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ACTUALITÉS ANARCHISME / RÉPRESSION - PRISON
ITALIE  
Publié le 27 octobre 2020 | Maj le 10 novembre 2020

Prison de Latina : « Solidarité entre prisonnier.e.s anarchistes ». Un texte de Francesca


Ce qui suit est la traduction d’une lettre écrite par Francesca, anarchiste et féministe, emprisonnée à Latina (Italie) suite à l’opération Byalistok [1]

Elle l’a écrite depuis son lieu d’incarcération, en octobre 2020.

Solidarité entre les prisonnier-e-s anarchistes

Les conditions de détention dans les prisons italiennes continuent d’empirer ; face à l’émergence du COVID la plupart des demandes des prisonnier-e-s restent vaines, donnant lieu à des révoltes dans des dizaines de prisons, suivies par une dure répression avec des transferts punitifs et des procédures pénales. Au cours de ces révoltes, beaucoup de prisonnier-e-s sont mort-e-s. Le responsable de ces morts, c’est l’État. Depuis le printemps dernier, les modifications apportées par les systèmes pénitentiaires ont signifié, dans bien des cas, une réduction des contacts avec l’exterieur, la réduction des activités et l’isolement, rendant les conditions de détention toujours plus invivables. À ce jour, aucun signe d’amélioration, alors qu’il y aurait eu tout le temps d’agir. Les nouvelles dispositions n’augurent rien de bon avec des mesures encore plus restrictives pour les quartiers de haute sécurité et l’extension de l’utilisation du régime 41 bis [2] : la torture lente qui vise à plier les structures de base des identités individuelles.

Face à cela, celleux qui osent être contre les prisons, contre l’état qui les gère et la société qui en a besoin, celleux qui pratiquent la solidarité à l’intérieur comme à l’extérieur, sont de plus en plus enfermé-e-s derrière ces murs. Les dernières enquêtes anti-anarchistes sont clairement une façon d’empêcher la solidarité avec les prisonnières et les prisonniers anarchistes.

Certaines situations de détention se distinguent par leur caractère particulièrement punitif et insoutenable.

Davide Delogu est soumis à un régime de 14 bis [3] pour n’avoir jamais baissé la tête devant l’institution carcérale. Malgré ses demandes de transfert dans une autre prison, il n’a pas été transféré et la situation s’est même aggravée.

Giuseppe Bruna est dans la sezione protetti [4] dans la prison de Pavia depuis plus d’un an, malgré ses demandes répétées de transfert, le DAP [5] ne l’a pas déplacé en utilisant différents prétextes.

Le système patriarcal sur lequel l’État et la société reposent révèle ses aspects les plus subtils et les plus aigus dans les prisons : nous le voyons par les conditions de vie des prisonnières. Ces conditions sont en effet pires dans les prisons pour femmes en géneral, à cause des stéréotypes de genre auxquels elles sont contraintes, et à cause des logiques d’infantilisation et de psychiatrisation qui sont imposées. Nous le voyons par le traitement réservé aux camarades anarchistes qui sont séparées et éparpillées dans les sections AS3 [6] en Italie. Car telle est la première logique du patriarcat : diviser les femmes, parce que quand elles s’unissent elles font trembler le pouvoir. Nous le voyons par le traitement des hommes avec une orientation sexuelle non normative et des personnes qui ne se reconnaissent pas dans le binarisme du genre imposé, à qui est réservée une place parmi les indics, les pédophiles et les violeurs.

En tant qu’anarchiste je ne soutiens certainement pas la logique des circuits différentiels des prisons, comme je ne soutiens pas la logique même de la prison à laquelle je m’oppose et contre laquelle je lutte. Que toutes les prisons soient détruites !

En attendant je ne me tairai pas alors que des camarades anarchistes vivent des conditions insoutenables dans d’autres prisons. Davide et Giuseppe luttent pour le transfert vers des situations plus viables. Je suis avec eux.

C’est pour cela, qu’à partir du lundi 19 octobre, je vais commencer la grève de la gamelle [7] dans la prison de Latina où je suis enfermée.

Pour un monde sans prisons.

Pour la solidarité entre et avec les prisonnier-e-s.

Pour l’Anarchie.

Fra.

En ce moment, Davide et Giuseppe sont en grève de la gamelle. Francesca (à Latina), Juan et Nico (à Terni) sont également en grève de la gamelle en solidarité avec eux. Natascia, anarchiste emprisonnée dans la section AS3 de Piacenza, a annoncé qu’elle sera en grève de la gamelle, à partir du samedi 24 octobre, contre la mesure de censure de la correspondance qui lui a été notifiée pour la deuxième fois.

Pour leur écrire :

- Francesca Cerrone
C.C. di Latina
Via Aspromonte 100
04100 Latina (Italie)

- Natascia Savio
c/o C. C. San Lazzaro
strada delle Novate 65
29122 Piacenza
Italie

- Giuseppe Bruna
c/o C. C. di Pavia
via Vigentina 85
27100 Pavia
Italie

- Davide Delogu
Contrada Noce S. Nicola Agro’
95041 Caltagirone (CT)
Italie

- Nico Aurigemma
Casa Circondariale di Terni
Str. Delle Campore 32
05100 Terni (TR)
Italie

- Juan Antonio Sorroche Fernandez
Casa Circondariale di Terni
Str. Delle Campore 32
05100 Terni (TR)
Italie


Notes

[2Également appelé “prison dure”, il prévoit l’isolement de la personne détenue et la suppression de certains de ses droits : limitation des communications avec l’extèrieur, censure des courriers, privation des livres, stylos et tout matériel pour écrire.

[3Également appelé “régime de surveillance particulière”, il prévoit la détention en isolement.

[4Quartiers réservés aux personnes qui seraient potentiellement en danger dans les autres quartiers de la prison. Normalement prévus pour les indics, les violeurs et les pédophiles, c’est également là que sont placé-e-s les personnes trans’ et les homosexuels.

[5Departement admistratif de la prison

[6AS signifie“haute sécurité”. L’AS2 est résevée aux personnes condamnées pour/ soupçonnées d’association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes. Mais pour diviser et isoler les camarades, celleux-ci sont parfois détenu-e-s en AS3, régime normalement réservé aux personnes condamnées pour/ soupçonnées d’avoir joué un rôle de premier plan dans un réseau criminel de traffic de stupéfiants.

[7Grève menée en prison qui consiste à refuser toute nourriture fournie par l’établissement pénitentiaire.


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