Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
ANALYSES ET RÉFLEXIONS ÉDUCATION - PARTAGE DES SAVOIRS
SAINT-ÉTIENNE   LOI LRU (2007 - 2009)
Publié le 21 novembre 2007 | Maj le 25 novembre 2021

Quel avenir pour l’Université Jean Monnet ?


Quel avenir pour cette petite université dans un double contexte défavorable : la baisse des effectifs en sciences, et la loi sur l’autonomie ?

L’idée de la « privatisation » de l’Université, à Jean Monnet ne date pas de la loi Pécresse. On en a déjà entendu parler sous la présidence universitaire précédente. C’est une idée qui a déjà fait son chemin, en réponse à la baisse des effectifs en sciences. L’idée était d’aller chercher les étudiants à l’étranger pour remplir les filières et éviter la fermeture à long terme, d’abord des filières de 3e cycle, mais aussi de l’université. Remplir les filières avec des étudiants chinois, certes, mais quel rapport avec la privatisation me direz-vous ? Et bien le but est que ces étudiants payent plein tube leur scolarité (aux alentours de 5000€), ce qui se fait déjà avec les étudiants recruté à l’UJM via le « réseau N+i ». De la bouche même des partisans de la « privatisation » qui faisaient partie de l’équipe dirigeante précédente, l’université doit entrer dans « le marché de l’éducation » pour entrer dans la concurrence avec les universités anglo-saxones, déjà bien avancées sur ce domaine quant au recrutement d’étudiants en Asie (les anglo-saxons ont les mêmes problèmes de remplissage des filières scientifiques). D’après ces personnes, nous devrions en finir avec le système mutualiste si une petite université comme celle Saint-Étienne veut survivre, pour entrer dans une logique de marché. L’étape ultime de cette logique de « marché de l’éducation », est bien évidemment que, pour être pris au sérieux sur le marché concurrentiel anglo-saxon, nous devrions, of course, bientôt suivre tous nos cours en anglais. Je n’ai personnellement pas d’à priori pour l’usage d’une langue économique ou d’une autre (le français ou l’anglais), sachant que nos anciens ont déjà dû abandonner la leur une première fois pour soi-disant pouvoir travailler dans l’économie capitaliste française, pourquoi ne pas, après tout, abandonner cette langue de la domination qu’est le français, et embrasser à pleine bouche la langue de la nouvelle domination, puisqu’elle fait également office de langue véhiculaire planétaire.

Mais je m’égare, le problème de fond n’est pas de savoir dans quelle langue on va devoir suivre les cours, mais bien de savoir si on va toujours pouvoir les suivre !

L’expérience de faire venir des étudiants étrangers à l’UJM payant leurs études au prix fort ayant déjà démarré, on peut d’ores et déjà en tirer quelques conclusions. Le flux d’étudiants « payant » est-il suffisant pour maintenir des études « gratuites » pour les étudiants français ? Peut-on faire porter une partie du poids du désengagement de l’Etat à ces étudiants étrangers et continuer à faire bénéficier les étudiants français de la gratuité des études ? Je pense que non. Le flux ne sera jamais suffisant, car la LRU arrive trop vite par rapport au moment où l’UJM a commencé à recruter ce type d’étudiants, et si la loi est maintenue, toutes les autres universités vont s’engouffrer dans la brèche du recrutement d’étudiants étrangers. Ainsi l’université de Saint-Étienne ne pourra plus profiter du différentiel de réputation qu’elle cherchait à se forger, elle redeviendra une université quelconque parmi tant d’autres, vue de l’extérieur. Quant à l’hypothétique financement de l’université par le tissu industriel, il va lancer une gigantesque chasse au mécène, dont les limites territoriales ne s’arrêteront pas gentiment aux portes des bassins de recrutement estudiantins des universités. Autrefois les instituts étaient financés de cette manière, par des mécènes, qui ne sont pas tous forcément des obsédés de la rentabilisation économique du savoir, mais dans le contexte actuel, en trouvera t’on des suffisamment généreux dans la région pour pouvoir financer toutes les filières, et pas seulement celles qui alimentent leurs industries ? Du fait de sa taille et de la proximité de Lyon, l’UJM ne pourra pas rivaliser si le désengagement budgétaire se maintient, elle va forcément disparaître. Et si l’UJM disparaît, c’est toute la région qui connaîtra de nouveau la récession, étant donné le nombre d’emplois qu’elle représente.

La seule porte de sortie crédible qui reste est que cela soit la région Rhône-Alpes elle même qui soutienne ses petites universités (UJM, université de Savoie). La région Rhône-Alpes est la seconde région française, et ce scénario est tout à fait crédible, mais ceci implique tout de même la fin de la mutualisation à l’échelon national (en plus d’une hypothétique réelle décentralisation).

M’enfin, le plus simple reste encore d’abroger la loi et de négocier une autre organisation sociale.


Proposé par Segognat
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