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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 7 décembre 2018 | Maj le 25 avril 2020

Etudiants étrangers et université Saint-Étienne – Lyon : l’excellence de l’exclusion


Lundi 19 novembre, Edouard Philippe informait de l’intention du gouvernement de relever les droits d’inscription des nouveaux étudiants extra-européens à 2 800 euros en licence et 3 800 euros en master. Cette annonce a été faite dans le cadre d’un programme au nom cynique intitulé : « Bienvenue en France ». Quelques jours auparavant, des représentants de l’Université de Lyon (UdL) – dans laquelle l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne va être dissoute au 1er janvier 2020 – faisaient preuve de moins de scrupules encore : l’objectif est de porter ces frais à 4 500 euros pour les masters, les licences étant vraisemblablement promises au même sort [1].

Le pôle universitaire Saint-Étienne – Lyon, avant garde de la restructuration néolibérale de l’enseignement supérieur

L’annonce s’inscrit dans la stratégie visant à bâtir un « site académique d’excellence à vocation mondiale » sur le site Saint-Étienne – Lyon [2]. Celle-ci passe par la restructuration des établissements universitaires [3], mais aussi par la volonté de placer ce nouvel ensemble dans la compétition internationale pour attirer des étudiants étrangers. Et selon ses promoteurs, l’augmentation des frais d’inscription serait dans ce cadre absolument nécessaire – un montant élevé serait perçu comme un gage de qualité par les étudiants étrangers. La même rhétorique sera reprise quelques jours plus tard par le chef de gouvernement.
Cette mesure – qui sur le site Saint-Étienne / Lyon conduirait à une multiplication par 18 des frais actuels – est profondément injuste. Rappelons que les étudiants étrangers, souvent originaires de pays au niveau de vie inférieur à la France, sont à l’heure actuelle exclus de l’accès aux bourses et l’ouverture de bourses qui leur seraient dédiées, promise par le Premier Ministre, ne permettrait en réalité qu’à 4% d’entre eux d’obtenir une aide [4]. Une telle explosion des frais d’inscription aurait donc à l’évidence un effet immédiat d’exclusion des moins fortunés. Les dirigeants de l’UdL le reconnaissent d’ailleurs sans ambages : la cible est le public anglophone, principalement des États-Unis et du Canada, ensuite de l’Australie et de la Chine, pour qui « si c’est cher c’est que c’est bien ». Les étudiants africains notamment ne constituent pas une clientèle à la hauteur de l’excellence du projet universitaire de l’Idex.

Vers une augmentation générale des frais d’inscription

L’annonce a valeur de test. Le procédé relève typiquement de la stratégie exprimée par un conseiller d’Emmanuel Macron sur les questions d’éducation dans un rapport publié fin 2016 : avancer de manière dissimulée pour ne pas cristalliser les tensions, en proclamant la liberté de choix, en substituant par exemple les mots « ouverture et diversité » à « concurrence et excellence » [5]. L’auteur du rapport préconisait d’ailleurs une hausse des frais d’inscription pour tous à 4000-8000 euros par an voire davantage, en permettant aux établissements de fixer le montant qu’ils souhaitent imposer.
De fait, c’est cette hausse des frais d’inscription pour tous qui se préfigure. Fin novembre, la Cour des comptes sort un rapport dans lequel elle plaide en faveur d’une augmentation générale des frais d’inscription en arguant du péril que ferait porter la faiblesse des montants actuels sur la capacité de financement des établissements universitaires [6].

Et les études supérieures deviennent un marché...

L’augmentation des droits d’inscription vise en fin de compte à créer un marché du financement de l’inscription à l’université sur lequel les banques pourront se positionner en proposant leurs services d’endettement [7]. Là aussi la stratégie était annoncée par l’auteur du rapport publié en 2016 :

Il faut sans doute que le prêteur à l’étudiant [c’est-à-dire la banque] devienne un créancier privilégié. Il faut que l’Etat, les services fiscaux, acceptent de sécuriser ces crédits d’une certaine manière (au besoin en reprenant les crédits à problèmes). Nous vivons pour quelques années dans une période de taux d‘intérêt historiquement bas : il faut en profiter pour faire démarrer ce système. [8]

L’objectif est donc de transférer la prise en charge par la collectivité de la formation à travers l’accès à l’université (même si celui-ci n’est évidemment pas exempt de biais de sélection) à la garantie par la collectivité des actifs des banques. Et le gouvernement ainsi que les dirigeants de l’Université de Lyon ont manifestement considéré que le contexte était opportun pour s’engager dans la sélection de l’entrée à l’université par l’argent et la financiarisation des études supérieures. Alors que l’annonce du Premier Ministre a déclenché des mobilisations – des rassemblement ont été organisés dans différentes villes le 1er décembre à l’initiative notamment de syndicats d’étudiants étrangers, des établissements universitaires se sont ouvertement opposés à ce projet [9] –, pour l’instant le projet de l’UdL n’a fait l’objet d’aucune remise en cause…

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