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Publié le 17 juin 2020 | Maj le 6 juillet 2020

Solidarité avec les habitant·es des Grésilles


Poubelles incendiées, voitures dégradées, tirs de coups de feu, armes lourdes, les images circulent abondamment et attisent tous les fantasmes. En plein mouvement contre le racisme et les violences policières, c’est l’actualité idéale pour brouiller les cartes, redorer le blason de la police et raviver le racisme envers les habitant·es de certains quartiers comme ceux des Grésilles.

Faits

Mercredi 10 juin, un garçon de 16 ans issu de la communauté tchétchène a été violemment passé à tabac par un groupe d’individus désignés comme étant des maghrébins. On soupçonne une histoire liée au trafic de cocaïne. Très vite sur les réseaux sociaux tourne un appel à la vengeance auquel répondent de nombreuses personnes d’origine tchétchène.
Vendredi 12 juin, une centaine de vengeurs, venus de divers coins de la France, de Belgique, d’Allemagne, etc. débarquent dans le bar à chicha le Black Pearl près de la place de la République. C’est ici que sont censés se trouver les responsables du passage à tabac. Les Tchétchènes [1] font une démonstration de force pour intimider les agresseurs, il y aura une dizaine de blessés.
Le lendemain, une cinquantaine de Tchétchènes mettent un coup de pression sur le quartier des Grésilles, où vivraient les responsables de l’agression du 10 juin. Quelques confrontations ont lieu.
Des représentants des deux communautés se retrouvent pour régler le conflit. Les Tchétchènes font plusieurs déclarations qui affirment que leur volonté est seulement de faire peur aux dealers maghrébins responsables du passage à tabac ou liés à eux afin que les coupables soient pris en charge par leur propre communauté [2].
Pourtant dimanche le conflit s’enlise et l’ambiance s’alourdit aux Grésilles. Environs deux-cent Tchétchènes font une dernière manœuvre d’intimidation avant de quitter la ville. Des vidéos dignes d’un film d’action circulent sur les réseaux sociaux. La colère monte, de nombreux habitant·es, au cœur du théâtre des affrontements, se sentent pris·es au piège, impuissant·es. D’autres descendent équipés pour protéger leur quartier. Leur honneur est en jeu et derrière les dealers, il y a aussi des hommes qui descendent montrer qu’ils ne vont pas laisser leur lieu de vie se faire agresser de la sorte. Le quartier est sous le choc. Heurtés par la violence de l’incursion et par l’abandon complet des autorités, beaucoup ont choisit de se défendre eux-même. En effet rien n’a été fait pour empêcher les Tchétchènes de débarquer à Dijon, puis durant le week-end, rien n’a été tenté pour faire diminuer les affrontements.
Et lundi, c’est l’État qui parade. Assuré du départ des Tchétchènes, il déploie sa police tout autour des Grésilles. Des snipers sont placés sur les toits, les CRS et GM sont en place pour éviter que le désordre ne déborde du quartier. Des bandes de jeunes cagoulés arpentent les rues, la police boucle la place, les écoles sont évacuées. Cette fois la démonstration de force est unilatérale, des jeunes de Quetigny et de Fontaine d’Ouche sont venus en renfort. Il n’y a plus personne en face. Mais ce qui importe ce sont les images produites. Destinées aux assaillants, les parades armées ont pour but de démontrer que le quartier est capable de se défendre. Elles sont aussi un exutoire, car derrière la violence c’est la peur, le choc et le dégoût qui se dissimulent. La police laisse tout ce petit monde se défouler. Elle n’investit le quartier que lorque les choses se tassent. Elle roule des mécaniques, les caméras sont là, l’ordre républicain est rétablit. On ne va pas s’émouvoir du fait que des journalistes, qui jouent à ce petit jeu, ont vu leur voiture détruite. Ce jeu de dupe vient rajouter une couche de mépris vis-à-vis du quartier. Alors beaucoup de monde ressort dans la nuit. Et pas seulement aux Grésilles, mais aussi à Chenôve. Car si les Tchétchènes sont partis, c’est désormais la police qui occupe les lieux. De nombreux habitant·es ressentent cela comme une double peine. « Qu’est-ce qu’on en a à foutre de l’ordre maintenant. Ils étaient où les flics ce week-end ? Ils protègent quoi là ? »

Y aurait-il un message derrière ces violences ?

Habitant·es

Les témoignages sont multiples. Il y a ceux qui sont fiers d’être descendus défendre leur quartier armés. Il y a ces habitant·es qui jettent leurs poubelles par la fenêtre pour alimenter les barricades. Mais il y a aussi la peur, l’immobilisme et la colère. Car si pour certaines personnes l’autodéfense du quartier était en jeu, pour de nombreuses autres, ce sont toujours les mêmes qui imposent leur manière de rendre justice. Ceux qui contrôlent les réseaux, qui ont les armes, et qui ont de l’influence sur les plus jeunes. Toujours des hommes. Beaucoup sont dégoûtés. "C’est dégueulasse. Même si on a été abandonnés à nous-même ce week-end, à subir cette violence, tout ça ça vient d’un acte inexcusable. Y avaient besoin de le tabasser comme ça ce petit ? Peut-être qu’on méritait cette violence, si on laisse nos jeunes agir comme ça." On entend beaucoup de colère envers les « petits », les « jeunes », les « dealers », qui se sentent touchés dans leur égo et sont incapables de garder la tête froide. Ce qui fait que l’intimidation tchétchène a tourné en affrontements prolongés. Il faut dire que certain·es se sentent abandonné·es depuis on moment déjà et que quand on a entre 16 et 25 ans aux Grésilles le seul horizon qui se dégage est celui du deal. Rien n’est mis en place pour accompagner ceux qui se retrouvent sans taf, et rien n’est fait pour leur offrir des possibilités de raccrocher avec autre chose que le trafic. Le confinement a foutu un sacré merdier dans les réseaux et depuis c’est une guerre souterraine qui a lieu pour gagner du terrain sur la concurrence. Qu’un conflit ouvert éclate à ce moment précis révèle les tensions sous-jacentes.

P.-S.

La suite à lire sur dijoncter.info.

Notes

[1Nous reprenons cette dénomination parce que c’est celles que les personnes concernées semblent utiliser pour se désigner.


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