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Publié le 28 août 2023 | Maj le 30 août 2023

Zbeule ton contrôle policier


Incontournables de beaucoup de rendez-vous de lutte, des points de contrôles policiers en amont gâchent l’ambiance. Il est intéressant de trouver des stratégies pour diminuer cet outil de l’État ou s’en protéger collectivement. On n’abordera pas ici les stratégies individuelles pour contourner ces contrôles (ne pas prendre les routes principales où y a des contrôles, utiliser des voitures qui « passent bien », avoir de bonnes excuses crédibles, etc). Ce texte retrace des expériences qu’on a pu mettre en pratique ou qu’on a imaginées qui a pu marcher plus ou moins bien.

Mis en ligne le 15 juillet 2023 sur infokiosques.net

Pourquoi trouver des stratégies pour empêcher / perturber des points de contrôle ?

– Parce que ce sont des moments de fichages importants, qui servent à identifier les participant.es de ces luttes. Ce fichage sert parfois, notamment sur les personnes qui se font contrôler régulièrement à des luttes, à cibler des personnes dans des instructions ou enquêtes judiciaires lourdes ou à transmettre des interdictions de manifestations. Il sert dans tous les cas à faire du profilage, et permet aussi de savoir qui circule avec qui.
– Car c’est un moment de tri qui n’est pas égalitaire, ou certaines personnes risquent plus de se faire arrêter ou malmener que d’autres (car elle se trouve dans un fichier de police tel que le Fichier des Personnes Recherchés – FPR comme c’est le cas pour 600 000 personnes - ou car c’est une personne avec le mauvais faciès, sans papier, racisée ou encore une personne mineure non accompagnée, etc), ou que le véhicule n’étant pas en règle se retrouve amendé ou à la fourrière. Ces contrôles peuvent occasionner des arrestations préventives, ou des procès en cas de transport de certains produits, ou de montée de tensions pendant le contrôle.
– Pour éviter de se faire voler du matériel de protection (masque, matos de medic, occasionnant plus de risques d’être blessé.es en manif), offensif, personnel ou coûteux (oups les bouteilles de gaz pleines de la cantine).
– Pour éviter des espaces de potentielles agressions sexistes, racistes, transphobes, classistes de la part des keufs sur les personnes contrôlées.
– Annoncé, ça peut faire en sorte que certaines personnes n’osent pas venir à l’évènement, ou ne prennent pas leur équipement. Pour les évènements à public ouvert, les flics peuvent dissuader des gens d’y aller (« Ah mais vous savez pas ? L’évènement a été annulé » ⇒ mensonge de keufs déjà vu).
– Parce que c’est pas satisfaisant de passer sans se faire contrôler. Si la boule au cœur qu’on ressent part immédiatement, ça leur laisse toute la disponibilité pour contrôler la voiture d’un.e camarade plus loin.
– Parce que c’est toujours mieux d’avoir un accompagnement collectif et de ne pas être seul.e face à des outils de répression et d’intimidation. Pour toutes ces raisons et bien d’autres il y a une nécessité de prendre cela en charge, en fonction des stratégies soit directement par les orgas de l’évènement, soit par des collectifs, groupes affinitaires, etc. Certaines techniques s’improvisent très bien, d’autres peuvent se préparer plus en amont.

Quels sont les outils des keufs ?

Souvent pour appuyer les contrôles il y a :
– Des arrêtés préfectoraux interdisant le transport de certains matériaux voire des interdictions de circulation, de manifestation, etc.
– Des réquisitions d’un.e procureur.e de la République permettant d’effectuer des fouilles de véhicules.
– Penser que parfois les contrôles ont lieu très en amont, jusqu’à plus de 200 km.
– Parfois des arrêtés préfectoraux donnent des droits exceptionnels de fouilles et contrôles aux agents ferroviaires ou à des privés.
– Attention certains espaces bénéficient des droits spéciaux qui peuvent être bien à checker (20 km d’une frontière, autour des aéroports, ports, de gares routières et ferroviaires ouverts au trafic international et pour les autoroutes qui traversent une frontière, des droits spéciaux ont lieu jusqu’à ce premier péage sur les aires de stationnement ainsi que sur le lieu de ce péage).

Anticiper les contrôles / créer un rapport de force

Il est bien d’en discuter en amont au sein du véhicule ou du convoi pour savoir ce qu’on souhaite faire, les peurs, envies, limites, stratégies individuelles et collectives. Il peut y avoir des raisons pour lesquels certaines stratégies sont plus importantes ou ne sont pas envisageables, en parler peut ouvrir des possibilités. S’il y a des amendes ou des poursuites liées au contrôle, les prendre en charge collectivement.

Faire des convois peut être super, mais faut aborder quoi faire pour les différentes voitures. S’il y a une voiture de tête elle peut dire aux autres les attitudes des flics. Cacher le matériel potentiellement embarquable, cacher ses papier. Ca n’est pas parce que t’as tes papiers quelque part qu’ils vont forcément les trouver ou mettre de l’énergie pour les trouver. Par exemple parfois ils fouillent les sacs mais pas les gens. Si possible faire correspondre la plaque d’immatriculation avec la personne conducteurice. Prendre soin de soi.

Estimer le rapport de force pour savoir ce qu’on peut faire : checker si les flics ont allumé leur Gopro quand tu fais des trucs, compter combien on est, combien iels sont, qu’est-ce qu’ils ont comme véhicule. Certaines actions peuvent entraîner plus de risques de poursuite. S’il y a volonté d’envisager cela, il faut bien connaître les briefs antirep’ en cas de garde à vue et se renseigner sur les risques judiciaires.

Pour les organisateur.ices : prévoir un infotraflics avec un numéro de téléphone, des cartes de signalement de contrôle participatives, faire des recours juridiques / référés libertés avec des avocat.es contre les arrêtés préfectoraux.

Lorsqu’un point de contrôle est connu, il est parfois possible pour les passager.ères de s’arrêter en amont, contourner le point de contrôle à pied et de rentrer dans le véhicule après (ça ne marche pas pour la conducteur.ice).

Qu’est-ce qu’on peut envisager en cas de contrôle ?

3 cas de figures, soit on se fait contrôler directement, soit on voit un point de contrôle de keufs mais sans victime encore du contrôle et on décide de s’arrêter tout de même, soit y a des gens qui se font contrôler. Dans ce dernier cas ça peut être intéressant de s’arrêter et demander aux personnes contrôlées s’iels ont besoin d’aide, si ça se passe bien. A minima ça fait du bien, parfois ça peut sauver des situations. S’arrêter et juste faire de l’observation peut être utile pour que ça ne dégénère pas mais ça ne sert pas trop à instaurer un rapport de force. Il est souvent plus efficace de sortir du véhicule et d’être actif.ves (d’autant plus quand on se retrouve plus nombreux.ses qu’eux). Voilà une panoplie de choses envisageables (à piocher en fonction des contextes) :

Exiger ses droits, voire en créer de nouveaux

Le contrôle d’identité à pied ou à vélo

Il peut se produire n’importe où dans l’espace public. Les flics vous demandent un papier d’identité. Contrairement à ce qu’ils peuvent dire, vous n’êtes pas obligé.es d’en avoir un sur vous. Si vous ne présentez pas de papier d’identité, vous pouvez déclarer une identité orale (vraie ou fausse), c’est-à-dire un nom, un prénom, un lieu et une date de naissance. Ils vous demanderont probablement d’autres renseignements (adresse…), que vous n’avez pas l’obligation de donner. Ils peuvent vous demander de vider vos poches et de voir le contenu de votre sac, mais vous n’avez l’obligation légale de leur obéir que s’ils vous présentent une réquisition leur en donnant le droit et concernant l’heure et le lieu où vous vous trouvez (pensez à vérifier ça).

Le contrôle routier

Les flics peuvent à tout moment demander les papiers du véhicule et de la personne qui conduit. S’ils présentent une réquisition leur en donnant le droit, et uniquement dans ce cas, ils peuvent fouiller le véhicule et procéder au contrôle d’identité des passagers, qui obéit aux mêmes règles que le contrôle à pieds. S’ils n’ont pas de réquisition sur eux, ils ont 30 min pour vous en présenter une avant la fin du contrôle routier.

• Demander la réquisition et l’arrêté préfectoral. Prendre du temps à lire tous les mots, notamment vérifier les lieux et les horaires auxquels ils ont droit d’effectuer le contrôle. Si la réquisition n’est pas valide, ils ne peuvent pas fouiller le véhicule ou contrôler les passager.ères (juste la conducteurice). Souvent ils demandent quand même que t’ouvres le coffre, dans ce cas-là tu peux refuser car le droit les autorise à faire ce qu’ils veulent tant que c’est toi qui obéis, mais ils n’ont pas le droit de forcer le coffre.

⇒ Il y a plein d’expériences ou des contrôles n’ont pas eu lieu parce que c’était la mauvaise rue ou les mauvaises heures indiquées sur le document (voire il n’y en avait pas du tout).

• Ces documents sont intéressants à utiliser et il est possible collectivement de fortement pinailler sur ce qu’il y a marquer dessus : si c’est écrit dans ces documents qu’ils cherchent des stupéfiants ou du matériel explosif donc non tu n’embarques pas mon masque ou mes couteaux, si c’est noté « une opération de contrôle » au singulier et pas « contrôle des passager.ères » donc c’est pour contrôler le conducteur.

• Ne pas parler de sa vie, ne pas leur dire d’où on vient, où on va (même si c’est évident), ne pas répondre à leurs questions.

⇒ Breaking news, les flics ne respectent pas le droit. Mais les demander collectivement / à répétition permet de les avoir en pratique, voir d’en créer de nouveaux sur certaines localité où on vit (par exemple y a un endroit où c’est demandé systématiquement les réquisitions même pour des contrôles de piétons).

⇒ Leur foutre la pression

Chaque personne active peut occuper un à plusieurs keufs. Chaque élément de désordre les oblige à rester vigilant sur ces éléments, chaque élément de conflictualité peut augmenter le rapport de force qui leur fout le seum de faire leur taf de merde. Créer de l’imprévisible les déconcerte souvent. Ce qui rend leur travail moins efficace : ils ne savent plus qui s’est fait contrôler ou non, quel sac a été fouillé ou pas.

– Quand t’es dans ta voiture, ne pas trop baisser la fenêtre pour rendre plus compliquée la discussion. Refuser de donner les documents, les garder dans sa main, les coller à la vitre. Le fait qu’ils possèdent les papiers d’identité est souvent une façon pour eux de gérer le temps.
– Ne pas bien se garer comme ils le demandent, couper le moteur à l’entrée du point de contrôle afin de rendre plus compliqué d’arrêter d’autres voitures à la suite. Ça se cumule bien avec sortir du véhicule rapidement, et s’il y a un convoi ça fait qu’il y a plein de voiture qui se garent n’importe où.
– Augmenter le son de la voiture, mettre les warning, etc.
– Faire répéter plusieurs fois les flics, s’il y en a un qui est particulièrement facho (ou qui a été particulièrement énervé) dire que tu ne souhaites pas être contrôlé par lui mais par un autre keuf (ça peut faire bouder l’autre).
– Choisir collectivement parmi les passager.ères de donner une identité orale (ou ne pas donner d’identité du tout). S’il y a un convoi, ça peut s’envisager que les conducteurices puissent refuser le contrôle.
– Ne pas obéir à des ordres, ou ne pas répondre à leur questions, essayer de dévier leur menace en parlant d’autres sujets et en les déconcentrant. [sortir en nombre du véhicule ou d’un convoi]
– Lors d’un convoi, si tout le monde est sorti du véhicule ne pas dire qui conduit le véhicule.
– Danser, jouer, s’amuser en les ignorant profondément (sortir un jeu de tarot lorsqu’ils disent « vous savez nous on a tout notre temps » ⇒ nous aussi !).
– Déplacer plein d’objets aléatoirement, et se plaindre s’ils veulent refouiller en disant que ça a déjà été fait
– Se montrer solidaire des copaines qui se font embrouiller, montrer que personne ne se fera embarquer isolément s’il y a la moindre menace.
– Bouger dans l’espace pour ne plus savoir qui était dans quel véhicule, qui a été contrôlé, prendre du volume et ne pas se concentrer en un point, dire qu’on a déjà été fouillé / contrôlé par un autre flic.
– Les saouler avec des discours sur leur taf de merde, les porter responsables de la situation (attention à ne pas bifurquer et parler de toi ou d’autres gens)
– Se mettre derrière et regarder la tablette du keuf qui fait les vérif’ d’identité (ça ils aiment pas). S’il s’éloigne, le suivre. Être 2 pour se mettre des 2 côtés de son épaule. Se coller à lui. Prendre en photo.
– S’approcher ou s’asseoir sur leur véhicule (ça ils aiment pas du tout). Ouvrir les portes de leur voiture, taper sur le capot, décorer leur véhicule avec de la végétation ou du marqueur.
– Hurler à leurs oreilles, utiliser des sifflets ou autres objets qui font du bruit. Ça les use et ça peut aussi attirer des passant.es.
– Interpeller des voisin.es, d’autres voitures sur la situation.
– Transformer le contrôle en manif : sortir des enceintes dehors et mettre du gros son. Les entourer, surveiller tout leurs faits et gestes.
– Une fois qu’ils annoncent que le contrôle est terminé, rester tout de même à faire nos amusements. Symboliquement ça signifie que c’est pas eux qui peuvent choisir quand est-ce qu’on arrête de leur casser les oreilles.
– Se mettre sur la route pour bloquer les véhicules, et dire qu’on bloque jusqu’à la fin du contrôle, courir un peu dans tous les coins, foutre de la végétation / des barricades sur la route.
– S’il y a des flics qui cherchent à arrêter d’autres véhicules, se mettre à côté d’eux ou devant en leur demandant c’est quoi leurs critères pour arrêter les véhicules.
– Déchirer ou cacher les documents papiers qu’ils fournissent.
– Si le rapport de force y est dégonfler les pneus de leur véhicule.

Qu’est-ce que ça permet tout ça ?

– Péter des points de contrôles. C’est déjà arrivé de voir 30 personnes faire partir 8 véhicules de keufs en train de faire un contrôle. Parfois par fierté ils ne partiront pas sur le coup, mais changeront leur doctrine voire arrêteront de faire des contrôles par la suite.
– Leur donner moins d’énergie pour les contrôles suivants, leur faire comprendre que leur taf c’est de la merde (pour cette raison on n’a pas envisagé ici la stratégie du gentil.le citoyen.ne très poli.e et cordial.e qui est utilisée le plus fréquemment)
– Acquérir des droits localisés (quand c’est fait à répétition).
– A minima le temps des amusements, ils n’auront pas pu contrôler d’autres véhicules.

« Embêter les flics ça les rend plus agressifs et du coup le contrôle va empirer la situation. »

C’est souvent vrai lorsque t’es le premier contrôle à faire cela. Ce que ça révèle souvent c’est que toutes les voitures auparavant ont été cordiales. Lorsqu’à répétition dans une localité tout le monde demande à minima ses droits, souvent les flics finissent par les proposer par défaut « j’imagine que vous allez demander la réquisition ». Pour certaines autres pratiques ça dépend de combien on est (une voiture avec 5 personnes ça a déjà un peu de force, un convoi ou un bus rempli tu peux facilement faire ce que tu veux) et c’est important d’anticiper et d’en discuter dans les véhicules en amont. Souvent on se met des limites, mais les points de contrôle peuvent être de bons moments pour expérimenter des choses dans son rapport à l’autorité.

« Les flics vont nous embarquer si on fait trop n’importe quoi. »

Ils peuvent toujours, tout comme ils peuvent utiliser à tout moment de la violence physique ou verbale. Mais souvent on surestime cette possibilité. Sur un point de contrôle fixe, embarquer une personne ça nécessite soit d’appeler des renforts, soit de diminuer les effectifs sur le point de contrôle (et donc ça rend parfois plus compliqué de continuer leur taf). S’il y a plusieurs personnes à embarquer, ça peut compliquer la logistique pour eux. Et lorsqu’on est en campagne, embarquer du monde, ça veut dire les envoyer dans plusieurs gendarmeries à travers le territoire.

« Le flic me dit qu’il n’y a pas besoin de réquisition pour fouiller le véhicule depuis telle loi, ou que lui est OPJ et qu’il a donc droit de faire cela car on n’est pas aux Etats Unis »

Les flics mentent TOUT LE TEMPS. Parler avec le plus d’assurance et d’aplomb possible (le mieux c’est de porter collectivement nos droits lorsqu’on est plusieurs dans le véhicule). Si ça rassure, lui montrer les extraits de loi.

• Réaction de keufs

Que t’exiges tes droits ou que tu les fasses chier, ils vont assez rapidement te menacer ou te dire qu’ils te puniront par une amende. Si c’est qu’une seule personne qui porte la conflictualité dans le véhicule, les flics tentent de monter les autres personnes du véhicule contre celle-ci (dans ce cas là c’est bien de débriefer après). Mais souvent les menaces sont disproportionnées et sont difficiles à mettre en place par eux. Et ça n’est pas parce qu’ils disent « puisque c’est comme ça on va fouiller le véhicule », qu’ils n’avaient pas prévu de le faire dès le début.

• Il n’y a pas de keufs sympas

S’il y a des keufs particulièrement fachos, les autres peuvent l’être un peu moins, être plus déconcertables mais n’en deviennent pas sympas. Le bon flic poli, qui ne prend pas ton masque ou ne fout pas la pression c’est parfois mieux à vivre, mais il a quand même récolté des identités, sûrement défoncé d’autres gens avant.


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