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ITALIE   COVID-19
Publié le 29 octobre 2020 | Maj le 10 novembre 2020

La colère sociale explose à Naples et dans toute l’Italie contre l’hypothèse d’un nouveau confinement


Nous publions deux traductions d’articles. Le premier publié sur contretemps.eu explique la situation à Naples, première ville italienne à avoir manifesté contre le couvre feu imposé par le gouvernement. Le deuxième publié sur acta.zone revient essentiellement sur la situation à Turin et à Milan.

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Vendredi soir 23 octobre à Naples, après l’hypothèse d’un nouveau confinement annoncé dans l’après-midi par le président de la région en direct sur facebook, une manifestation s’est tenue contre les conséquences de la profonde crise sociale que vit la classe ouvrière en Italie. Des centaines de personnes ont manifesté pour contester le couvre-feu de 23 heures et ont affronté la police.

Cette manifestation a fini par faire la Une des journaux, en Italie et à l’étranger, surtout pour les scènes de « violence ». De nombreuses manifestations sociales ont eu lieu depuis la fin du premier confinement le 4 mai, mais qu’est-ce qui se cache derrière les premières émeutes « violentes » de masse de la deuxième vague de la pandémie de coronavirus et que pouvons-nous apprendre d’elles ?

Début juillet 2020, la ministre de l’intérieur Luciana Lamorgese, invitée d’Agorà – une émission de la Rai (télévision nationale) – s’inquiétait en ces termes des effets de la crise économique et sociale que l’Italie connaissait après la première vague de l’urgence sanitaire : « Le risque d’un automne chaud est concret, car en septembre nous verrons les effets de cette période de grave crise économique qui a touché les entreprises. Nous voyons des magasins fermés, nous voyons des citoyens qui ne peuvent pas subvenir à leurs besoins quotidiens. Le gouvernement a essayé de répondre à ces exigences et à ces demandes, mais le risque d’un automne chaud est concret. » Les manifestations qui ont explosé à Naples ces deux derniers jours confirment-elles donc les craintes de la ministre Lamorgese ? Mais procédons par étapes.

De la pandémie sanitaire à la pandémie sociale

Les manifestations à Naples se sont déroulées dans un contexte social spécifique. La première vague de la pandémie de coronavirus a mis en évidence la profondeur des contradictions économiques, sociales et politiques en Italie et l’incapacité du gouvernement à répondre aux besoins sanitaires et sociaux les plus fondamentaux. Les particularités du tissu productif italien – pourcentage élevé de travailleurs indépendants, travail non déclaré répandu surtout dans le Sud du pays, faible taux d’emploi des femmes et des jeunes – ont eu pour effet qu’une partie importante de la classe ouvrière est restée exclue des mesures sociales du gouvernement mais aussi que ces dernières se sont révélées insuffisantes. En conséquence, le verrouillage imposé pendant les trois premiers mois de la crise a entraîné l’appauvrissement de larges pans de la population. Les estimations sont de plus d’un million de nouveaux pauvres causés suite à la perte de l’emploi et au manque de mesures sociales destinées aux couches les plus faibles de la population. La plus forte augmentation du nombre de personnes pauvres liée à la crise provoquée par les mesures de lutte contre le coronavirus se situe dans le Sud (+20% en Campanie, +14% en Calabre, +11% en Sicile). Une région qu’Eurostat définit comme l’une des plus pauvres de tout le continent européen.

Que la Campanie était une poudrière sociale, on le savait déjà avant le coronavirus. Le chômage des jeunes atteint 50% des personnes entre 16 et 34 ans, les bénéficiaires du revenu de citoyenneté (une sorte d’aide sociale pour les personnes touchées par la pauvreté) sont environ 700 000, 20% du PIB est constitué de travail non déclaré et informel et dans 7 contrôles sur 10, l’inspection du travail identifie des violations liées au droit du travail. À mesure que la crise s’aggrave, le tissu social se modifie. En l’absence d’un revenu d’urgence et de mesures sociales adéquates qui remettent sérieusement en cause la logique de marché qui prévalait d’avant la crise, y compris en ce qui concerne les retraites, la réponse d’urgence à l’aggravation de la pauvreté est souvent venue des réseaux de mutualisme (structures d’aide matérielle réciproque organisées par des associations sociales et politiques) et de solidarité par en bas.

La deuxième vague

On savait que la pandémie continuerait à se propager et les experts suggéraient qu’il fallait se préparer à une reprise de la contagion d’ici la fin de l’été. Le gouvernement aurait dû donner la priorité aux dépenses de santé, équiper les établissements du personnel nécessaire et augmenter le nombre de places en soins intensifs. Cela ne s’est pas produit. L’augmentation des contagions atteint aujourd’hui constamment des nombres à cinq chiffres (+19 644 cas rien que pour le samedi 24 octobre) et remet sérieusement en question la stabilité de l’ensemble du système de santé, en particulier dans les régions qui, ces dernières années, ont fortement réduit leurs dépenses de santé, fermé des hôpitaux entiers et transféré la gestion des soins de santé au secteur privé. Ce qui est inquiétant, c’est l’augmentation du nombre de patients hospitalisés présentant des symptômes (+738 le 24 octobre dernier) et de ceux qui sont en soins intensifs (+79 pour atteindre 1 128) et l’épuisement des places disponibles.

La Campanie est l’une des régions les plus touchées par cette deuxième vague du virus. Les infections sont d’environ 2000 cas par jour, des chiffres jamais vus pendant la première phase où, dans la période la plus aiguë, il n’y en avait que quelques centaines. Et c’est précisément dans ce contexte sanitaire que le président de la région Vincenzo De Luca a annoncé, dans son Facebook direct habituel, des mesures drastiques : couvre-feu à partir de 23 heures dans toute la région, interdiction de se déplacer entre les provinces sauf en cas de besoins avérés, et demande au gouvernement Conte d’un nouveau verrouillage pendant au moins un mois à partir du lundi suivant. Ce qu’il n’a cependant pas expliqué, c’est avec quelles mesures sociales il entendait répondre aux besoins économiques de centaines de milliers de travailleurs, commerçants, indépendants et travailleurs précaires qui perdraient leurs revenus pour la deuxième fois en quelques mois avec un deuxième confinement. L’association caritative catholique Caritas avait présenté quelques jours auparavant les résultats de ses recherches sur l’augmentation de la pauvreté en Italie : le point commun de tous les « nouveaux pauvres » est le fait qu’ils ne disposent pas d’économies pour faire face aux dépenses quotidiennes en l’absence de revenus pendant plus de trois mois. Et c’est précisément cette dernière annonce de De Luca qui a déclenché la colère de milliers de citoyens dans la nuit du vendredi 23 octobre à Naples.

Qui est derrière les protestations sociales ?

La colère exprimée par les protestations a touché tout le monde et même les médias étrangers ont dû parler de la manifestation avec des affrontements et des arrestations. Du maire de Naples, Luigi De Magistris, au président de région De Luca, en passant par les représentants du gouvernement central, tous ont commenté à l’unisson les scènes de la nuit comme des « actions criminelles organisées par des ultras, la camorra et les fascistes ». Ainsi, les politiciens et les médias nationaux se sont comportés comme les pires complotistes, ignorant les causes sociales des protestations et les délégitimant par le recours aux pires stéréotypes à l’encontre les méridionaux.

La participation aux manifestations de vendredi était large et complexe. Les petits commerçants, les travailleurs indépendants, les artisans et les travailleurs informels sont descendus dans la rue. Ils se sont mobilisés parce que l’endettement de ces catégories sociales est plus important, parce que les services sociaux qui leur sont destinés sont très mauvais et qu’ils ont donc moins confiance dans les institutions publiques. Dans le contexte napolitain, ces catégories sociales entretiennent également une plus grande proximité et un plus grand échange avec le sous-prolétariat (ceux qui vivent en marge de la société, d’expédients, des petits circuits criminels) et la petite bourgeoisie (ceux qui possèdent des moyens de production autonomes) : ils passent souvent d’une catégorie à l’autre, tout en maintenant cet enracinement social et une certaine aptitude au conflit. Avec la crise actuelle, ces groupes sociaux ont vu leur statut décliner plus rapidement, une baisse ruineuse surtout au vu du boom touristique qui a touché la ville ces dernières années.

Il est évident qu’il y a de tout dans la petite bourgeoisie, de l’homme d’affaires « honnête » qui, avec un salaire modeste, ne parvient pas à faire vivre sa famille, à l’entrepreneur qui récolte 15 000 euros la nuit en faisant travailler ses employés dans l’illégalité. Néanmoins, dans cette manifestation, il y avait aussi des travailleurs au noir et des gens qui dirigent une entreprise familiale, ainsi que leurs amis du quartier au chômage, épuisés par mille difficultés quotidiennes.

La plupart d’entre eux ont raison de protester car, bien que tout le monde ait su que la deuxième vague allait frapper fort, De Luca et le gouvernement n’ont rien fait ces derniers mois pour empêcher l’aggravation de la crise sanitaire et sociale. Les protestations ont été fortes tout d’abord parce qu’au cours des mois écoulés, les économies ont été dépensées, la faim a augmenté et l’exaspération psychologique s’est accrue. Aujourd’hui, la prédisposition de la population à l’enfermement n’est pas celle du 9 mars. De larges pans de la société ne peuvent tolérer de nouvelles restrictions en raison de l’inefficacité d’une classe politique qui n’a pu éviter ce désastre social et sanitaire. Si en mars, le gouvernement national avait alloué des fonds pour des mesures sociales, il a maintenant fait savoir clairement qu’il n’y a pas d’argent. Alors que le président de la région de Campanie De Luca, avait saupoudré des fonds à l’approche des élections régionales de fin septembre, il n’a maintenant plus rien mis sur la table. « Vous nous fermez, vous nous payez » est un résumé de ce que la manifestation a demandé.

La violence est l’expression de la profondeur de la crise et des contradictions qui pèsent sur la composition sociale qui a participé à la mobilisation de vendredi. La tension accumulée par le poids des conséquences de la crise a explosé sous la menace d’un nouveau confinement. Alors que les commentateurs médiatiques s’évertuent à condamner la violence, la seule réponse qui aurait du sens serait d’organiser un plan extraordinaire de restructuration majeure de la santé publique, incluant des activités préventives sérieuses au contact des territoires, tout en l’associant à des mesures de soutien économique pour les travailleurs et les segments sociaux les plus touchés par les mesures restrictives.

La menace d’un nouveau confinement nous montre que nos dirigeants sont conscients qu’ils sont hors-délais pour prendre des mesures préventives. Le personnel hospitalier nous confirme que nous sommes à un pas de la crise sanitaire. Mais comment pouvons-nous accepter passivement la condition de devoir choisir de quelle mort mourir ? Du Covid dans les hôpitaux désormais pleins avec un personnel soignant épuisé ou de misère et de dettes ?

Article publié sur le site de contretemps.eu.

Couvre-feu : l’Italie s’embrase

Partie de Naples, la vague de révolte populaire contre les nouvelles mesures de couvre-feu et la gestion gouvernementale de la crise sanitaire s’est étendue à plusieurs autres villes d’Italie. Des émeutes ont ainsi éclaté à Turin, Milan, Rome ou encore Trieste. Nous avons traduit deux textes, l’un de nos camarades d’Infoaut, l’autre du collectif Milano in Movimento, revenant à chaud sur les affrontements qui ont embrasé Turin et Milan dans la nuit de lundi à mardi. Il en ressort notamment une composition sociale hétérogène et contradictoire, dont la disponibilité à l’antagonisme se cherche encore une articulation stratégique.

Nuit de rage à Turin

La nuit qui vient de s’écouler a été marquée par un niveau de mobilisation et de conflictualité diffuse à travers le territoire que l’on n’avait pas vu depuis longtemps.

De Milan à Naples, de Turin à Trieste, de Cosenza à Terni, des milliers de personnes sont descendues dans la rue en réponse au nouveau décret ministériel. Des foules extrêmement composites, pleines de contradictions, qui donnaient le sentiment qu’un bouchon avait explosé, qu’une médiation s’était consumée. La médiation consistait à accepter les contraintes du premier confinement au profit d’un bien supérieur : la santé collective de la société. Se priver à juste titre d’une partie des libertés individuelles (ainsi que d’une partie importante de ses revenus) pour défendre sa propre santé et celle des autres. Cette médiation a tenu jusqu’à l’apparition de la deuxième vague et jusqu’à la découverte soudaine (malgré plusieurs signes) que rien n’avait changé depuis le confinement. Le « rien ne sera plus comme avant », affiché pendant des mois à la télévision et dans les journaux, était en fait un mensonge. Tout est resté identique, les seuls intérêts protégés ont été ceux de la Confindustria, tandis que peu, sinon rien, n’a été fait pour les chômeurs, les travailleurs, la ligne de front engagée dans la bataille au sein des hôpitaux, et bien d’autres catégories qui ont vu leur conditions économiques et sociales s’aggraver avec la crise. Dans cet intervalle, dans ce « rien n’est allé comme il fallait », a mûri une grande colère pleine de contradictions et d’ambiguïtés.

Cette colère a explosé comme une cocotte-minute sans soupape. L’absence, dans la crise, de soutien au revenu comme de toute protection adéquate a été le détonateur.

À Turin, deux manifestations exprimaient cette colère, de manières différentes. D’un côté la piazza Vittorio où se concentraient les commerçants et les restaurateurs, de l’autre la piazza Castello où l’on trouvait une composition beaucoup plus hétérogène : ultras, jeunes prolétaires métropolitains de la banlieue, secondes générations d’immigrés, employés de la restauration et du spectacle.

Dix minutes avant le début du rassemblement officiel sur la Piazza Castello, les premiers affrontements avaient déjà eu lieu. La police est intervenue immédiatement et brutalement devant les premiers pétards et fumigènes. La charge a repoussé les manifestants vers Via Roma et Via Cernaia, où les affrontements se sont poursuivis pendant plusieurs heures avec une intensité et une détermination croissantes. Si au début l’antagonisme semblait dirigé contre le siège de la Région, face à la gestion confuse de la préfecture les affrontements se sont multipliés et se sont concentrés sur les cordons de police et de carabiniers, ainsi que sur les vitrines des avenues commerçantes.

Entre-temps, après quelques moments de tension y compris sur une Piazza Vittorio complètement verrouillée par la police, a commencé le long meeting des commerçants et des restaurateurs. Les interventions sont variées, mais beaucoup insistent sur la « liberté de pouvoir travailler ». Ici, les intérêts sont plus clairs et plus homogènes, le discours qui donne le ton est celui des petits entrepreneurs en détresse. Hormis de rares interventions plaçant le problème à une autre échelle, comme celle qui met ouvertement en accusation le néolibéralisme, les autres identifient le gouvernement Conte comme leur adversaire et suivent la dynamique des commerçants qui peut difficilement parler aux compositions moins proches de celles qui sont majoritaires sur cette place. Le va-et-vient entre les deux places est constant : ceux qui, pour échapper aux gaz lacrymogènes, se joignent au rassemblement de la Piazza Vittorio, ceux qui, par ennui ou par curiosité, regardent vers l’autre place.

L’impression que l’on a est que les deux événements se déroulent en partie indépendamment l’un de l’autre, que sur la Piazza Vittorio se trouve le corps politique de la manifestation, celui qui a clairement ses objectifs, sa position de classe et ses revendications corporatives, alors qu’on trouve sur la Piazza Castello une composition plus magmatique, variée, n’ayant pas les mots appropriés ni les revendications adéquates pour exprimer sa colère, pour la transformer en fait politique. Les (rares) paroles sont donc empruntées aux autres.

Des jeunes des banlieues, des travailleurs de la restauration descendus dans la rue en tablier, des chômeurs et des ultras qui interprètent l’espace ouvert par les commerçants comme une opportunité pour exprimer leur colère, pure, sans pouvoir l’articuler, car alors c’est l’autre place qui, matériellement, parle, qui les parle, qui occupe la scène et attire les caméras en ce qui concerne le discours public.
Le message fort des jeunes de la Piazza Castello ressort plus fidèlement dans l’image de la vitrine brisée de Gucci, dans le revers de la réalisation par la consommation, dans l’appropriation de la richesse. Au cours de cette scène mineure se manifeste l’antagonisme inconscient entre les intérêts des différentes compositions qui se trouvent aux mêmes endroits mais ne marchent pas ensemble.

C’est l’alliance de notre époque, une alliance entre des gens hostiles dont la rupture n’est pas encore arrivée à maturité, parce que tout simplement il ne semble pas y avoir d’autres options, d’autres possibilités qui soient en capacité de féconder réellement cette volonté de conflit, de donner des perspectives crédibles d’opposition à ceux qui vivent à cinq dans soixante mètres carrés, avec un seul salaire (quand les choses vont bien). L’alliance entre les « non garantis » et la classe moyenne qui a investi sur elle-même et qui, désormais, souffre. De l’autre côté il y a les grandes entreprises, la Confindustria, il y a le grand capital qui, pour continuer à prospérer, doit soustraire des possibilités aux premiers comme aux seconds. À la fenêtre se trouve la partie supérieure de la classe, ces prolétaires qui ont encore la « possibilité » d’espérer que le tremblement de terre à l’horizon ne soit pas si terrible, mais qui, ces derniers mois, ont manifesté de premiers signes d’impatience. Que faire alors dans ce contexte ?

Nous n’avons pas de certitudes, nous savons très bien que pour construire des réponses il est nécessaire de vivre la réalité qui est devant nous, d’en connaître les contradictions et de penser à des itinéraires qui bouleversent matériellement les structures et les contextes actuels, dans la perspective que la phase plus générale que nous vivons, celle d’une pandémie qui fait ressortir toute la violence de ce système opposant la santé à la possibilité du revenu, permettra de mieux préciser les prochaines étapes.

Infoaut

Affrontements à Milan : « on a l’impression d’être au zoo »

Beaucoup a été dit et sera écrit sur la manifestation sauvage d’hier à Milan. Souvent de manière inappropriée.

Il suffirait de lire le communiqué de la Préfecture de Milan ce matin sur les 28 personnes arrêtées (accusées de dégradations et de violences à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique) suite aux affrontements pour mieux cibler les choses. Sur ces 28 personnes, 13 sont des mineurs. 18 sont italiens et 10 d’origine étrangère. Certains d’entre eux ont un petit casier judiciaire.

Cela permettrait déjà de déconstruire l’analyse (du clavier) dominante qui évoque une manif aux mains des fascistes et des criminels.

Mais laissons parler quelqu’un qui y était et qui en sait quelque chose sur les dynamiques de rue. Voici les données fondamentales qui émergent :

Un cortège très jeune et énervé, prêt à « foutre le bordel » et à « lancer un cri de colère ».

Beaucoup d’immigrés de deuxième génération.

Désorganisation au sommet et spontanéité à balle.

Un fort désir de recommencer.

Les fascistes étaient invisibles, et s’ils étaient là, ils étaient bien camouflés et ultra-minoritaires.

Bien sûr, il s’agit d’une manif loin de nos schémas organisationnels et mentaux. On pourrait la définir comme une manif iconoclaste, que beaucoup perçoivent aujourd’hui comme « martienne », précisément parce que, peut-être, ils connaissent mal une certaine agrégation juvénile, informelle et métropolitaine, de Milan.

Mais ce n’est pas pour autant que tout cela est à vouer au mépris et au pilori (y compris judiciaire).

Peut-être que ceux qui se disent de gauche devraient au moins avoir la curiosité intellectuelle de comprendre ce qu’il se passe dans les rues – ces endroits qu’ils visitent évidemment peu.

Car en réalité, c’est le Milan des rues et des bandes qui est descendu manifester. D’ailleurs, pour le comprendre, nous vous invitons à lire le texte lucide de Roberto Maggioni de Radio Popolare qui, plus que beaucoup d’autres, semble avoir compris la véritable nature de l’émeute d’hier.

Une dynamique métropolitaine donc, très proche de celle si mythique des banlieues parisiennes ou de la révolte de Londres en 2011.

Nombreux sont ceux qui seront mis à genoux par cette deuxième vague épidémique, surtout parmi les invisibles, c’est-à-dire ceux qui travaillent (et ils sont nombreux) au noir, ceux qui vivent de l’économie informelle et ceux qui sont précaires. Un monde sans paroles et sans représentation qui n’a pas reçu et ne recevra même pas un demi euro du gouvernement.

Il convient de mentionner le comportement de la police milanaise qui a géré en « mode Expo », n’étant pas présente ni sur la place de départ ni durant le parcours, mais observant par l’arrière pour se présenter devant le siège de la Région en faisant usage de gaz lacrymogènes, puis en opérant une demi-charge pour disperser les manifestants et les poursuivre lentement jusqu’au Corso Buenos Aires.

Milano in movimento

Article publié sur acta.zone


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