plutôt qu’autoritaires et pyramidales. Nous voulons construire nous-même et changer nos vies, ici et maintenant, plutôt que d’attendre le grand soir. Nous remettons en cause les logiques marchandes et l’accumulation de bien pour prôner la propriété d’usage et les échanges solidaires. Nous croyons toujours qu’il est possible d’oeuvrer en direction d’une société qui ne soit pas fondée comme elle l’est actuellement sur les rapports de profits et de domination, sur le racisme, le sexisme et l’homophobie.

Les Tanneries ne se vivent pas comme une gentille alternative parallèle qui se construirait en ne bousculant pas trop les pouvoirs en place : un zoo folklorique censé faire la preuve de la bienveillance démocratique de nos dirigeants. Si nous sommes là , c’est pour faire évoluer la société et lutter !

Les Tanneries ne se fantasment pas comme « en dehors » de cette société mais comme un processus qui se construit à tâtons sans prêt-à -porter idéologique... Mais à contrario de la norme cynique du monde politico-médiatique, nous ne cesserons pas de nous battre pour prouver qu’il est possible de remettre en cause la logique capitaliste. Nous désirerons toujours plus que les beaux discours électoraux de changement qui n’essaiment que du vent. Avec le temps, les Tanneries ont, à ce titre, apporté la preuve précieuse qu’il était non-seulement réaliste mais pertinent de s’auto-organiser sans les institutions, qu’il ne s’agissait pas d’une utopie délirante de jeunes idéalistes destinés plus tard à retourner leur veste.

Les Tanneries, comme tous ces lieux construits envers les normes les environnant, constituent un espace unique, fruit des rêves, des complicités, des rencontres, de la combativité de tant de gens. Son histoire est celle de plusieurs générations, ses murs en reflètent les joies et les colères, les rages et les passions, les aventures et les émotions...

Notre projet ne peut être déplacé ni dépecé. Il doit demeurer dans le quartier...

Quel que soit le projet d’aménagement du quartier, nous lutterons pour qu’y demeure ce que nous avons construit ici pendant dix ans : nos bâtiments et notre projet dans sa globalité. Ce n’est pas sorcier, vu la taille de l’espace disponible. Il est évident qu’avec une volonté politique en ce sens, des solutions techniques adéquates seront trouvées.

C’est grâce au soutien populaire et à une succession de pressions et d’actions de rue diversifiées pendant cinq ans, que les Tanneries ont acquis leur maintien dans les lieux. Quatre ans plus tard, nous sommes tout prêt à recommencer à défendre cet espace et à reconstruire un mouvement de résistance fortifié par tous les contacts, expériences et complicités acquises avec le temps. Les Tanneries, bien que solidement implantées localement, sont aussi portées par une large communauté, dont les affinités n’ont que faire des frontières, qui peut se mobiliser tant par des actions de soutien à travers le monde que par une convergence pour défendre physiquement le lieu contre l’expulsion. Espérons que résonneront à temps dans la tête des dirigeants dijonnais, les longues journées et nuits de manifestations radicales qui ont immobilisé il y a quelques semaines la capitale danoise et les multiples offensives à travers l’europe en faveur de nos ami-e-s d’Ungdomshuset.
Au même titre qu’eux, notre lutte est une lutte globale pour que demeurent et se multiplient des espaces autogérés et des foyers de subversion en Europe.

Nous gagnerons avec toutes les petites et grandes initiatives de protestation de chacun-e d’entre vous. Nous encourageons tout type d’actions de solidarité. A minima, vous pouvez dès maintenant écrire à la Mairie de dijon pour lui exprimer votre volonté que les Tanneries perdurent là où elles sont. Si vous voulez être prévenus d’actions et de manifs de soutiens concernant les tanneries, envoyez votre mail ou numéro de portable à tanneries[AT]squat.net

Dijon, le 24 mars 2007

ON RESTERA... PARCE QU’ON A LA RAGE !

Espace autogéré des Tanneries
17 bvd. de Chicago
21000 Dijon
03 80 66 64 81 - http://www.squat.net/tanneries

vs

Mairie de Dijon
à l’attention de M. le Maire François Rebsamen
21000 Dijon
Standard - 03 80 74 51 51
francois-rebsamen[AT]ville-dijon.fr


Proposé par silvain
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  • Mise à jour sur la situation et compte-rendu de l’occupation du Conseil
    Municipal du lundi 26 mars.

    Tout d’abord merci à tous les gens qui nous ont envoyé en deux jours des
    messages de soutien, des demandes d’être tenues informés des actions à 
    venir, qui ont déjà passé des coup de fils, mails ou écrit des lettres à 
    la Mairie de Dijon, big up aux gens de Toul qui avaient fait 400 km pour le
    rassemblement de soutien et aux autres. Cela fait chaud au coeur et
    laisse bien augurer des batailles qui vont suivre. C’est vraiment important
    de commencer en confiance car on va devoir de toute évidence mettre
    une pression folle pour rester dans les années à venir. On a donc commencé
    aujourd’hui par une occupation du Conseil Municipal et un rassemblement
    devant la Mairie dont nous faisons le récit ci-dessous.

    Cela nous semble vraiment pertinent en tout cas qu’ils continuent à 
    recevoir des coups de fil, mails et courriers de protestation dans les
    jours prochains puisque nous avons rendez-vous avec le Maire M. Rebsamen
    (pour rappel, numéro deux du PS et chef de campagne de Ségolène Royal) dans la
    semaine, ou d’être présent lors de leurs meetings électoraux (Mme Popard
    sera par exemple à 20h mercredi à la Mairie des Grésilles pour présenter
    le programme de ségolène Royal)

    M. le Maire François Rebsamen
    Mairie de Dijon
    21000 Dijon
    (+33|0) 3 80 74 51 51 / francois.rebsamen chez ville-dijon.fr

    Pour les gens de la région, nous allons aussi rapidement
    annoncer publiquement une assemblée de lutte pour que toutes les
    personnes qui le souhaitent puissent s’impliquer, au-delà de la présence
    aux actions, dans la réflexion stratégique et la défense du lieu .

    En attendant de prochains rendez-vous de mobilisation, voici un petit récit
    de l’action du jour et de ce que nous y avons appris :

    Nous avons comme vous le savez, monté une première mobilisation en
    urgence dimanche après avoir appris les accords secrets passés entre la
    Mairie de Dijon et La Générale de Santé sur notre terrain.

    Au final il y avait au moins 300 personnes sur la place de la Mairie à 
    18h en soutien à l’Espace autogéré des Tanneries, au Toboggan et au
    cinéma indépendant Eldorado. Ces structures sont également menacés et
    nous construisons ensemble depuis quelques mois un mouvement solidaire.
    Il y avait des expos, tables de presse, goûters, et des banderoles
    accrochées aux grilles de la Mairie, l’une "Soutenons les Espaces
    autogérés« et l’autre »Le toboggan restera !".

    Vers 18h30, une quarantaine de personnes sont entrées petit à petit dans
    le conseil municipal. Nous n’avions pas fait d’annonces publique en ce
    sens afin qu’ils ne nous en bloquent pas l’accès. Les policiers
    municipaux ont quand même essayer d’interdire l’entrée de la Mairie à 
    diverses personnes. Craignaient-ils un nouveau Ruchard Durn, cinq ans
    jour pour jour après son intrusion sanglante dans le conseil municipal de
    Nanterre ? Les RG dijonnais avaient en tout cas prévenus nos amis du
    cinéma Eldorado que d’incontrôlables anarchistes risquaient de perturber
    le rassemblement. Néanmoins, petit à petit et par diverses feintes, un
    groupe suffisament conséquent a finit par se retrouver dans l’enceinte
    de l’aristocratique salle du conseil.

    Lors du démarrage du conseil muncipal, nous sommes allés déployer une
    banderole « Menace sur les Tanneries ? » entre la tribune du Maire et le
    reste de la salle, où se trouve les conseiller-e-s municipaux et le
    public. Nous avons annoncé que nous voulions maintenant une réponse
    claire de la municipalité quant aux tractations avec la Générale de
    Santé concernant le terrain que nous occupons.

    M. Rebsamen, a répondu qu’il y avait bien des négociations en cours avec
    la Générale de santé pour un pôle de clinique privé, mais a nié que des
    décisions aient déjà été prises sur le boulevard de Chicago.

    Il a aussi affirmé une nouvelle fois que nous avions une convention
    certes, mais une convention à laquelle il serait mis fin lorsque la
    Mairie aurait un projet sur le terrain. Ils nous a, courtoisement,
    offert de nous informer lorsque ce serait le cas. Après quelques
    échanges visant à lui faire lâcher le morceaux et à lui rappeler que
    nous n’allions pas nous laisser faire, nous avons décidé de quitter
    l’arène démocratique avec la promesse d’un rendez vous avec lui pour
    cette semaine.

    Il était clair que l’ensemble des initiatives du jours, affiches
    placardées sur la mairie au petit matin, coups de téléphones et mails de
    soutien toute la journée, rassemblement et intervention dans le
    conseil...avait l’air de commencer à sérieusement les préoccuper.
    M. Rebsamen est d’ailleurs revenu sur notre intervention et sur la
    question des squats à plusieurs reprises pendant le conseil après notre
    départ.

    Pour notre part, ses propos nous convainquent peu. Nous savons que des
    tractations qui nous mettent en danger sont en cours. Nous refusons
    d’être informés de leur résultat au moment où elles seront gentillement
    et démocratiquement avalidés en deux temps/trois mouvements par le
    Conseil Municipal et ce sans qu’il soit alors possible de revenir en
    arrière.

    Nous avons suffisament étudié et constaté les hypocrisies de leur
    fonctionnement pour ne plus nous faire avoir. C’est pourquoi nous
    continuerons à agir et mobiliser dans les semaines à venir pour faire
    revenir la Mairie sur sa décision ou la pousser à ne pas la prendre,
    dans l’hypothèse optimiste où les accords ne seraient pas complètement
    bouclés.

    Nous nous battrons dans tous les cas pour obtenir une assurance qu’après
    dix ans d’activités, notre maintien puisse être compris dans tout plan à 
    venir d’aménagement du quartier.

    En attendant, nous réaffirmons notre solidarité avec le squat du
    Toboggan menacé d’expulsion d’ici la fin du mois.

    On restera... parce qu’on a la rage !

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