Actualité et mémoire des luttes à Saint-Étienne et ailleurs
ANALYSES ET RÉFLEXIONS « BENAISES » ET « CANCORNES » / ÉCOLOGIE - NUCLÉAIRE
SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 2 octobre 2021 | Maj le 7 octobre 2021

Perdriau lave plus vert


« À Saint-Étienne, le vert n’est pas qu’une couleur, c’est une philosophie » pavane la municipalité à travers un clip vidéo. Ritournelle bien installée depuis la campagne pour les élections municipales de 2020. « Faire de Saint-Étienne une ville durable, respectueuse de l’environnement », « créer des îlots de verdure », « inscrire le critère environnemental pour le choix des promoteurs », « isolation, performance énergétique, recours aux énergies propres ou encore utilisation de matériaux renouvelables », « politique de révélation des espaces verts et des parcs urbains », « végétaliser les places », « développer la mise en place d’aménagements urbains destinés à apporter une présence végétale et de la fraîcheur lors des périodes d’intense chaleur », « rendre possible la végétalisation de chaque cours d’école »… On allait en voir du vert ! On en craignait même un peu pour notre rétine. Et la communication faite autour du lancement, au début du mois de mars 2021, d’une opération visant à planter « 4 000 arbres dans les 6 ans à venir » sur le territoire de la commune semble témoigner que, décidément, le maire et son équipe ont la main verte et se sont résolument engagés sur la voie d’une politique soucieuse du respect de l’environnement [1].

Mais de tout ce vert promis pendant la campagne, on attend encore de voir la couleur. Car jusqu’à présent, les préoccupations environnementales sont loin de guider l’action de la municipalité Perdriau – sous ce mandat comme lors du précédent.

« Saint-Étienne protège la biodiversité »

Chiche. Mais on se demande bien de quelle manière, les actions en ce sens se faisant toujours attendre. En revanche, l’artificialisation des sols, elle, progresse visiblement. On se souvient des platanes de l’avenue Denfert Rochereau, coupés à l’hiver 2015, et dont le remplacement par des dessins sur papier ne pouvait mieux dire le statut accordé à la « nature » à Saint-Étienne : faire joli, à moindre coût. Ces images ont été retirées, mais les nouveaux arbres plantés font peine à voir : ils prennent racine dans une terre mise à nu (c’est manifestement à l’absence de tout brin d’herbe qu’est évaluée la « propreté », bien relative selon d’autres critères, des trottoirs) et paraissent peu à leur place, fragiles brindilles tentant de s’élever au milieu du large plateau minéral que forment le trottoir et la route. En cherchant où se loge ici la biodiversité, on ne serait pas contre accorder le bénéfice du doute à la municipalité : peut-être ses conseillers, abusés par des aménageurs peu scrupuleux, ont-ils confondu les essences d’arbres et l’essence (le pétrole pour être plus précis) nécessaire à la fabrication du bitume qui constitue le trottoir et la route ?

Mais la même opération de bétonisation se répète en de multiples occasions. Que ce soit lors du réaménagement d’espaces publics tels que les places – les pavés du square Violette et ses îlots de verdure ont par exemple cédé la place au bitume – ou pour la rénovation de lieux publics appartenant à la ville. Ainsi, lorsque la cour de l’école Jules Ferry a fait l’objet d’un coup de frais à l’été 2020, bitume et gazon synthétique ont été substitués à l’ancien revêtement et les arbres ont été eux aussi abattus.

D’après la mairie, ces arbres étaient malades, et ont été remplacés « par des essences plus résilientes adaptées aux conditions climatiques ». Cela nous aurait presque convaincu.e.s. Mais renseignement pris, les arbres n’étaient nullement malades. En revanche, ils abritaient au moment de leur coupe des nids.

Rendre la ville « plus résiliente [et] adaptée aux conditions climatiques »

De fait, les épisodes de canicule se multiplient, les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes et longues, et certains quartiers de Saint-Étienne sont connus pour être de véritables îlots de chaleur. À nouveau, donc, une préoccupation louable et un engagement qu’on aimerait saluer. D’autant que Gaël Perdriau communique volontiers sur l’argent investi afin d’améliorer la performance énergétique des logements et n’hésite pas à publier une tribune dans un journal national pour exprimer sa vision de la « transition écologique » et donner des leçons au gouvernement sur le manque de cohérence de sa politique environnementale [2]. Pourquoi alors, dans le même temps, s’entêter à bétonner l’espace public, quand on sait qu’« une imperméabilisation et une minéralisation des sols [sont] peu propices au rafraîchissement naturel » [3] ? En ayant de surcroît recours à un bitume de couleur sombre qui capte particulièrement la chaleur. On ne sait s’il faut attribuer ces choix à la persistance des modèles urbanistiques anciens ou à la fragilité des convictions environnementales des élu.e.s stéphanois.es face aux arguments financiers et autres intérêts économiques [4].

« Sensibiliser à l’importance de la nature et de la biodiversité »

Un autre objectif proclamé par Gaël Perdriau. De ce point de vue aussi les actions menées laissent plus que dubitatif. À moins que… l’exemple de l’abattage d’arbres abritant des oiseaux et que la vue de malheureux arbres pris dans l’asphalte d’un trottoir ou coincés entre les files de voitures en bordure du centre commercial à Monthieu ne soient jugés de nature à édifier ces « petits Stéphanois » ? Peut-être peut-on, comme le maire, faire le pari qu’ils « sont déjà sensibles à ces questions » et que la vue de ce green washing pratiqué sans vergogne saura effectivement les convaincre de rejoindre les rangs d’une mobilisation en faveur « d’une révolution écologiste, radicalement anticapitaliste » [5] ? On doute toutefois que ce soit vraiment l’option retenue par l’élu Les Républicains de Saint-Étienne, qui, dans sa tribune, raille les écologistes « guidés par une idéologie et non le pragmatisme ».

Green washing et calculs électoraux

De quelle « philosophie » relève dès lors le plaidoyer pour le « vert » de la municipalité actuelle ? La communication autour des arbres plantés au parc du puits Couriot ne laisse guère de doutes. « 1 arbre par élève » d’ici « 2026 ». Si le choix est fait d’impliquer spécifiquement des élèves des écoles primaires, c’est que ces établissements sont sous la coupe de la mairie. Il ne faudrait tout de même pas y associer les collèges ou les lycées et courir le risque de voir le département ou la région faire main basse sur cette opération de marketing électoral ! D’ailleurs, l’échéance fixée pour planter des arbres coïncide justement avec la fin du mandat. Pour Gaël Perdriau et son équipe, le calendrier électoral est décidément la seule boussole pour penser l’action politique… On comprend que son voisin lève les yeux au ciel en l’écoutant.

P.-S.

Article issu du numéro 12 du Couac, paru au printemps 2021.

Notes

[2Gaël Perdriau « Le développement durable est un formidable levier de prospérité économique », Journal du dimanche, 19/08/2020, https://www.lejdd.fr/Politique/tribune-gael-perdriau-le-developpement-durable-est-un-formidable-levier-de-prosperite-economique-3986345.

[3« Îlots de chaleur urbains vers une nécessaire prise en charge par les politiques urbaines », Epures, 07/2020, https://www.epures.com/images/pdf/environnement-dev-durable/08-025-01-ICU.pdf.

[4Le soutien accordé par la mairie à la construction de l’A45 est à cet égard tout à fait cohérent : poursuite d’un modèle d’aménagement urbain articulé autour de la voiture individuelle, accentuation de l’artificialisation des sols au détriment des terres cultivables, mise en péril de zones riches en biodiversité, etc.


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