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Publié le 6 novembre 2008 | Maj le 10 janvier 2017

Les zapatistes caracolent en tête


On ne parle plus d’eux depuis que la gauche a estimé que l’autre campagne était une trahison. Même Paco Ignaico taibo les a laissé tomber. Tous sauf ceux de la caravane zapatiste qui se sont rendus au Chiapas cet été. Patxi, membre de Caracol marseille en était.

Les zapatistes caracolent en tête.

Patxi, photographe marseillais s’est rendu au Chiapas cet été avec une caravane de solidarité avec les zapatistes Quatorze ans déjà pour l’insurrection indigène qui a marqué le retour de la désobéissance civile sur le plan planétaire et le début de la lutte alter mondialiste. Et comme le dit le sub-commandante Marcos : « Nous sommes comme en 1993, mais à l’envers. Alors nous étions en train de nous préparer au soulevement, mais sans moyens, sans personne, sans nulle attention, nous n’existions pas alors, mais aujourd’hui c’est à l’envers. C’est le gouvernement qui prépare l’attaque. »

« No estan solos », vous n’êtes pas seuls, voilà ce qu’en substance sont venus dire les trois cent observateurs européens et mexicains aux indiens zapatistes cet été 2008 au Chiapas. Si en 1994, la rébellion de l’EZLN avait fait grand bruit, les choses ne sont pourtant pas réglées dans cette zone hors libre commerce, qui s’est arrachée au libéralisme avec la patience d’un « caracol », cet escargot qui symbolise la révolution de ceux « en bas à gauche ». Depuis des élections présidentielles contestables où l’EZLN avait mené une « autre campagne » pour fédérer une gauche éloignée du PRD et de ses fausses promesses, la pression de l’armée s’est fait de plus en plus forte.

Patxi, membre de Caracol Marseille, un collectif de soutien aux zapatistes et photographe à Contrefaits, s’est rendu au Mexique durant trois semaines pour participer à cette caravane de solidarité et d’observation. Il explique les nouvelles menaces que fait peser le gouvernement sur les territoires libérés. "Le 4 juin, l’armée est rentrée à la Galéana sous le prétexte fallacieux de rechercher d’inexistantes plantations de Marijuana. Les camions militaires sont restés sur la route tandis que les hommes armés sont montés dans les champs de maïs.

Heureusement les femmes sont descendues pour arrêter les militaires« . Ce coup d’essai qui ressemble à une vieille technique de la contre insurrection n’a pas porté ses fruits ce jour-là . Mais continue Patxi : »une nouvelle technique est apparue, plus sournoise. Avant ils employaient deux méthodes, la présence de l’armée et l’activité des groupes paramilitaires ; désormais le gouvernement octroie des titres de propriétés à des paysans non-zapatistes, afin de créer des divisions« . Ces titres sont ceux des terres récupérées par les indiens zapatistes au cours des dernières années et qui sont collectives, »ceci pour miner les communautés". Au pays du feu et de la parole, le dialogue a évité les dérapages, mais les braises couvent.

Fin juillet, de toute l’Europe, des délégations sont arrivés au local de « Unios » afin d’établir leur programme. « C’est près du métro Cuathémoc ; après on a embarqué dans cinq bus qui sont partis vers le Chiapas ». Malgré l’internationalisme de la caravane, chaque personne s’est retrouvée classée par pays. « Nous on était cinq français, ça a été notre chance de nous retrouver avec les mexicains ». Les Italiens en nombre comme les Espagnols viennent des centres sociaux, des luttes contre l’incinérateur à Naples. « Il y avait même des membres du réseau de Football Rebelle. Chez les Grecs plutôt des étudiants et des gens du syndicat du livre ». Ce sont surtout les footballeurs qui ont permis les rencontres, « mais ils ont pris des raclées avec les zapatistes ».

La moyenne d’age est plutôt basse pour cette nouvelle caravane chargée de rencontrer les communautés et de créer des liens avec le deuxième monde. Le sous-commandant Marcos l’a souligné lors d’un discours de bienvenue, notant que beaucoup d’entre eux n’avaient pas connu le soulèvement de 1994. Il a raconté les débuts d’un groupe de guérilleros dans la forêt Lacandone : « dans toutes ces années ­là , nous étions seuls. Personne ne venait de Grèce nous voir. Pas plus que d’Espagne ou de France ou d’Italie ou du Pays basque ».

Les « observateurs » arrivés à San Cristobal après dix-huit heures de trajet repartent bientôt pour les quatre Caracols. Le léger regret de ne pas avoir pu passer à Oaxaca où en 2006 une commune insurrectionnelle avait bouleversé les règles politiques habituelles sera vite effacé par l’accueil dans les communautés indiennes. Ils ne sont pas pour autant les bienvenus de tous : « dans les stations services on nous refusait le diesel. On a même vu le pompiste au téléphone nous signifiant un refus ! »
Patxi se retrouve à la Garucha, un Caracol en moyenne montagne. Une communauté importante en nombre, une sorte de chef-lieu de canton chez nous. « C’est à la fois l’endroit où se réunissent les autorités autonomes et l’interface avec l’extérieur. Physiquement il y a une grande estrade pour parler, une clinique juste terminée, une école ornée d’une fresque magnifique de Zapata et des »Tiendas« gérées collectivement. On trouve aussi un centre de médias indépendants, Promedios, qui réalise essentiellement des vidéos ». A l’entrée du Caracol, on tombe sur ce panneau qui précise les choses : « vous êtes en territoire zapatiste. Ici le peuple commande et le gouvernement obéit ». Ces instances décisionnelles se démarquent des nôtres car ici, « tous les dix jours, on tourne. C’est pour se protéger de la corruption ». Aussi pour que chacun puisse travaillant la terre, connaître les tâches de gestion. « C’est vécu comme une charge et un honneur », insiste mon interlocuteur.

Un honneur c’est aussi le sentiment que retiennent les hôtes des zapatistes quand, « on était à la charge des habitants lors des réceptions dans les villages ».
« Les zapatistes ont voulu nous raconter leur vie quotidienne » dans une relation directe. Il y a un avant et un après 1994 pour les zapatistes ; ils semblent être sortis de « l’ancien régime ». En témoignent les chansons répétitives véhiculées sur un air traditionnel et qui raconte « La bataille du marché d’Ocosingo », un mythe fondateur de cette année de dignité rebelle fond dans la bouche des enfants après 18 années à faire front au néo-libéralisme.

Patxi, soucieux de transmettre les inquiétudes des zapatistes, retient aussi des soirées de fête sans alcool ni drogue, et des lendemains sans gueule de bois, où sur un cheval blanc le sous-commandant Marcos est venu saluer ces « gringos » qui sont venus rencontrer les invisibles, « ceux qu’on voit depuis qu’ils portent le passe-montagne ».

C’est Moises qui a été chargé de « supporter » cette caravane ; il a insisté sur l’autonomie. « L’autonomie c’est que nous discutions dans nos réunions et nos assemblées et qu’ensuite les communautés décident ». Incessants retours de la parole. Marcos a terminé en évoquant la visite de membres de Via Campesina. « Nous les avons rencontrés à La Realidad, où nous étions tous quand nous avons parlé avec eux, nous leur avons dit que, pour nous, les rencontres de dirigeants ne valaient rien. Pas même la photo qu’ils faisaient prendre à ce moment là  ». Radicalement prés de la base, il a continué ajoutant : « qu’il devait bien exister un Pays basque en rébellion, qu’il y avait une Grèce rebelle, une France insurgée, une Italie des luttes ; mais nous ne les voyions pas ».

Christophe Goby. Texte. Francis Blaise Photos. A retrouver dans Silence Novembre 2008 et sur Contrefaits, site activiste.


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