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ACTUALITÉS RÉPRESSION - PRISON
GRENOBLE & ALENTOURS  
Publié le 29 novembre 2019 | Maj le 30 avril 2020

[Grenoble] Retour sur l’opération de fichage et perquisition menée le 26 novembre


Lu sur le cric (Grenoble) :

Ce texte a pour but d’informer le plus précisément possible sur comment ont été menées les opérations, sur ce que les flics cherchaient, quelles questions ils posaient et les raisons de leur présence. Raisons détaillées dans la commission rogatoire qu’on a réussi à avoir et qui suit ce texte. Pour info, il était quasi impossible de la voir et les flics la récupéraient direct quand elle était montrée.

Les flics ont débarqué à 6h du matin dans 5 lieux d’habitation ou d’activités (4 squats et une colocation) ainsi que dans différents lieux de la zad de roybon. Le dispositif était assez impressionnant : 350 flics mobilisés rien que sur grenoble (PSIG, gendarmes mobiles, BAC, police nationale, police scientifique, PAF, CRS, PJ…). Deux services chapeautaient l’opération : la direction départementale de la sécurité publique de l’isère et la direction interrégionale de la police judiciaire de lyon.
Les flics étaient plutôt tendus à l’arrivée, toutes les portes ont été défoncées et bien que la plupart des personnes ont été confinées dans les espaces où elles ont été trouvées, la tension est un peu redescendue au cours de la perquis’. Enfin dans certains lieux, cerflex aux mains pour tou.te.s les habitan.te.s quand même...

Dans les lieux partagés avec des personnes en galère, non-françaises, avec ou sans-papiers, une distinction claire a été faite entre les « anarchistes » d’un côté et les « migrant.e.s » de l’autre.
Les flics étant venus pour une opération qui n’avait rien a voir en ont profité pour rafler quelques personnes sans-pap au passage. Cela en plus du traitement raciste et particulièrement humiliant pour les personnes noires présentes. Les personnes repérées comme sans-papiers ou comme n’ayant rien a voir avec « les anarchistes » ont été mises de côté, n’ont pas particulièrement subi d’interrogatoire, de fouille ni de saisie de leurs affaires. Il en ressort quand même deux OQTF pour des personnes laissées en liberté et 5 personnes mises en centre de rétention (à lyon et à nîmes).

Pour les autres, on retient trois axes principaux : identité, ADN, perquiz de matériel.

Contrôle d’identité avec un intérêt particulier pour la taille, le poids, la pointure et la silhouette. Ils posaient des questions sur les piercings et les tatouages, ont filmé et photographié tout le monde (de force, par surprise…). Les personnes qui ne présentaient pas leurs papiers allaient au poste pour vérification d’identité et sont toutes ressorties même celles qui ont refusé de donner leur identité jusqu’au bout (après quelques heures de gardav quand même !).

Pour ce qui est du fichage ADN, qui était une de leur principale préoccupation, ils l’ont prélevé de moultes manières. Dans le cas des personnes qui ont accepté de le donner, il été pris avec un coton tige dans la bouche. Pour une personne noire il a été pris de force dans la bouche. Sinon, ils ont pris ce qu’ils appellent de l’ADN pollué de trois manières différentes :

  • en confisquant 3 objets par personnes qui pouvaient être des mégots, taies d’oreiller, bouteilles d’eau, chaussettes, culottes, brosse à dents, casquettes/bonnets, gants, tasses….
  • en prélevant de l’ADN sur des objets : carte d’identité, cartes bancaires, matériel informatique de manière quasi systématique (clavier, disque dur, écran, tour…). Les cartes d’identité ou bancaires ont été rendu a chaque fois sauf celles ne correspondant à personne de présent.e.
  • sur le corps sous couvert de palpation. Dans ce cas les flics mettaient sous scellés les gants utilisés pour la palpation après avoir pris bien soin de frotter les mains ou les cheveux des personnes.

Par la suite, après avoir bien fiché tout le monde, et là on parle d’une soixantaine de personnes entre grenoble et roybon, ils ont commencé les perquis’ à proprement parler. Téléphones portables, ordinateurs, disques durs, clé usb, mp3, tablettes ont été embarqués ainsi que les cahiers de réunions, papiers administratifs et différents types de document pour un lieu d’activités. Aussi les documents (lettres, journaux intimes) écrits dans une autre langue que le français. Ils ont passé en revue les brochures, affiches, livres, agendas, etc qu’ils ont mitraillés de photos. Ils ont eu l’air de s’intéresser à l’écriture manuscrite de certaines personnes, aux bidons de gasoil et aux bouteilles d’alcool à brûler. Et cherchaient à savoir si les gens avaient des lampes frontales !

Pour ce qui est des questions, peu voire pas de questions posées sur les « affaires » pour lesquelles ils étaient là mais quelques questions sur les personnes, les lieux, les réseaux dans le but de mieux cartographier les crews en présence et leurs supposées interconnections.

Sous les apparences méticuleuses et procédurières c’est important de signaler que les fouilles et les saisies étaient menées de manière inégale sans logique apparente. Quand dans certaines pièces tout était retourné et saisi dans d’autres ils n’étaient pas aussi zélés. Et il était donc possible de déjouer leur attention à des moments .

En comparaison avec les perquiz de janvier pour les mêmes affaires, ils avaient l’air d’avoir moins d’infos sur les personnes perquisitionnées et d’être un peu plus à l’arrache. A la différence aussi des commissions rogatoires de janvier qui étaient nominatives et ne permettaient les perquisitions que dans les chambres des personnes concernées, celle-la permet quand même de faire à peu près n’importe quoi n’importe où n’importe quand. Cette fois, les personnes emmerdées n’avaient pas de statut particulier (témoins, témoins assistés, mis en examen), elles l’étaient en tant qu’occupantes des lieux visés. Il n’y a eu donc aucun interrogatoire ou audition officielles.

L’opération perquiz/fichage a duré plus ou moins longtemps selon les lieux. De 6h à 9 – 10h pour certain.e.s, jusqu’à 13h pour d’autres.

Ce qu’on retient de cette journée de merde c’est que c’était essentiellement une opération de fichage généralisé d’un certain « milieu ». Et au passage, des rafles racistes, des perquiz, des insultes racistes, sexistes et transphobes. A ce stade, on a l’impression que n’avançant pas trop dans leur enquête, ils ratissent bien large en espérant que quelque chose en ressortira. C’était aussi l’occasion de faire un gros étalage de leurs moyens pour intimider, réprimer, faire peur et diviser. Ils ont l’impression de porter un gros coup à « un milieu » mais nous restons solidaires les un.e.s des autres et continuerons à lutter contre l’état et sa répression.

Solidarité avec les personnes enfermées aux CRA !
A bas la répression ! Et nique la police !

A lire aussi :

Sur quoi exactement la police enquête-t-elle dans le cadre de l’instruction qui a motivé les perquisitions du 26 novembre

Communiqué du Comité Anti-Répression Grenoble

Mardi 26 novembre, à partir de six heures du matin, six lieux alternatifs de Grenoble et ses alentours se sont fait perquisitionner. ZAD, squat ou colocation, personne n’a été épargné.

Le prétexte officiel est d’enquêter sur les incendies qui se produisent dans le département depuis deux ans. Une fois de plus, ce sont les milieux autonomes, libertaires, féministes ou écologistes qui sont visés.

Lors de la plupart des perquisitions, la police ou la gendarmerie n’a pas voulu fournir la commission rogatoire justifiant leurs intrusions. Il n’a pas non plus été toujours possible d’être témoin de la perquisition. Tout ceci est évidemment contraire aux lois de notre soi-disant « Etat de droit ». Le matériel informatique (ordinateurs, téléphones, imprimantes) a été systématiquement saisi privant les personnes visées de moyens de communication sans aucune justification.

En plus de la confiscation de matériel, des prélèvements ADN systématiques ont été effectué, sur les personnes ou leurs effets personnels en cas de refus de leur part. La volonté d’intimidation, qui semble être la seule motivation de ce fichage généralisé, ne peut que nous inquiéter. Si les autorités possèdent des informations sur les incendies sensés justifier ces interventions, pourquoi viser autant de personnes dans autant de lieux différents ?

Enfin, des vérifications d’identité ont été pratiquées. Dans ces lieux de solidarité, les personnes sans-papier ont été arrêté·e·s et envoyé·e·s en centre de rétention administrative (CRA). Ce n’est pas la première fois qu’une opération policière visant ce genre de lieux sert de prétexte à une chasse aux réfugié·e·s. Certaines arrestations ont même été effectuées dans des camps de fortune aux alentours des lieux perquisitionnés.

Difficile de faire le lien entre ces gens et les incendies justifiant l’opération policière. Au total plus d’une dizaine de personnes ont été embarquées. A ce jour, nous sommes toujours sans nouvelles de certaines de ces personnes, ne sachant pas dans quel CRA elles ont été enfermées ou si elles ont été remises à la rue. Plutôt que de respecter le droit d’asile et d’accueillir dignement ces personnes venues chercher refuge chez nous, l’état préfère les enfermer dans des CRA avant de les expulser.

Tout ceci intervient dans un contexte de répression généralisé et de colère sociale. Les dernières années ont été marquées par une escalade de la violence répressive visant les mouvements sociaux, de la « loi travail » à la ZAD en passant par le mouvement des gilets jaunes. Ces techniques violentes et autoritaires, longtemps invisibilisées car elles ne touchaient que les « quartiers populaires », semblent maintenant être la réponse systématique de l’état à toute contestation politique et à toute volonté de ne pas se conformer à la norme dominante.

Cette intervention arrive au moment où se forme un large mouvement de protestation pour défendre le système des retraites et une colère générale secoue les milieux étudiants et hospitaliers.

Les autorités n’ont pas tardé à communiquer, des articles sont sortis dans la presse dans la matinée. L’empressement pour se vanter d’une opération visant des lieux de contestation ou d’expérimentation politique, sans justifier de lien avec le prétexte des incendies, nous montre une volonté d’intimidation de la population.

Le collectif anti-répression 38 condamne ces actions illégales. Nous affichons notre soutien aux victimes de cette tentative d’intimidation de l’Etat.

Face à la volonté de l’Etat d’isoler chaque individu·e par la peur, réagissons de façon collective et solidaire. Nous réaffirmons notre volonté d’aider toutes celles et tous ceux qui subissent la dérive répressive et autoritaire de l’état.

L’équipe du CAR38


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