Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
ACTUALITÉS MIGRATIONS - SANS-PAPIERS
SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 18 juillet 2008 | Maj le 15 décembre 2020 | 4 compléments

Le Maire de St-Etienne a fait expulser brutalement ce matin les familles et les enfants Rroms de Montplaisir - Et maintenant, qu’est-ce qu’il compte faire ?


Aujourd’hui est une journée noire à St-Etienne pour les droits humains, et pour les droits des enfants...
Les familles et les enfants Rroms installées dans l’école désaffectée de Montplaisir ont été brutalement expulsés ce matin sur décision du Maire, par des forces de police considérables.

Cette décision est indigne, écœurante. C’est une violence faite à des familles et à des enfants, c’est de la destruction non seulement du peu que ces personnes ont pour survivre, mais de liens crées depuis des années avec toutes les initiatives du réseau de solidarité, et surtout du travail fait avec les enfants.
Mais la brutalité ne règle rien, et donc ce soir le problème reste. Et où vont dormir ce soir les enfants Rroms de Montplaisir ?
Pour protester auprès de la mairie de st-étienne : 04 77 48 77 48 - Demander les élus.
Une partie des familles et des enfants sont maintenant sous le kiosque à musique de la Place Jean Jaurès, où la solidarité s’organise.}

Ici, donc, les étés se suivent et se ressemblent. Ce matin jeudi 17 juillet 2008 a commencé peu après 6 heures l’expulsion des familles et des enfants Rroms installés dans l’école désaffectée de Montplaisir. 169 personnes étaient recencées par le réseau de solidarité, dont 62 enfants, avec lesquels un travail extraordinaire a été fait depuis des mois (voir http://solidariterroms.mi-blog.net/)
On se souvient que le 25 juillet 2006, le maire Thiollière avait fait écraser au bulldozer les caravanes des familles Rroms installées sur le terrain du Clapier. Et que le 8 Août 2007, le même Thiollière avait fait expulser par la force les familles Rroms installées au squat Béraud à Centre Deux, familles alors dirigées - y compris par la mairie elle-même - sur l’école de Montplaisir. Ce 17 juillet 2008, c’est le maire Maurice Vincent - élu depuis 120 jours seulement - qui continue le travail d’expulsion et de dispersion des familles et des enfants Rroms au mépris de tout ce qui a été construit avec un réseau de solidarité particulièrement actif dans la ville.
Tout cela est lamentable et honteux.

L’expulsion de ce matin n’était pourtant pas vraiment attendue, même si les menaces et les pressions se précisaient ces derniers temps...
Aujourd’hui avait lieu un départ de familles Rroms organisé par l’ANAEM. On connaît la musique. Les promesses faites par l’ANAEM de réinstallation en Roumanie sont du vent, expériences vécues et témoignages vérifiés à l’appui. Mais ça aide Hortefeux à atteindre ses objectifs de quotas. Même si ça coûte cher et si la plupart des familles reviennent. Car c’est sans fin...
Ce matin, donc, deux cars de la Cie Philibert se sont rangés vers 5h30 devant l’école de Montplaisir. Les familles qui avaient décidé de partir étaient présentes avec leurs affaires. Les militants du réseau de solidarité aussi, qui avaient installé des tables de camping avec le petit déjeuner. Selon la Préfecture, une quarantaine d’adultes et 15 enfants seraient ainsi partis.

Mais un peu après 6 heures, des forces de police considérables sont arrivées et ont bouclé le quartier. Impossible de passer au carrefour de Beaulieu en haut de la rue de Terrenoire. Barrage aussi du côté de l’esplanade de Montplaisir vers le haut de la rue de la Richelandière. 12 cars de CRS rue des villas. Blocage de la rue Pierre Loti par 6 fourgons de gendarmes et un paquet de camionnettes de Police... Au total, au moins 25 cars de CRS, gendarmerie, Police, ont participé à l’opération. Soit autour de 200 policiers et gendarmes (combien ça coûte la préparation et le déroulement d’une telle opération ?). Et ces forces ont commencé à investir l’école.

Cette fois, ce n’était pas le réveil des enfants pour aller à l’école, mais l’ouverture des portes en tapant dedans à coups de pieds, pour que tout le monde comprenne bien de quoi il s’agit.
Les forces de Police présentes avaient tout l’équipement pour le combat de rue, avec harnachement, boucliers, tonfas etc... Vers 10h on en verra sortir avec des béliers et de grandes pinces. Ils s’attendaient à quoi, au fait ?
Les militants présents du réseau de solidarité ont été repoussés de plus en plus loin.
L’huissier de la mairie Me Berger, présent sur les lieux, a confirmé qu’ordre était donné aux familles de prendre leurs “affaires de valeur” et de sortir. Tout le reste, tout ce que ces familles avaient accumulé pour survivre, dont un peu de mobilier et d’appareils de cuisine, des matelas, des couvertures... devait être abandonné pour être détruit. Un peu plus tard, le réseau de solidarité a obtenu que 4 personnes - non Rroms - puissent entrer 1/2 heure pour prendre une dizaine de matelas, quelques appareils, quelques couvertures... Dérisoire. Une nouvelle fois ces familles devront recommencer à zéro. Elles ont l’habitude de l’errance, n’est-ce pas...
Présentes à l’intérieur de l’école au moment de l’arrivée des forces de Police, Anne Sara et Adeline ont tout de même pu sauver les jouets et matériels scolaires qui se trouvaient à ce moment dans la salle des enfants et réussi à les faire sortir. Mais les enfants qui avaient ça “chez eux” ont tout perdu.
En sortant, bien entendu, passage vers un camion pour contrôler, photographier et enregistrer les présents. Comme à Béraud en 2007. Ils tiennent leurs listes à jour. Les militants du réseau de solidarité (une dizaine étaient présents) ont eux été abondamment flashés...
Si certains policiers se sont comportés correctement, d’autres se sont lâchés. On a entendu le classique “hébergez-les chez vous” . Où encore : “c’est avec mes sous qu’ils sont là ” . A quoi quelqu’un du réseau de solidarité a répondu : “et c’est avec mes sous qu’on vous paie” . Un autre policier a pris à partie un enfant de 11 ans “toi, tu fais trop le malin” ...

C’est une décision du Maire de St-Etienne

Il est insupportable que des élus de gauche se comportent de cette façon, méprisent comme ça la dignité et les droits humains. Ceux qui ont pris cette décision et ceux qui la justifieront se déshonorent. Au dernier conseil municipal, le maire avait dit qu’il fallait régler le problème de Montplaisir de façon “digne et humaine” . On est servi.
C’est probablement parce qu’ils le sentent eux-mêmes qu’ils rechignent à en assumer la responsabilité. Pas très courageux. Ce jeudi 17 juillet, pas un seul élu n’était présent à Montplaisir. Le maire était injoignable, absent. Apparemment, le 1er adjoint M. Coynel et le responsable à la sécurité M. Ferrara ont dit à la presse que ce n’était pas la mairie qui avait décidé l’expulsion, mais la Préfecture.
Mais bien sûr que non. La réalité est que le Préfet de la Loire a accordé - avec entrain sans doute - le 9 juillet le “concours des forces de Police” pour l’expulsion des Rroms décidée par le Maire.
L’expulsion est l’application d’un jugement obtenu au TGI par M. Thiollière en mars 2007, jugement que M. Thiollière n’avait pas osé ou pas pu faire appliquer. De façon surprenante, la nouvelle municipalité de gauche a poursuivi la procédure en Justice et demandé au juge de l’exécution l’évacuation (jugement du 16 juin 2008).
On connaît la musique, c’est bien sûr en raison de la “situation alarmante” “en termes d’hygiène et de sécurité” que des familles et enfants sont mises à la rue. C’est plus confortable, la rue, sans doute... Pourtant, il n’y avait pas d’urgence à récupérer l’école désaffectée de Montplaisir : le projet d’installer ici l’école de la Croix-Rouge a été abandonné, elle s’installera au CES de la Cotonne. On avait le temps de trouver des logements décents.
Le réseau de solidarité, qui avait demandé une énième fois au maire l’ouverture d’un vrai processus de discussion pour trouver des solutions d’hébergement digne, en associant aussi les autres institutions (conseil général, DDASS, St-Etienne métropole, région Rhône-Alpes...) attendait depuis des jours une réponse promise par le maire. Elle n’est jamais arrivée.
Ce matin c’est l’huissier de la mairie Me Berger qui participait à la direction des opérations.
Un responsable de service de la mairie, M. Jayol, était présent avec une dizaine de personnels municipaux et on pouvait voir 3 camionnettes de la ville dans la cour. Ce sont des employés municipaux qui ont procédé aux coupures d’eau et d’électricité, et commencé - à 8h20 - à casser les vitres de l’école. Puis soudé les portes à 9h...
Après 10h30, l’expulsion terminée, c’est la Police municipale qui a pris le relais de l’occupation de l’école.
En début d’après midi une fumée noire sortait des bâtiments, alors qu’un camion de pompiers était dans la cour. Selon certains dires, des pneus auraient été brûlés à l’intérieur pour tout dégrader et rendre inutilisable ce qui restait à l’intérieur - l’essentiel des affaires des familles Rroms - et rendre impossible tout retour.

Apparemment la mairie aurait publié un communiqué disant que concernant les Rroms tout était de la responsabilité de l’Europe et de l’Etat. Même l’hébergement ce soir des enfants expulsés de Montplaisir ?
Pour en finir avec cette question : qui a décidé ?, la Préfecture a publié un communiqué indiquant que l’expulsion avait eu lieu à la demande de la mairie.
Le discours de la Préfecture, lui, est invariable, c’est celui de Hortefeux : ces familles "n’ont pas vocation à être en France” . La solution proposée cet après-midi par le Directeur de cabinet du Préfet M. Buchaillat : les raccompagner en Roumanie. Ils ont déjà refusé ? Oui, mais ils peuvent changer d’avis. Et on devine un regret, quand il doit reconnaître que toutes les personnes contrôlées ce matin étaient en situation régulière en France...

Maintenant, des familles et des enfants sont sous le kiosque à musique place Jean jaurès.

La salle de jeu et d’activités des enfants y a été reconstituée dès ce midi.
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Jeter à la rue des familles et des enfants, c’est assez facile. Mais après, qu’est-ce qu’on fait ? Où dormiront ce soir les enfants Rroms ? Est-ce que quelqu’un y a pensé, dans l’un des deux bâtiments qui encadrent la Place Jean Jaurès : la mairie et la préfecture ?
169 personnes moins une cinquantaine de départs : il reste donc entre 110 et 120 Rroms à la rue dont une cinquantaine d’enfants. A midi, 70 personnes dont 15 enfants étaient au kiosque à Jean Jaurès. Comme en 2006 après l’écrasement des caravanes au Clapier.

Roger Dubien
Ancien conseiller municipal de St-Etienne.


Proposé par vla
Partager cet article
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

4 compléments

  • Et c’est sur la base de quelques semaines passées là -bas que vous pouvez en conclure,Monsieur,que tous les Roms sont des trafiquants d’armes,des esclavagistes,des fainéants,des profiteurs des avantages du système social français,et j’en passe ?
    J’ai été voir le lien que vous nous avez soumis avec bienveillance pour souligner la véracité de vos propos,et qui décrit le trafic que vous dénoncez chez les Roms,mais avez-vous bien lu cet article ?avez-vous bien saisi la complexité de la situation et la misère de ces gens ?

    Je cite :« La vulnérabilité des enfants roms proviendrait de leur manque d’éducation et de leur jeune âge. La plupart d’entre eux aurait moins de 18 ans et ne seraient inscrits sur aucun registre officiel, ce qui non seulement les prive d’existence légale mais contribue à faciliter la tâche des trafiquants. La police et les travailleurs sociaux ont souvent du mal à distinguer si l’adulte accompagnant un enfant est un membre de la famille ou non lorsqu’il n’y a aucun moyen d’identification. »

    Mais vous n’avez vu,là -bas en Roumanie,et vous n’avez lu dans cet article QUE CE QUE VOUS VOULIEZ Y VOIR,à savoir la confirmation de vos préjugés,préjugés qui permettent de justifier en toute bonne conscience des expulsions honteuses,des insultes et des comportements lamentables à leur encontre.

    Vous dites,je vous cite « merci de dépasser l’accusation trop facile de raciste... » .Mais personne dans les commentaires précédent ne vous a traité de raciste,ni même fait allusion à cette généreuse attitude.C’est vous le premier à avoir parlé de racisme,et j’en conclus que de toute évidence,c’est la première poule qui chante qui a pondu l’oeuf...

    Vu la teneur navrante de vos commentaires,oui,il semblerait que ce soient vos préjugés raciaux qui vous permettent de dénoncer « un fait établi »,à savoir que les Roms sont tous des trafiquants profiteurs dans leur palace roulant,et que cela justifie toutes les exactions contre eux.

    Le premier devoir d’un être humain,Monsieur,c’est d’agir humainement.De traiter les autres humainement.Relisez la constitution,si vous en doutez.Mais je suppose que cela vous dépasse.Aveuglé par votre colère face à toutes les injustices et les horreurs perpétrées par certains être humains,vous préférez tout rejeter sur des boucs-émissaires,c’est plus simple et ça vous protège d’avoir à vous remettre en question.

    Oui,le monde souffre de la présence de « salopards » qui sévissent contre tous les principes humains,contre toutes les lois et les devoirs que nous avons.Mais non,je vous en prie,n’allez pas rejoindre le rang de ces salopards en cautionnant de tels propos et de telles actions.

  • Est-ce vraiment la peine de répondre à un tel commentaire ?

    Prenez la peine de vous renseigner !
    Tout d’abord, les rroms qui ne sont pas français n’ont pas accès aux « aires gratuites », c’est bien ceux-là que l’on retrouve place Jean Jaurès. Ensuite, les aires gratuites sont payantes : une redevance journalière pour l’emplacement, et le paiement des consommations en plus. Vivre sur une aire d’accueil coûte plus cher que de vivre dans un HLM. Oui, plus cher ! Vivre dans une caravane n’ouvre pas l’accès aux aides au logement, mais n’exempte pas de payer une taxe d’habitation.
    Passez un jour le portail d’une aire d’accueil. vous y trouverez des personnes comme vous et moi, qui travaillent, parlent français avec un accent stéphanois, et meme, vous n’en reviendrez pas, savent lire et écrire (et meme compter) ! incroyable, non ?

    Les rroms, les tsiganes, les « gens du voyage », sont l’objet de tous les mythes, de toutes les fabulations... Je ne m’étendrais pas sur la liste de clichés de votre commentaire, mais il me semble qu’un devoir de tout citoyen est de ne pas propager d’idées reçues infondées.

    Monsieur, prenez le temps, un jour, de faire un tour à la cité de l’immigration à Paris. Prenez le risque d’ébranler vos convictions.

  • à propos de mon précedant courrier ;
    je precise que j’ai ete habiter quelque semaine en roumanie, juste apres la chute du rideau de fer.
    Je faisais partie d’une ONG avec laquelle nous avons participé à un programme de réhabilitation d’orphelinats.

    et je precise ceci aussi :
    http://www.regard-est.com/home/breves.php?idp=482

    ce sont des données de l’OSCE ( pas de moi donc..) sur le trafic humain à l’est, et merci de dépasser l’accusation trop facile de raciste parce que je dénonce un fait établi immoral.

  • Des grand mots sur les droits de l’homme...

    Qu’en est-il des devoirs ?
    Les Roms en sont-ils exemptés, exonérés peut être ?

    Pourquoi ont-ils des privileges que nous n’avons pas ?
    Aires gratuite, eau, electricité, sanitaires...aides sociales..

    Je suis pour la solidarité, pas pour accepter de me faire depouiller par des profiteurs
    (et c’est loin d’être les seuls, ou les pire : M Sarko possede une floppé de ce genre d’amis...)

    Essayez d’embaucher un Rom ; au travail c’est quelque chose à voir...
    Bon, faudra pas s’attendre à être rentable hein ?

    Par contre, certains (oui..oui...pas tous...) vous vendront le produit de leur voyage sans souci : armes, enfants principalement..faut bien payer les palaces roulants..oups, les roulottes...

    y’a des roms qui sortent de ce processus, vous ne les reconnaitrez pas, ils se sont auto banni pour être libre.

    J’aimerai qu’on me prouve le contraire Monsieur l’ex adjoint..mais vous ne pourrez pas.
    Personne n’accepte l’esclavagisme ici, et ces enfants, leur meres, sont victimes jusqu’à ce qu’il deviennent bourreau de leur progeniture.

    Je precise : « la mendicité n’est pas un métier »

    Les devoirs, monsieur, les devoirs...

Comment publier sur lenumerozero.info?

Le Numéro Zéro n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez.
La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Voila quelques infos rapides pour comprendre la publication. Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir via notre mail lenumerozero [at] riseup.net

 

NEWSLETTER

Lire aussi dans MIGRATIONS - SANS-PAPIERS

Lire aussi dans SAINT-ÉTIENNE

PROCHAINS RENDEZ-VOUS

À la une...

Lutte No Tav : inauguration d’un presidio en Maurienne
Publié le 18/06/2021

Crier notre colère
Publié le 18/06/2021

Zola, la “Vallée de l’Ondaine”, et le monde ouvrier
Publié le 17/06/2021

Dédicace avec Arié Alimi et Farid El Yamni à Lune & l’Autre samedi 26 juin à 11h
Publié le 16/06/2021

Nous sommes la nature qui se révolte
Publié le 15/06/2021

De Erdogan à Macron : L’Internationale Terroriste
Publié le 7/06/2021