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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 28 juin 2020 | Maj le 2 juillet 2020

Démission à l’UJM : encore un effort camarades


Vendredi 26 juin après-midi, un courrier était envoyé aux personnels de l’Université Jean Monnet. Y étaient annoncées la démission des trois Vice-Présidents centraux (Florent Pigeon, Stéphane Riou et Alain Trouillet) et des cinq Vice-Présidents délégués « pour exprimer leur désaccord vis-à-vis du projet actuel d’Université Cible » ainsi que la création d’un « collectif composé de doyens, responsables de composantes, responsables de laboratoire et autres universitaires ». Se pose la question des raisons pour lesquelles cette démission intervient à ce moment, et donc de ce qu’elle est susceptible de provoquer.

Deux arguments principaux sont avancés par les signataires pour expliquer leur rejet de la fusion de l’Université Jean Monnet avec les Universités Lyon 1 et Lyon 3 ainsi qu’avec l’École Normale Supérieure de Lyon [1] telle qu’elle se met en place :

  • Sont pointés, sans plus détails, les effets que produirait « l’Université cible » (le « machin » qui doit naître de la fusion) « dans le domaine de la formation (premier cycle, structuration des seconds cycles), dans le domaine de la recherche, sur le plan administratif et des ressources humaines ».
  • Est dénoncée la perte de la personnalité morale et juridique par l’Université Jean Monnet (au profit de la future « Université de Lyon ») sans contrebalancement « par un horizon et des garanties de développement suffisamment clairs ».

Le facteur déclencheur de cette démission collective aurait été le courrier de Frédérique Vidal, la ministre de l’enseignement supérieur, du 04 juin qui, selon les auteurs, fixe « un calendrier de vote des statuts qui va à l’encontre du respect de la liberté des universitaires et qui impose injustement une hiérarchie des responsabilités entre les Établissements ». En clair, le fait de verrouiller l’adoption du projet en imposant à l’Université Jean Monnet et l’ENS un vote à marche forcée (avant le 30 septembre). D’autant qu’il se murmure que cette lettre aurait été suscitée par le cercle dirigeant restreint de l’Université de Lyon, dont la présidente de l’UJM, Michèle Cottier, sans en avertir les Vices-Présidents et le reste de l’équipe... Hypothèse que l’empressement (dès le lendemain) de la présidente de l’UJM à relayer le courrier auprès du personnel de l’Université et à annoncer s’aligner sur ce nouveau calendrier tend à accréditer. Pour autant, les entorses à la démocratie au sein de l’Université de Saint-Étienne ne sont pas nouvelles [2].

Le sens du vent

Pourquoi dès lors démissionner à ce moment ? L’évolution du contexte politique local a joué un rôle crucial. Alors que ceux qui exprimaient des critiques voire de simples doutes étaient jusqu’alors considérés comme des gauchistes inconséquents ou de paresseux faibles d’esprit, la mise en cause du processus de fusion s’est progressivement diffusée jusque parmi les édiles locaux. En janvier, le député Régis Juanico interroge la ministre Frédérique Vidal sur les conséquences de la disparition de l’UJM puis l’appelle à faire repousser le vote sur la la fusion après le confinement ; les candidat⋅es aux élections municipales à Saint-Étienne Pierrick Courbon, Olivier Longeon et Andrée Taurinya prennent position en mars contre la fusion [3]. Vers le 10 juin, une pétition est lancée pour la « sauvegarde de l’autonomie de l’Université Jean Monnet », suivie d’un « Appel des 100 » « pour le maintien de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne » (porté essentiellement par des médecins inquiets du sort à venir du CHU). Ces appels émanant non plus seulement des forces partisanes d’opposition (de gauche) mais également de notables locaux, le maire de Saint-Étienne est contraint de réviser également sa position. À la mi-juin, il rallie le camp des opposants, au prix de contorsions assez remarquables (Gaël Perdriau a longtemps et jusqu’à peu soutenu le projet) et d’arrangements plus ou moins grossiers avec la réalité (comme l’indique un article du site Idexit-Lyon, il revendique « avoir provoqué la suspension du vote des statuts par son intervention du 6 décembre… alors même que cette suspension a été annoncée la veille »). Le département de la Loire lui emboîte le pas peu après [4].

Et maintenant ?

Si la symbolique d’une démission collective et les paroles sont fortes compte tenu du fait qu’elles émanent de personnes qui ont de longue date soutenu le projet de rapprochement puis de fusion avec les établissements lyonnais et étaient membres des instances dirigeantes de l’Université Jean Monnet, on ne saurait s’en contenter. De fait, le texte – comme d’ailleurs celui de la pétition et plus encore de « l’Appel des 100 » – demeure en fin de compte mesuré et sur une ligne à bien des égards insatisfaisante – la poursuite d’une sacro-sainte « excellence » notamment restant à l’ordre du jour. Et en dépit de son ton volontiers solennel, il est tout aussi prudent : l’exposé des effets délétères de la fusion sur l’organisation de la formation, du travail administratif et enseignant est reporté à plus tard [5]. Surtout, son caractère tardif invite à la circonspection quant aux intentions de ses auteurs. Alors même que les oppositions se multipliaient tout au long de l’année dernière [6] et que les futurs statuts de l’Université Cible faisaient l’objet de critiques précises et argumentées [7], la présidence de l’Université Jean Monnet, Vices-Présidents compris, poursuivait obstinément le projet de fusion [8]

Cette démission constitue donc aussi (et peut-être surtout) pour les Vice-Présidents une manière de sortir la tête haute d’un projet dont les soutiens faisaient défection les uns après les autres. Quel crédit accorder alors à ces résistants de la vingtième-cinquième heure pour porter une réelle alternative à travers le collectif constitué de « doyens, responsables de composantes, responsables de laboratoire » ? Quelles garanties que ce projet sera construit en concertation avec les étudiant-e-s, les personnels enseignants et administratifs ? Qu’il sera guidé par d’autres principes que la mise en compétition des établissements et des formations, le privilège donné aux considérations managériales sur les logiques pédagogiques, le maintien d’une précarité très importante parmi les enseignant-e-s [9], etc. ? Ces logiques ne sont pour l’heure écartées dans les déclarations et demeurent au cœur du projet de LPPR [10].

Si les effets créés par l’onde de choc de cette démission sont encore incertains (la présidente peut-elle conserver son poste dans les conditions actuelles ? Le vote au Conseil d’administration sera-t-il maintenu ?), il importe de se mobiliser pour que les belles paroles, notamment des élu-e-s, ne restent pas lettre morte et de maintenir la vigilance sur les suites données au projet de fusion entre l’UJM avec des établissements lyonnais… que celui-ci continue ou non d’être porté par Michèle Cottier.

Notes

[5On peut imaginer qu’il s’agit notamment des risques que fait peser la fusion en termes de basculement de formations, tout particulièrement de niveau master, sur le site lyonnais ainsi que de fonctions et missions administratives.

[6Des instances consultatives au sein des établissements, telles que les comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), se sont prononcées à plusieurs reprises contre le projet ; l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon s’était retirée en juin 2019, suivant en cela d’autres établissements auparavant. Cf. https://idexitlyon.wordpress.com/2019/07/02/de-la-fusion-a-la-fission-un-projet-au-bord-de-leclatement/.

[7Lire l’analyse réalisée par le syndicat CGT de l’UJM des projets de statuts (détaillés dans un long document indigeste).

[8On se souvient du communiqué fanfaronnant de la présidente à propos de l’avis du jury international chargé d’évaluer le projet (cf. l’avis, assorti du courrier de la ministre)... contrastant fortement avec une analyse plus sincère et circonstanciée.

[9En première année de licence, la part des enseignements assurés par des précaires (sans contrat pérenne), varie de un tiers en économie-gestion à 50 % en droit ou sciences de l’éducation et même… 80 % en sociologie !


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