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Publié le 14 septembre 2020 | Maj le 15 septembre 2020

Incendie d’un centre de rétention en Grèce : l’écrasante habitude du désastre


Une lectrice de Nantes Révoltée a fait parvenir ce texte/témoignage sur la situation sur l’île de Lesbos, en Grèce, où des milliers de réfugiés survivent dans des conditions épouvantables aux portes de l’Europe forteresse.

Article publié par Nantes révoltée.

Il y a un dicton qui nous vient quand on travaille depuis un moment aux cotés des personnes forcées de survivre à Moria – ou dans un des camps inhumains des îles égéennes : « Quand on croit que ça ne peut pas être pire, ça le devient ».

Il y a trois nuits, un gigantesque incendie a détruit le camp : plus de 13.000 femmes, hommes et enfants se retrouvent à la rue, beaucoup ayant perdu toutes leurs affaires. Ce n’est pas la première fois que les flammes ravagent l’un des bidonvilles que l’Union Européenne a volontairement installés à ses frontières. Ce n’est pas une catastrophe inattendue. C’est la conséquence directe des politiques migratoires mortifères de l’UE qui, par le règlement Dublin, l’accord UE-Turquie, la généralisation des “hotspots”, a conduit des dizaines de milliers de personnes à survivre dans des camps insalubres, surpeuplés, tout en étant plongées dans une incertitude insupportable quant à leur avenir.

Pour les réfugié.es de Lesbos, l’incendie du camp de Moria est une horreur de plus, venant s’ajouter à toutes celles qu’ils et elles ont traversé depuis leur arrivée en Europe : refoulements illégaux, détention arbitraire, déni constant des droits humains, violences physiques et sexuelles sans accès à aucune forme de protection. Ils et elles ont été enfermé.es dans le camp pendant plus de 6 mois, le gouvernement agitant l’excuse de la pandémie de Covid-19 alors que rien n’a été fait pour en prévenir l’arrivée ou les conséquences. Après des mois d’inertie criminelle, des dizaines de cas de Covid-19 ont été confirmé parmi les réfugié.es. Aujourd’hui, ils et elles sont parqué.es sur un morceau de route par des barrages de flics, dorment par terre, attendent.
Des fascistes ont à nouveau attaqué des bénévoles et personnel médical, dans un village à proximité de l’incendie. Certains se demandent si cette énième catastrophe permettra un changement conséquent, l’accès à une existence digne. Beaucoup ont déjà vécu dans leur chair et leur cœur ce qu’ils et elles peuvent attendre de l’Union Européenne : la violence innommable que masquent mal les discours creux et mensongers.

Les dernières infos :

➡️ Heureusement, aucune victime n’est à déplorer
➡️13 000 personnes dorment toujours à la rue, sur une route dont les accès sont bloqués par des barrages policiers ; empêchant notamment les gens d’atteindre la ville de Mytilène. Parmi elles, des femmes enceintes, des bébés...
➡️Des attaques par des groupes de fascistes ont été recensées, contre des bénévoles/medics et contre des réfugié.es (source : Europe Must Act). Ce qui rappelle les multiples attaques de Février/Mars dernier, quand des groupes fascistes grecs (de l’île et de Grèce continentale) avaient été rejoints par quelques militants européens, organisant de véritables chasses à l’homme, et allant jusqu’à incendier le camp de transit « Stage 2 » dans le nord de l’île, qui avait été fermé fin janvier
➡️L’accès à l’eau et à la nourriture (distribuée par l’armée, ou par des bénévoles) est extrêmement restreinte
➡️L’état d’urgence a été proclamé sur l’île, mais aucun transfert conséquent de personnes vers des logements dignes n’est envisagé (pour le moment, seuls 400 mineurs non accompagnés ont été transportés vers la Grèce continentale, alors qu’au moins 1000 d’entre eux y étaient présents, dont de nombreux arbitrairement déclaré.es majeur.es)
➡️Après 6 mois de quarantaine dans le camp, et une absence totale d’actions de prévention réelles de la part du gouvernement grec ou de l’UE, des dizaines de cas de Covid-19 ont été confirmés
➡️Quelques groupes de medics (médecins, infirmièr.es) bénévoles apportent une aide d’urgence mais c’est une goutte d’eau comparée au besoins réels (notamment pour les personnes avec des maladies chroniques, les femmes enceintes, les personnes souffrant de troubles psychiques sévères, etc.)
Ces dernières nuits, 13 000 personnes dorment à la rue, encadrées par les flics et l’indifférence.

Pour des sources de terrain :

- Refocus Media Lab (groupe bénévoles + réfugié.es journalistes) - Legal Centre Lesvos
- FENIX Humanitarian Legal Aid
- Movement on the Ground (ONG)
- le journaliste franco-afghan Mortaza Behboudi, qui vient de se rendre sur place
- Aegean Boat Report + Europe Must Act qui ont beaucoup de contacts sur le terrain
- Photo : Elias Marcou


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