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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 22 août 2019 | Maj le 25 avril 2020

Code du policier de l’espace à Saint-Étienne


Article 1.

Comme partout ailleurs, les policiers de l’espace – autrement dit aménageurs, urbanistes, architectes et designers – travailleront main dans la main avec les autres services de police et de renseignement. Ceci afin de limiter au maximum l’utilisation de l’espace public, en particulier par les plus pauvres. En tant que capitale du design, Saint-Étienne se doit d’être un modèle de Smart City. Le numérique dans tous les aspects de la ville devra permettre la sécurisation totale. C’est pourquoi nous devrons œuvrer avec le secteur associatif et les start-up locales.

Article 2.

Les pauvres sont dangereux. Les projets d’aménagement visent donc à attirer les classes moyennes et riches pour les remplacer. Cela passe par la transformation des commerces pour une offre inaccessible aux plus pauvres, par l’augmentation des loyers après rénovation, par l’encouragement d’initiatives privées pour la construction de résidences de luxe.

Article 3.

Une attention particulière sera portée à l’absence de groupes de jeunes dans le centre-ville. En effet, les jeunes sont bruyants et malpolis – notamment ceux portant des joggings et des casquettes.
Pour cela, les skateparks, city-stades et autres équipements de loisirs risquant d’attirer les bandes de jeunes y sont interdits.

Article 4.

Nous multiplierons les initiatives visant à rendre invisibles les sans-abris, les précaires, les personnes hors-normes en centre-ville. À ce titre, les arrêtés du 1er avril 2015 et du 23 mai 2016 devront servir d’exemples. Ils interdisaient, entre autres : les nuisances sonores, la récupération, le chiffonnage, la consommation de boissons alcoolisées, le regroupement de plus de deux chiens effectuant une ou plusieurs stations couchées, les occupations abusives de l’espace public lorsqu’elles sont de nature à entraver la libre circulation des personnes ou bien de porter atteinte à la tranquillité, au bon ordre et à l’hygiène publique… L’attention sera portée sur la formulation de ces règlements afin de ne pas utiliser le mot « pauvre » par exemple, sans pour autant devoir cacher nos intentions. La biennale du Design trouve ici tout son intérêt. Nous l’avons déjà utilisée comme raison de l’élimination de certaines populations dans l’espace public. Faisons croire que c’est par son existence qu’elle est utilisée dans les arrêtés comme l’une des causes de ceux-ci. Plus clairement : les pauvres donnent une mauvaise image de la ville aux touristes internationaux qui consomment dans le centre.

Article 5.

La vidéosurveillance sera systématisée à tous les quartiers. À ce titre, comme dans tout type d’actions sécuritaires, le stade servira de laboratoire expérimental, sans retenue sur les dépenses occasionnées. 995 600 euros sont ainsi attribués à l’installation de 239 nouvelles caméras à Geoffroy Guichard. Et puisque nous avons la prétention de faire de Saint-Étienne la capitale française de la Safe City (grâce notamment à l’installation des ateliers Google [1]), nous investissons dans des caméras dernière génération qui permettront de suivre les individus suspects dans toute l’enceinte du stade.

Article 6.

Nous devrons même aller plus loin en proposant des innovations nationales dans le domaine de la surveillance. Comme avec le projet SOFT de la start-up Sérénicity, nous devrons contrôler toutes les dimensions de la vie dans l’espace public.

Article 7.

Les murs resteront propres. Au moins 150 000 euros par an pourront être investis pour effacer toutes les inscriptions, à l’exception de celles qui valent de l’argent. À l’occasion, nous pourrons utiliser des graffeurs et la sympathie qu’ils dégagent dans les milieux de centre-gauche. L’initiative bénévole d’ONI qui a réalisé une fresque dénonçant le vandalisme en est un parfait exemple.

Article 8.

Si de nouveaux espaces publics apparaissent avec la destruction de bâtiments, ils seront fermés, comme à l’angle de la rue Michel Rondet et de la rue Tarentaize. Des installations design permettront de légitimer cette fermeture. Les petites cabanes à oiseaux blanches laissent penser que l’aménagement est fait pour la protection de la nature.

Article 9.

Pour faire croire que nos décisions viennent des habitants eux-mêmes, nous organiserons des balades exploratoires, des réunions de concertation... Les points cités ci-dessus en seront les conclusions. La surveillance ne sera donc pas vécue comme sécuritaire mais comme une obligation pour le respect des droits.

Article 10.

Dans ce cadre, la délation (nommée ici participation citoyenne) sera encouragée : voisins vigilants, application MobiliSE de GooglePlay…

Article 11.

Petit à petit, tous les usages de l’espace public autres que consuméristes devront être supprimés de l’espace public. L’installation de grandes infrastructures (comme un tramway par exemple) servira au nettoyage de quartiers entiers.

P.-S.

Cet article est extrait du Journal du Carnaval qui a été publié en mars 2019 à l’occasion du carnaval de l’Inutile.

Notes


Proposé par Carnavaal
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