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SAINT-ÉTIENNE  
Publié le 23 août 2008 | Maj le 15 décembre 2020

Après les Rroms, le préfet de la Loire a lancé la chasse aux familles Tchétchènes


Depuis le 10 août, le Préfet de la Loire a lancé une véritable chasse aux familles Tchétchènes. Ceci après l’expulsion des Rroms qui lui a permis d’atteindre 80% de l’objectif fixé par le ministre Hortefeux (160 expulsions), ainsi qu’il s’en est publiquement réjoui.

Des hommes, des femmes et des enfants sont en danger. Les convocations pour mise en rétention et expulsion sont nombreuses, il y a eu des arrestations. La famille Omkaiev (3 enfants), ainsi que des personnes isolées ont été déjà expulsées cette semaine. La pression est très forte pour les empêcher de déposer une demande et d’obtenir l’asile ici. C’est l’arrestation et l’expulsion très prochaine de nombreuses familles et personnes qui se prépare.

RESF 42 et le comité Tchétchénie lancent un appel à la solidarité et à la mobilisation.
Dans l’urgence, nous proposons aux associations et aux syndicats du département ainsi qu’à toutes les personnes qui le peuvent de se réunir à la Bourse du Travail de St Etienne lundi 25 août à 17h30 pour partager les informations et décider des actions à mener ensemble dans les tout prochains jours.

Merci de diffuser cette information.
Resf 42 et le comité Tchétchénie Loire/ Haute-Loire

Article paru sur le site Réseaux Citoyens :

En juillet, le gros coup c’était les familles et enfants Rroms. Suite à l’opération commune mairie de St-Etienne-Préfecture pour l’expulsion du squat de Montplaisir le 17 juillet, le Préfet de la Loire, M. Decharrière, avait lâché le morceau dans La Gazette : grâce aux Rroms il en était déjà à 80% de l’objectif d’expulsions que lui a fixé Hortefeux pour 2008. 80% en 6 mois seulement : de quoi se réjouir en effet si l’on aime les statistiques - et l’obéissance aux ordres - sans tenir compte de ce qu’il y a derrière.

Mais pour les Rroms la suite a eu ses limites, à cause de la mobilisation solidaire des stéphanois. Alors il semble bien que le Préfet ait décidé au tout début d’août de sortir du tiroir le dossier “Tchétchènes” . Et depuis, dans la Loire, c’est une scandaleuse chasse aux Tchétchènes qui a été lancée.

La situation des familles et des enfants concernés, les dangers pour leur vie ne comptent pour rien là -dedans. Les droits de l’homme non plus. En ces temps de jeux olympiques, il n’est pas interdit bien sûr d’en parler pour la Chine, mais pour ce qui est des médailles, c’est apparemment celle des expulsions que vise le Préfet. Les réfugiés doivent dégager, peu importe la suite pour eux, point final.

Pour les Tchétchènes, c’est l’expulsion en série vers la Pologne qui est organisée. Des retours forcés (baptisés "réadmission") : voilà à quoi les services de la Préfecture consacrent actuellement leurs efforts.

Pourquoi cette procédure ?
Plusieurs dizaines de familles tchétchènes sont réfugiées dans la Loire, tout à fait officiellement. Elles veulent déposer et faire aboutir des demandes d’asile. Sauf que le Préfet a décidé d’appliquer strictement la procédure issue des accords dits "Dublin 2", qui prévoient que les demandes d’asile doivent être étudiées dans le premier pays dans lequel les réfugiés ont été repérés et enregistrés. Le "pays de transit". Pour les Tchétchènes, c’est en général la Pologne, pays dans lequel ils arrivent en fuyant la Tchétchénie et avant d’aller plus loin. Mais la Pologne n’a pas les moyens de faire face et de traiter toutes ces demandes d’asile. Et de nombreuses familles y sont ni plus ni moins renvoyées en Russie. Autrement dit, le retour en Pologne signifie en général le retour en Tchétchénie.
Pourtant, le Préfet a la possibilité, convention de Dublin 2 ou pas, de permettre à une famille de déposer ici sa demande d’asile. Pourtant chaque être humain doit avoir le droit de demander l’asile où il veut. Mais le Préfet a décidé d’organiser des expulsions.

Pourquoi maintenant, en août ? Parce que c’est la période des vacances et que la solidarité est plus difficile à organiser bien sûr : les enfants ne sont pas dans les écoles, les familles sont plus isolées. Mais le Préfet est pressé pour une autre raison : la procédure de Dublin 2 stipule que pour organiser un retour forcé vers le 1er pays dans lequel une famille réfugiée est arrivée, le pays où elle se trouve doit demander à ce premier pays la "réadmission" de cette famille. Ce que la Préfecture de la Loire fait auprès de la Pologne pour les familles tchétchènes. Une fois cette “réadmission” acceptée et notifiée à la famille, la Préfecture a 6 mois jour pour jour pour expulser cette famille. Au delà de ces 6 mois, la famille a le droit de déposer une demande d’asile en France.
C’est pourquoi le Préfet fait actuellement le forcing pour expulser les Tchétchènes : la période des 6 mois est en train de se terminer pour plusieurs familles arrivées dans la Loire fin 2007 et auxquelles la "réadmission" en Pologne a été notifiée en février 2008. Pour le Préfet c’est maintenant ou jamais pour réaliser son chiffre, d’où les convocations en cascade pour expulsion de ces 15 derniers jours. D’autant que si les familles n’y répondent pas, elles sont alors considérées comme en fuite et perdent pour 18 mois tous leurs droits, en particulier celui de faire une nouvelle démarche de demande d’asile. Autant dire qu’elles doivent passer à la clandestinité, et deviennent un réservoir d’expulsables en permanence sous la main.
Voilà comment ça fonctionne. Et comment peut basculer la vie d’hommes, de femmes et d’enfants.

RESF42 et le comité Tchétchénie Loire Haute-Loire appellent à la solidarité...

"La chasse aux Tchétchènes est ouverte dans la Loire. Profitant de la période estivale, la préfecture de la Loire s’est lancée dans une véritable chasse contre les populations tchétchènes du département depuis début août : arrestations suivies de renvois expéditifs vers la Pologne, convocations pièges en préfecture... De toute évidence, le préfet de la Loire a décidé de faire du chiffre sur le dos des Tchétchènes ; mais derrière chaque "dossier traité" par la préfecture, il y a des hommes, des femmes, des familles ; ils ont fui leur pays en guerre dans l’espoir de se reconstruire en France, ils font tous les efforts possibles d’intégration dans notre pays (enfants scolarisés, cours de Français, réseau associatif local). Mais au mépris de tout cela, la préfecture leur interdit de demander l’asile chez nous et les renvoie vers la Pologne. Malgré les erreurs commises, et reconnues par la préfecture devant la délégation RESF et les élus de la Loire sur certains dossiers, le Préfet maintient les expulsions. Où sont les traditions d’accueil et d’asile de la France ? Quels dangers ces quelques familles tchétchènes font-elles donc peser sur notre pays pour justifier un tel acharnement contre elles ? L’argent des contribuables n’a-t-il pas d’autres emplois plus prioritaires que de financer cette chasse à l’étranger ? Nos forces de police ne seraient-elles pas plus utiles pour d’autres tâches ? Aujourd’hui, en tant que citoyens français attachés aux valeurs des droits de l’homme et aux valeurs de solidarité, nous avons honte de ce que la préfecture de la Loire ose faire en notre nom."
- le 11 août, c’est d’abord la famille Moutakaev qui a été visée. Après avoir passé 5 mois et 25 jours en France, M. Moutakaiev a été convoqué à la préfecture. Il pensait pouvoir enfin y déposer son dossier de demande d’asile. On lui a remis une convocation. Il devait venir le 13 août avec femme enfants et bagages pour être placé en centre de rétention puis acheminé dès le 14 août vers la Pologne. M. Moutakaiev a choisi de ne pas se rendre à la convocation. Il a été considéré comme "en fuite" avec sa femme et ses enfants. "Quel choix pour cette famille ? Se cacher et vivre dans la peur pendant 18 mois (date à laquelle ils pourront demander l’asile) ou retouner en Pologne ? La Pologne n’a pas les moyens matériels et administratifs de traiter les demandes d’asile. De plus les services de la police russes y sont très actifs. Cette famille n’y sera pas en sécurité. Leur grand fils a été admis en sixième l’année prochaine. Ils se sont très vite intégrés. Aidons les."(RESF)
- le 18 Août, Mme Basaeva a été convoquée en Préfecture. Comme pour la famille Moutakaev, elle s’est vue remettre une invitation manuscrite à se rendre l’après midi avec toute sa famille à la préfecture pour être conduite en rétention puis acheminée dès le lendemain en Pologne.
- le 18 août à 6 heures du matin, les gendarmes de St-Etienne ont sur ordre du Préfet arrêté à St-Paul en Jarez deux familles : la famille Omkaiev et la famille Makhauri. Dès la matinée, des délégations de RESF et du comité Tchétchénie se sont rendues à la gendarmerie, rue Claude Odde. La famille Omkaiev a été le jour même embarquée au centre de rétention de Nimes puis expulsée vers la Pologne dès le lendemain.

La famille Omkaiev est à la rue en Pologne depuis le 19 août.

Selon un contact téléphonique avec elle le 20 août, voici comment les choses se sont passées :
"M. et Mme OMKAEV et leurs enfants (Rayana 6ans, Souriyana 5 ans et Fatima 3 ans) ont été transportés à la Gendarmerie rue Claude Odde après leur arrestation le lundi 18 août 2008 à 6h du matin.
On leur a dit qu’ils seraient transférés dans un endroit où un avocat les défendrait devant un tribunal.
Ils ont été transférés à Nîmes dans une estafette bleue quelques heures après.
Ils ont été mis dans une chambre fermée jusqu’au lendemain.
A 4h du matin le mardi 19 août, on est venu les chercher en leur notifiant qu’on les mettait immédiatement dans l’avion pour expulsion vers la Pologne.
Etant donné que la procédure de jugement et assistance d’un avocat n’était pas respectée, M. Omkaev, qui était seul avec sa famille, a refusé de venir.
Il a été ligoté mains et jambes.
Sa femme a paniqué et a subi le même sort.
Souriyana, 5 ans, a paniqué aussi et s’est agrippée à sa mère.
Les autorités l’ont attrapée par les cheveux et puis l’ont ligotée mains et jambes.
Les personnes ligotées ont été portées dans l’avion en partance pour Varsovie tandis que les autres enfants suivaient.
A la descente d’avion, la police polonaise leur a dit : "Ici Pologne, pas à manger, pas d’asile, dégagez" et les a relâchés.
Aujourd’hui, mercredi 20 août 2008, Souriyana est toujours en état de choc."

- La famille Makhauri n’a pour le moment pas été expulsée parce qu’au moment de l’arrestation, le père et la fillette de 4 ans, d’ailleurs malade (asthmatique) n’étaient pas là . La mère, Louisa, et sa fille aînée ont été embarquées, le père, déclaré en fuite, et la fillette ont été activement recherchés... car pour expulser, il faut tout le monde, pour satisfaire à une règle de "maintien de l’unité familiale" (on sait que même dans la barbarie, il y a des procédures à respecter...).
A noter aussi que lors de cette arrestation, une fillette d’une dizaine d’année qui se trouvait dans cette famille et dont la famille est, elle, en situation régulière a aussi été arrêtée et conduite à la gendarmerie, ce qui a provoqué un incident à la gendarmerie, car cette fillette ne comprenait pas et n’acceptait pas son arrestation.
- mercredi 20 août, la famille Garsuitaev a été convoquée en préfecture, puis reconvoquée pour le lendemain, et elle est sous la menace d’une expulsion vers la Pologne dès qu’un avion sera disponible.

Malgré la période difficile plusieurs mobilisations ont eu lieu devant la Préfecture, à l’appel de RESF42 et du comité Tchétchénie Loire-Haute-Loire. Les familles convoquées sont systématiquement accompagnées. Plusieurs élus ont participé aux délégations en Préfecture : Régis Juanico, député de la Loire, Philippe Kizirian, maire de St-Chamond, Pascal Majonchi, maire de St-Paul en Jarez.

On ne peut pas laisser faire ça, accepter cette politique honteuse dictée par Hortefeux et Sarkozy.

Pour protester auprès de la Préfecture :

- téléphoner au 04 77 48 48 48
- fax : 04 77 21 65 83
- e-mails
pref-loire chez loire.pref.gouv.fr
christian.decharriere chez loire.pref.gouv.fr
laurent.buchaillat chez loire.pref.gouv.fr
marc.piselli chez loire.pref.gouv.fr
patrick.ferin chez loire.pref. gouv.fr
thierry.hebrard chez loire.pref. gouv.fr

Dans les prochains jours, de nouvelles actions vont s’organiser.
Le discours de la Préfecture est invariant : les familles qu’elle veut expulser "n’ont pas vocation à rester en France". Mais qu’est-ce que ça veut dire ça ? Ni plus ni moins que ces hommes, ces femmes, ces enfants n’ont pas droit à vivre parmi nous, avec nous ? Evidemment, on n’a jamais entendu dire une chose pareille pour un milliardaire de quelque pays que ce soit. "Pas vocation à rester en France", c’est bon pour les pauvres, les persécutés.
Mais au nom de qui parlent et agissent ceux qui tiennent ce discours ? Pas en notre nom en tous cas.

Des contacts pour RESF et le comité Tchétchénie :

Catherine Argoud - catyargoud[AT]yahoo.fr
Marcel Gaillard - marcelgaillard[AT]wanadoo.fr
Pierre Bonnefoy - psbonnefoy[AT]wanadoo.fr

resf42[AT]yahoo.fr
Tél : 04.77.41.33.21 ou 06.16 36 73 41
Adresse postale : RESF 42 Bourse du Travail 4 crs V. Hugo 42000 SAINT-ETIENNE
Permanences tous les vendredis de 18h à 20h à la Bourse du Travail de St Etienne.
Chaque 1er samedi du mois, rassemblement à 10h30 place Jean Jaurès à St-Etienne.


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