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COVID-19
Publié le 6 avril 2020 | Maj le 20 avril 2020

Le confinement, la « guerre » et nos vies


Un nouveau texte dans la boîte aux lettres de Couac. En forme de coup de gueule et d’interrogation sur nos vies parfois étriquées en période de confinement... voire en temps normal.

Lundi 16 mars 2020, monsieur Macron, président de la République, a annoncé que nous sommes en guerre.

« Nous sommes en guerre contre le virus », « nous sommes en guerre contre le Corona », « nous sommes en guerre contre une crise sanitaire », « nous sommes en guerre contre une pandémie », « nous sommes en guerre ».

Six fois. On a bien compris.
Par contre, le mot confinement, les amendes et leurs montants, on laisse ça au premier ministre.
On fait bien flipper les gens et ensuite on leur explique que s’ils sortent de chez elleux, faudra aligner.
Ça fait du bruit.

C’est les vacances pour certain.e.s, la galère pour d’autres.
Certaines sont confinées, seules, dans leur 9m2. D’autres ont pris leurs dispositions pour se barrer et faire une fête sans fin avec les potes, au milieu d’un trou perdu. Là , où, normalement, faire trois pas dans l’herbe ne mérite pas 135 euros d’amende.
Je les comprends les mesures, faut sanctionner, sinon on va pas se tenir. On est des humains, on a besoin de voir le soleil, de voir les copaines, de sortir dehors même sans raison précise. On a besoin d’aller boire une bière après le taf. On a besoin d’y aller au taf, parce que finalement le taf c’est bien. Ou pas. Juste une distraction. Cool pour les uns, pourrie pour les autres. Ça nous prend du temps parce que la vie c’est long, et qu’on sait de moins en moins quoi en faire, de ce truc qui dure en moyenne 80 ans.

Alors on est confiné.e et, pour la plupart d’entre nous, on ne sait pas quoi foutre.
Ben oui, on va au boulot, on va au bar après, on rentre, on mange, on dort. Je suis sûre que pour certains cas il se passe plus de choses dans la tête d’un nouveau-né qui découvre le monde que dans celle d’un quarantenaire usant sa routine jusqu’au bout.

C’est là aussi qu’on se rend compte à quel point on a besoin des autres. Ne voir personne ? Tranquille, ça va le faire, moi je suis quelqu’une de solitaire, la solitude j’aime ça. Et au bout de quatre jours, j’en peux plus, je veux voir des gens, je veux avoir une conversation avec quelqu’un-e d’autre que mon chat ou ma plante verte.
C’est assez drôle aussi, comme l’humain peut faire preuve d’esprit de contradiction. Quand on nous oblige au confinement, on trouve toutes les excuses du monde pour être dehors. Quand on est libre d’aller et venir, il en faut souvent beaucoup pour nous faire décaler les fesses du canapé.

Ah l’humain, l’humain qui ne supporte plus et ne supportera jamais plus la frustration si on continue dans ce sens.
Cet humain qui veut toujours faire l’opposé de ce qui est recommandé, de ce qui est décidé, de ce qui est défini. Parce qu’il ne comprend pas, parce que rien ne va, parce qu’il ne décide pas.

J’espère que cette période de confinement va rendre les gens fous. Fous face à la vision de leur vie. Peut-être que nous allons nous transformer, évoluer. Même si je crois que l’humain devrait se calmer sur l’évolution et se rappeler du point de départ.

Bon, alors, maintenant on fait quoi ?

On s’emmerde ? On bouquine, on écrit, on chante, on mate des séries ?
Aujourd’hui, dans les rues de Saint-Étienne, on pouvait entendre les bruits des perceuses et des marteaux. On a dû prendre le temps de regarder chez nous, de voir ce que nous n’avions jamais fini, voire jamais commencé. Le bruit s’est arrêté. L’ouvrage doit être terminé. Il y a bien une fissure dans le plafond à reboucher, ou une porte qui grince depuis 5 ans qu’il faut huiler, mais après ?

Télé. Télétravail. Réseaux. Podcasts. Tâches à accomplir. Pour les autres. Ou pour on ne sait qui.

J’en ai plein des choses à faire, mais dans un mois ou deux mois, je vais faire quoi si j’ai déjà préparé les programmes du centre de loisirs jusqu’à la rentrée ? Je vais faire quoi quand j’aurai fini d’écrire ce que j’ai dans la tête ?

Ok, je pourrais sortir, mais une fois que j’aurais suffisamment bu et fumé, que je n’aurais plus un rond sur mon compte et que j’aurais des courbatures partout parce que je serais allée faire 20 bornes de marche le dimanche, je vais faire quoi ?

On n’a jamais le temps pour rien. On fait toujours la gueule parce qu’on se retrouve comme des connes, les bras ballants devant notre to-do list qui se rallonge un peu plus tous les jours et quand, enfin, le temps on l’a, on a peur du vide.

Moi, je suis perdue. Je ne sais plus quoi ni comment penser. Des fois je me réjouis. Des fois je suis au bout de ma vie.


Proposé par Couac
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