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Publié le 23 février 2005 | Maj le 26 avril 2020 | 1 complément

Réclame et droit moral


A l’heure où nos médias bruissent de questions de "droits d’auteurs", de lutte contre le "piratage", il me semble bien étonnant que seul le silence accompagne la violation patente du droit moral des artistes que constitue la campagne de propagande des Hypermarchés Leclerc.

Sur nos murs, dans les panneaux de quatre mètres sur trois, sont reprises et détournée des affiches de l’Atelier Populaire au travers desquelles le géant de la distribution engage une campagne populiste pour étendre la domination de la grande distribution sur le monde économique.

M-E Leclerc plaidait ce matin sur France-Inter pour renforcer ce secteur au nom de la "résistance" aux concentrations des industriels, oubliant au passage le rôle des hypers dans l’écrasement des paysans, des artisans, des petits industriels,... au travers des "marges arrières". Au nom du libéralisme débridé, Leclerc s’oppose au gouvernement qui a décidé, sous la pression de réglementer. Et prend les consommateurs à témoin.

Quoi de mieux dès lors que de reprendre les images du dernier grand mouvement de dénonciation de l’Etat que fut Mai 68 ?

Le problème est que Mai 68 était aussi un grand mouvement de refus de la "société de consommation". Il y a évidemment une opposition frontale entre le sens des images produites par l’Atelier Populaire et celle de la campagne Leclerc.

En droit d’auteur, on appelle cela contrefaçon et violation du "droit moral", cette partie du droit d’auteur qui vise à protéger la volonté de l’auteur pour éviter les récupérations, détournements, et usages non autorisés de son oeuvre.

Mais que font la SACEM, les Sociétés de collecte des droits, les juristes si acharnés à dénoncer les "pirates de salon" et traîner les gamins en procès pour des téléchargement sur l’Internet ? Quelle complicités ont-ils pour abandonner le "droit moral" au profit de la marchandisation de toute la culture ?

Les oeuvres de l’Atelier Populaire sont volontairement "anonymes". Artistes, simples militants, agitateurs d’idées se relayaient dans l’Ecole des Beaux-Arts de Paris pour créer ces images qui trente ans après ont un pouvoir évocatif si fort. Même si on connaît quelques uns des animateurs de cet atelier, ses travaux appartiennent à la culture commune du mouvement de Mai et de ses suites.

Mais pas à Leclerc et ses histrions propagandistes !!!

« Protéger le marché, leur marché, leur supermarché, leur hypermarché »

Nous sommes devant une violation du "droit moral collectif", un statut spécifique que les peuples indigènes essaient de mettre en avant pour défendre leurs cultures et leurs connaissances, qui sont elles aussi collectives. De même que les paysans du monde qui défendent les semences fermières usent cette "propriété collective" pour refuser la "biopiraterie" (c’est-à-dire la capacité des sociétés commerciales à s’approprier les biens collectifs).

C’est aussi pour ces raisons globales qu’il est nécessaire de refuser cette manipulation marchande de l’esprit culturel et artistique des travaux de l’Atelier populaire. Il faut que Leclerc soit condamné, et que l’argent soit versé aux peuples indigènes qui luttent contre la biopiraterie. Là nous serions dans le droit fil de la générosité de l’Atelier Populaire.

Reste-il des participants de l’AP (j’étais trop jeune, mais j’aurais aimé, c’est sûr) pour mener ce combat ? Des qui ne se sont pas recyclés dans le service de l’industrie du mensonge et du formatage mental ?

Et si les associations qui héritent du mouvement, qui portent encore les espoirs de liberté que celui-ci fit souffler sur la France et le monde, pouvaient s’unir pour un tel procès contre la marchandisation de nos images collectives ?

Car s’il y a bien quelque chose qu’il faut défendre dans les changements nécessaires des droits de propriété intelectuelle, c’est bien le "droit moral" des créateurs, et la notion d’"oeuvre collective", de "biens communs de l’information".

Mais le silence assourdissant des médias sur cette violation des droits moraux collectifs des auteurs nous montre bien que ce ne sont ni les auteurs, ni la société que les causeurs veulent protéger, juste le marché, leur marché, leur supermarché, leur hypermarché. Et l’image d’un monde-marché complètement "immoral" avec lequel ils veulent nous formatter les tranches de cerveau.

Source :
http://www.davduf.net/article.php3?...
(trouvé sur Indymédia Liège)

P.-S.

PS : je me permets d’ajouter un commentaire :
L’information est interressante, mais combattre la propriété privé intellectuelle et s’en remettre au gardiens de cette propriété intellectuelle pour nous faire respecter ne rime pas à grand chose de crédible. Cela pose la question de comment on réagit, si on réagit, à la provoc de Leclerc. Le logo de cet article est déjà une réaction, alors pourquoi pas ?


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1 complément

  • Salut,
    s’il s’agit bien d’œuvres collectives (ou anonymes) qui sont détournées pour la campagne de publicité de Leclerc, elles tombent dans le domaine publique 70 ans après la première année de publication desdites œuvres.
    S’il s’agit d’œuvres de collaboration, il faut compter 70 ans après la mort du dernier survivant des artistes.
    Le droit au respect de l’œuvre devrait pouvoir s’appliquer, mais il est souvent usurpé, d’ailleurs les avocats de Leclerc doivent bien savoir ce qu’ils font.
    Qu’en est-il aujourd’hui de l’Atelier Populaire ?

    De plus la SACEM (Société de gestion collective des droits d’auteurs pour la musique) ne peut rien faire puisqu’il ne s’agit pas de son champ d’action.
    Au moins elle aura le mérite d’avoir assigné récemment Universal et son site e-compil.fr en justice pour la modique somme de 47000€...

    Il faudrait plus faire appel à la ADAGP (société française de gestion collective des droits d’auteur dans les arts visuels), mais encore où peut-on voir les affiches originales ?

    Franchement, en y regardant bien, (ces vrais que ces pubs attirent le regard, je comprend mieux pourquoi maintenant) oublions le logo et les slogans, regardons juste le graphisme, comme vous ignorez aussi facilement les publicités banales, putain ça en jette !!!

    Bonne initiative finalement, si les artistes se réappropriaient les panneaux publicitaires pour en faire des panneaux d’exposition...
    Vous imaginez des peintures de 4 m sur 3m ou des reproductions de la même taille dans toute la France ?

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