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Publié le 23 décembre 2006 | Maj le 13 décembre 2020 | 1 complément

Appel pour le 20e anniversaire de l’arrestation des militants d’Action Directe


Arrêtés le 26 février 1987, nous avons connu toutes les formes de détentions spéciales que ce pays est capable d’infliger en toute impunité, de la torture blanche à l’isolement aménagé jusqu’à la pseudo normalisation du régime des centrales de sécurité.

Nos peines incompressibles sont terminées depuis deux ans, mais l’État affirme haut et fort que nous n’avons pas assez payé. Non pas qu’il existe un tarif judiciaire correspondant à « nos crimes » révolutionnaires, laissons cette pensée incongrue aux laudateurs des pouvoirs institutionnels. Du premier au dernier jour de détention, le militant est et demeure un otage. Tels des trophées de guerre, les différents gouvernants nous ont utilisés, nous utilisent et comptent nous utiliser encore pour démontrer leur inflexibilité face à la subversion et mettre en valeur l’unanimité de la condamnation de nos choix politiques.
Qu’ils soient de droite ou de gauche mais toujours au service de la bourgeoisie et des monopoles, les gestionnaires propagent l’idée qu’une seule façon de faire de la politique est acceptable, la leur. Celle qu’ils imposent à tous pour le bénéfice de quelques uns. Celle de la soumission au marché, de l’ordre policier et de la peur des masses. Celle de la vacuité et de la disparition du politique. Toute pratique et engagement en dehors des
cadres balisés du système sont dénoncés et criminalisés somme autant de menaces terroristes.

L’État nous maintient en prison. Il estime avec raison que nous ne sommes pas brisés.

La pression judiciaire n’est pas parvenue à nous transformer en porte-voix du repentir et ainsi en agents du projet de pacification et de désarmement du mouvement révolutionnaire dans les centres impérialistes. Depuis notre premier jour de prison, c’est son but affiché. Et durant des années, les « juges » d’instruction ont prolongé l’usage de la tortue blanche convaincus que nous craquerions et que nous nous renierions. Aujourd’hui les mêmes « magistrats » affirment que quelques années supplémentaires entraîneront immanquablement notre reddition. Combien ils sont loin du compte ! Et que peuvent-ils comprendre, eux qui, historiquement, se soumettent sans coup férir au premier pouvoir qui s’installe et qu’importe sa nature...
Nous sommes encore debout et nous le faisons savoir en revendiquant notre passé militant et notre appartenance au camp de la résistance révolutionnaire anti-impérialiste. Nous n’avons jamais abdiqué, ni rendu les armes.

Leur plan de criminalisation est et sera un échec autant de temps que nous refuserons de critiquer notre engagement en échange d’un assouplissement de nos conditions de détention ou de quelques années de prison en moins.

Nous n’entrerons pas dans le rang des prisonniers sans visage et sans histoire.

Cet État, si prompt à tourner la page de la collaboration avec l’occupant nazi et qui amnistia les parachutistes tortionnaires, le quarteron des putschistes d’Alger, les terroristes de la Cagoule et ceux de l’OAS... Cet État nous rend un bel hommage en nous considérant, encore et malgré les décennies de cachot, comme de redoutables ennemis impossible à libérer tant le danger que nous représentons « à l’air libre » serait grand pour lui et ses sbires !
Concrètement, il a fait de nous des exemples.

Par nos condamnations spectaculaires et notre détention d’exception, il cherchait à frapper l’imaginaire et à créer un impact de terreur chez les militants résolus à bouleverser radicalement l’oppression. Nous devions servir d’exemple dans le « cauchemar des années 80 » alors que la bourgeoisie entreprenait un vaste mouvement de rétablissement des profits par l’intensification de l’exploitation, les délocalisations, les flexibilisations et les privatisations. A la même époque, les troupes françaises s’engageaient dans les coalitions et autres grandes armadas en participant aux campagnes de bombardements, aux guerres préventives, aux blocus et autres embargos au nom de l’ingérence humanitaire. La volonté impérialiste était de transformer en simple protectorat la planète entière et en premier lieu les pays producteurs de matières premières. Lors de cette offensive néo conservatrice, la bourgeoisie était prête à tolérer une opposition légaliste et impuissante mais non une contestation radicale capable de mettre en danger chacune de ses décisions et d’unifier sous un même drapeau Anti-impérialiste les prolétaires ici avec leurs frêres au-delà des mers.
L’acharnement de l’État français contre nous quatre (Nathalie, Georges,Joëlle et Jean Marc) prisonniers d’Action Directe, n’est déchiffrable qu’à partir de cette lecture historique.

Face à cette exemplarité de la répression durant deux décennies, nous avons dressé une seule bannière celle de la résistance. Aujourd’hui, il est l’heure de renverser le projet de pacification érigé au coeur de nos condamnations. Du fond de nos cachots, nous affirmons qu’il est possible et nécessaire d’utiliser notre résistance comme une arme dans le combat contre l’oppression actuelle. Une arme disponible pour tous les contestataires et les rebelles alors que le pays s’embourbe dans une situation préfasciste.
C’est pourquoi nous pensons fondamental que la lutte pour notre libération s’élargisse solidairement à d’autres résistances et à d’autres terrains de lutte. Nous appelons à la mobilisation en février prochain pour le 20e anniversaire de nos arrestations. Nous appelons le camp révolutionnaire à multiplier les initiatives pour un mois de solidarité et d’unité.

Le 20e anniversaire de nos arrestations doit être l’occasion de dénoncer les nouvelles réalités de la détention politique. Depuis la guerre d’Algérie, il n’y a jamais eu autant de militant(e)s incarcéré(e)s, dispersé(e)s dans une cinquantaine de prisons. Les prisonnièr(e)s refusant de collaborer sont systématiquement maintenu(e)s dans les pires établissements pénitentiaires. Et plus d’une vingtaine sont condamné(e)s à la réclusion à perpétuité.
Les juridictions spéciales soumettent les détenu(e)s pour certains d’entre eux à la torture dans les quartiers d’isolement et pour tous au chantage politique permanent, aux transferts abusifs et souvent violents, aux restrictions sous conditions, à la censure de leur courrier et de leur lecture. Sachez par exemple que certains de vos textes écrits et distribués en toute légalité sont traqués derrière les murs. Le simple fait de les posséder peut entraîner des sanctions disciplinaires. Le droit à la parole et à l’écrit n’existe plus ! C’est le premier pas du glissement actuel de la détention politique.
La suppression du statut de prisonnier politique loin d’imposer la normalisation des conditions de détention, a permis à l’État de fragiliser à l’extrême la détention politique et d’imposer en toute occasion un régime d’arbitraire.

Le 20e anniversaire de nos arrestations doit être l’occasion de dénoncer les tribunaux d’exception créés en septembre 1986, et en particulier la nouvelle structure de l’application des peines mise en place en mai dernier. Aujourd’hui par la rétroactivité de la loi, de l’arrestation à la fin de la peine, le sort des prisonniers politiques est entre les mains de la même section spéciale du Tribunal de Paris.
Et avec cette section, comme au temps de la Cour de Sûreté de l’État, il n’est jamais question de mesure de justice mais d’opportunité politique.
Seul le gouvernement décide de la libération ou du maintien en détention des militants poursuivis.
La qualité servile des « juges » la composant est légendaire.
Le dernier épisode de cette saga l’illustre une fois encore. Pour le compte de l’État major et de quelques caciques UMP, le « juge » Bruguière a conduit une enquête bidonnée sur le génocide rwandais. Ses conclusions renversent tout bonnement les charges contre la France pour complicité dans la mort de 800000 victimes civiles. Pour lui, s’il y a eu génocide, c’est la faute à la résistance anti-apartheid des Tutsis ! Le pouvoir Hutu, armé et protégé par l’armée française, s’est vu contraint à procéder aux massacres après l’assassinat de son Président. Sans surprise,le « juge » développe ainsi une construction mentale identique à celle de Pinochet lorsqu’il justifiait les tortures et les meurtres comme autant de résultantes naturelles à la résistance populaire contre son coup d’État.
Les exactions ne sont pas dans la logique gestionnaire des dictatures et des régimes racistes, les combattants radicaux les y forcent. C’est bien connu !
Dans les affaires africaines et moyen-orientales les sections spéciales du Tribunal de Paris figurent le visage local de la « justice » expéditionnaire des interventions militaires contre les peuples.
Aujourd’hui les prétextes de la guerre impérialiste reposent de plus en plus sur le fonctionnement des tribunaux anti-terroristes nationaux ou transnationaux, et les sections spéciales anti-terroristes fonctionnent de plus en plus telles des unités de supplétifs au service des états majors et des gouvernements bellicistes.

Au moment où les gouvernements US et israélien légalisent l’usage de la torture contre l’ennemi intérieur et le combattant ennemi dans les territoires occupés, les dérives néo-conservatrices de la répression, du contrôle total et du fichage des opposants et des populations s’accélèrent dans tous les centres impérialistes.
Dans le temps, nous avons connu les activités barbouzardes et celles des escadrons de la mort. Et pour les amnésiques, nous ne citerons qu’un exemple en rappelant les GAL (Groupe anti-terroristes de libération) du gouvernement socialiste espagnol qui, au début des annés 80, assassinèrent 23 militants basques de ce côté des Pyrénées. Aujourd’hui, les agents et les supplétifs des officines clandestines quadrillent le territoire européen. Ils enlèvent les opposants en pleine rue, les enferment dans les prisons secrètes, les livrent à des tortionnaires sur d’autres continents...
A Paris, dans les locaux de l’École de Guerre, la cellule « base », regroupant agents secrets et « juges » antiterroristes, coordonne la barbouzerie ambiante.

La guerre en Irak a illustré une nouvelle donnée de cette dérive. Des entreprises ayant pignon sur rue lèvent des bataillons d’auxiliaires de sécurité. Ces « employés » passent rapidement d’un rôle de faux vigiles à celui de vrais barbouzes et aujourd’hui dans nos capitales, ces industries « respectables » se développent. Les autorités ferment les yeux et au contraire les encouragent. Alors que simultanément les « magistrats » des sections spéciales poursuivent comme malfaiteurs terroristes les jeunes se
rendant à Bagdad pour lutter aux côtés d’un peuple dont le pays est occupé par des armées étrangères.

Comme au temps de la torture et des corvées de bois en Algérie, bien peu de personnes dénoncent les crimes d’État commis au nom de la guerre anti-terroriste. Au contraire, ils se bousculent pour appeler à d’autres guerres et à d’autres massacres en Iran, au Liban ou en Syrie.
Il est temps de prendre la mesure des dérives autoritaires actuelles et des menaces qu’elles représentent pour le mouvement révolutionnaire.
Certains beaux parleurs diront que cela ne les concerne pas. Au vu de leur pratique réelle, ils ont sans doute raison. Mais pour ceux qui cherchent sincèrement à remettre en cause les régimes conservateurs actuels, il est nécessaire de les affronter concrètement et dès maintenant car ces dérives barbares figurent la réalité fondamentale de notre époque. L’arsenal barbouzard, autoproclamé « antiterroriste », se dresse face à tous les
révolutionnaires et à toutes les résistances populaires en Palestine comme au Mexique, au Liban comme en Colombie.

Le 20e anniversaire de nos arrestations doit être l’occasion de dénoncer le durcissement général de la répression des luttes ouvrières. A un moment où le venin de la droite extrême gangrène l’Europe entière. Car déjà , les partis fascistes officiels sont présents dans les gouvernements de plusieurs pays. Et cette peste brune dénommée sans euphémisme « la droite décomplexée » a conduit ici ou là à la promulgation de lois scélérates permettant de poursuivre les militants se réclamant du communisme et qui s’organisent comme tel.
Partout les droits syndicaux reculent. Les flics cagoulés et surarmés interviennent dans les usines en grèves. Dans les rues des quartiers populaires, ils imposent l’ordre de la ségrégation sociale et raciale. Des cohortes policières contrôlent et humilient une jeunesse condamnée au chômage et à la précarité de masse. Les révoltés de novembre sont traités de vulgaires délinquants par l’ensemble de la classe politique institutionnelle. Ailleurs les tribunaux traquent les syndicalistes et autres faucheurs volontaires comme autant de voleurs de poule... Les « magistrats » sont prêts à enfermer tout opposant jusqu’aux enfants turbulents... Les lois répressives se surajoutent à un rythme effréné que les tribunaux ont du mal à suivre... Partout les États livrent une véritable guerre contre les pauvres et les travailleurs, dans le but de les soumettre à la non vie de l’exploitation intensive et du désœuvrement.
Cette guerre est l’expression d’une même guerre mondiale, celle menée par les monopoles pour le pillage de la planète.

Le 20e anniversaire de nos arrestations doit exprimer un positionnement anti-impérialiste.
La résistance contre les juridictions d’exception et contre les interventions militaires néocoloniales actuelles a comme point de départ la conscience de l’état de guerre global dirigé contre les classes populaires ici et dans les pays du sud.
Alors que l’OTAN se transforme en gendarme du monde néolibéral, les révolutionnaires dans le centre ont d’autant plus un rôle essentiel. Dans le « coeur de la bête », ils doivent agir concrètement aux côtés des luttes des peuples du sud, car ils sont les seuls capables d’affaiblir efficacement les bases arrières des armadas impérialistes et de « dépacifier » les métropoles d’où ils imposent leurs diktats politiques, économiques, financiers, idéologiques et militaires. Non seulement cette action aura un effet immédiat sur la programmation des massacres, mais simultanément, elle renforcera au sud les expressions révolutionnaires des masses populaires contre les agressions et les troupes d’occupation.
Grâce à cette pratique, nous sortirons du défaitisme pour participer matériellement aux victoires. Des victoires qui commencent à peser sur la virulence des interventions impérialistes comme celle obtenue au Sud Liban l’été passé et celle promise très bientôt au peuple irakien.
A travers le monde, des milliers de combattants démontrent qu’on ne doit pas être démoralisés et terrorisés par un ennemi puissamment armé.
L’oppression criminelle n’est pas invincible !

Unité avec la résistance arabe en Palestine, au Liban et en Irak !
Unité avec le mouvement sud-américain d’émancipation des griffes Yankees !
Unité avec les prisonniers palestiniens et avec les révolutionnaires communistes et anarchistes emprisonnés en Europe...

Où l’on travaille, où l’on vit, où l’on lutte ... Partout la résistance est à l’ordre du jour !
Élargissons la mobilisation et faisons du mois de février un mois de résistance.

SEGUIREMOS ADELANTE !

Prisonniers de la guérilla ACTION DIRECTE
Nathalie MÉNIGON
Centre de détention de Bapaume
J.Marc ROUILLAN
Centrale de Lannemezan
Décembre 2006


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  • Des gens sont motivés pour faire quelque chose se jour là  ??

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